‹ Lettres; traduction augmentée de plus de 70 lettres et 400 fragments, d'après les autographes de la Sainte et les copies authentiques des Pères Carmes déchaussée qui se trouvent à la Bibliothèque Nationale de MadridChapitre 154 sur 255 · A DON FERDINAND P ANTOJA, PRIEUR DES CHARTREUX, A SÉVILLE · texte numérisé non relu

A DON FERDINAND P ANTOJA, PRIEUR DES CHARTREUX, A SÉVILLE

Difficultés survenues au monastère des Carmélites de Séville. La Mère Marie de Saint-Joseph déposée de sa charge. Domestique sans place. Appel au dévouement de ce Père.

JÉSUS

Que la grâce du Saint-Esprit soit avec Votre Paternité, mon Père!

Que pense Votre Paternité de la façon dont marche ce monastère du glorieux Saint-Joseph de Séville? Comment a-t-on traité et traite-t-on encore ces religieuses qui sont vos filles? Il y a longtemps qu'elles endurent des souffrances spirituelles et des chagrins de la part de celui qui devrait les consoler. A mon avis, si elles ont demandé à Dieu des épreuves nombreuses, elles ont été bien exaucées. Qu'il soit béni de tout !

A la vérité, je ne me mets pas beaucoup en peine des sœurs qui sont arrivées là avec moi. Parfois même, je me réjouis, en voyant tous les mérites dont elles peuvent s'enrichir dans cette guerre que le démon leur a déclarée. Mais je me préoccupe de celles qui sont entrées depuis. Quand elles devraient s'exercer à acquérir la paix de l'âme et la connaissance des moindres détails de notre vie, tout se tourne pour elles en chagrins; comme ce sont des

âmes neuves, une telle épreuve peut leur causer un sérieux préjudice. Plaise au Seigneur cUy remédier! Il y a longtemps, je vous l'assure, que le démon ne cesse de les troubler. J'avais écrit à la Mère prieure de vous parler de toutes ses peines. Évidemment, elle n'aura pas osé. Ce serait une grande consolation pour moi de pouvoir m'entretenir avec vous en toute liberté; mais je crains de le faire par correspondance; et je ne vous exprimerais même pas cette pensée, sans l'assurance que j'ai de la fidélité du messager.

Il est venu me demander si je ne connaissais pas à Séville quelqu'un qui pût s'intéresser à lui, et le recommander, pour qu'il trouvât une place. Le climat d' Avila étant très froid, et contraire à sa santé, il ne peut y rester, bien qu'il y soit né. Celui au service de qui il était est un chanoine de cette ville, de mes amis ; il me certifie que cet homme est vertueux et fidèle, qu'il sait très bien écrire et compter. Pour l'amour de Notre-Seigneur, faitesmoi le plaisir de lui trouver une place, quand l'occasion s'en présentera; Sa Majesté l'aura pour agréable. Vous pouvez également, dans le cas où cela serait nécessaire, le recommander pour les qualités dont je viens de vous parler. Celui de qui je tiens ces renseignements n'a pu me dire que la vérité.

Je me suis réjouie quand ce domestique est venu me parler, parce que c'était une occasion pour moi de pouvoir me consoler en vous écrivant. Veuillez donner cette lettre à lire à l'ancienne prieure1 et aux sœurs venues de Castille. Vous saurez qu'on a privé celle-là de son office, pour lui substituer une des sœurs qui ont pris l'habit dans le monastère. Vous n'ignorez pas de combien d'autres

i. La Mère Marie de Saint- Joseph, que les Carmes mitigés avaient déposée de sa charge de prieure.

LETTRE QCU. 1579. 31 JANVIER 315

manières on les a affligées ; on est allé jusqu'à leur retirer les lettres que je» leur avais écrites, et qui sont maintenant entre les mains du Nonce. Les pauvres sœurs ont été très privées de n'avoir personne pour leur donner un conseil. Les théologiens d'Avila sont étonnés de tout ce qu'on leur a fait faire par crainte des excommunications. Pour moi, je redoute qu'elles n'aient beaucoup chargé leur conscience. Elles devaient évidemment être affolées, car elles ont déposé dans le procès plusieurs choses absolument fausses. Quand ce dont on parle s'est passé, j'étais présente. Et il n'y a rien eu de ce qu'on affirme. Mais je ne m'étonne pas qu'on leur ait troublé la raison. Il y a une religieuse qu'on a interrogée durant six heures consécutives; et quelqu'autre peut-être, qui a l'entendement borné, aura signé tout ce qu'on aura voulu.

Cela nous a servi de leçon. Nous avons examiné attentivement ce qu'on nous a présenté à signer; aussi, on n'a eu rien à dire contre nous.

Depuis un an et demi, Notre-Seigneur nous a éprouvées de toutes manières. Cependant, j'ai une confiance absolue que Sa Majesté prendra la défense de ses fidèles serviteurs et servantes. On finira par dévoiler toutes les trames que le démon a ourdies contre ce monastère. Le glorieux Saint Joseph manifestera au grand jour la vérité, et montrera la vertu des religieuses qui sont venues de Castille. Quant à celles qui sont d'Andalousie, je ne les connais pas. Cependant, je sais qu'elles sont très écoutées de celui qui traite avec elles, et cela a été la cause de beaucoup d'ennuis.

Je supplie Votre Paternité, pour l'amour de Notre- Seigneur, de ne point délaisser ces pauvres sœurs et de les aider de vos prières dans cette épreuve. Elles n'ont de recours qu'en Dieu ; car sur la terre , il n'y a personne

auprès de qui elles puissent trouver une consolation. Sa Majesté, qui connaît leur vertu, tes soutiendra, et donnera à Votre Paternité le désir charitable de les secourir.

Je vous envoie la lettre ci-jointe ouverte; dans le cas où on leur aurait intimé le précepte de remettre au Provincial toutes les miennes, vous pourriez charger une personne de leur lire la présente ; elles auraient quelque consolation à voir au moins mon écriture.

On se demande si le Provincial ne les chassera pas du monastère, et si les novices ne voudront pas venir en Castille avec elles. Une chose évidente pour moi, c'est que le démon ne peut souffrir à Séville ni Carmes, ni Carmélites de la Réforme ; voilà pourquoi il leur déclare une telle guerre ; mais il en retirera peu de profit, comme je l'espère dans le Seigneur

Considérez, mon Père, que vous avez été tout leur soutien depuis leur établissement à Séville. Et maintenant qu'elles sont dans la plus grande détresse, vous ne manquerez pas de les aider encore et de travailler à la gloire du glorieux Saint Joseph. Plaise à la divine Majesté de vous garder de longues années, pour protéger ces pauvres filles ! car je sais déjà quel a été votre dévoûment pour nos Pères Carmes déchaussés. Qu'il lui plaise, en outre, de vous faire grandir en sainteté, comme je ne cesse de le Lui demander !

C'est aujourd'hui le dernier jour de janvier.

L'indigne servante et sujette de Votre Paternité,

Thérèse de Jésus.

Si cela ne doit pas vous fatiguer, vous pouvez lire la lettre ci-jointe que je vous envoie pour le remettre à nos sœurs,

LETTRE GGLIÍ.

1579. 31 Janvier. Avila.

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