II
où il ne voudrait pas changer ses jours de prison pour toutes les chaînes d'or du monde. Plaise à Dieu de lui donner de la santé ! et il sera plus fort dans l'adversité. Je suis moins en peine de vous, quand je songe que Notre- Seigneur vous a donné assez de vertu pour supporter des infortunes plus grandes encore. Que Sa Majesté vous accorde de jour en jour de nouvelles grâces, et vous garde de longues années ! Amen.
C'est aujourd'hui le 4 février.
Votre indigne servante,
Thérèse de Jésus.
LETTRE CCL1VS 1579. 20 Février. Avila.
AU PÈRE GRATIEN, A MADRID
Conseils sur son projet d'aller à Rome.
Avec ce désir que nous avons de régler les
affaires, je ne voudrais pas qu'il y eût une seule chose que nous n'accomplissions très bien. Nous devons examiner, en outre, s'il ne serait pas nécessaire d'établir un monastère à Rome. Nous avons pour cela ce qu'il faut, mais peut-être vaudrait-il mieux attendre que la Réforme fût plus consolidée. Ce serait une grande imprudence pour nous tous de nous exposer à l'inimitié des mitigés, vu qu'ils sont si près du Pape. Dans le cas où vous enverriez la lettre au chanoine du Roi5, veuillez lui désigner le religieux qu'on nommerait Provincial.
1. Fragment restitué à la Collection. Le commencement manque,
2, Le chanoine Montoya, qui résidait à Rome.
Pour le moment, mon désir est que vous ne fassiez pas le voyage de Rome; tout semble tellement bien arrangé que cela ne me paraît nullement nécessaire; il ne convient pas, non plus, que tous restent ici en pénitence, sans personne pour les soutenir. Supposé que vous deviez aller un jour à Rome, mieux vaudrait attendre l'occasion du Chapitre général, et, Dieu aidant, vous vous y rendriez en qualité de Provincial, comme ce serait votre devoir. Les Pères1 qui y vont maintenant vous y attendraient, et vous seriez tous les trois capables de nous représenter avec honneur. Plaise à Notre-Seigneur de tout diriger pour sa plus grande gloire ! Qu'il garde Votre Révérence et vous fasse grandir en sainteté I
Je n'ai pas eu le temps de vous dire quoi que ce soit qui puisse vous fâcher davantage, et à si juste titre, contre moi. Quant au Père Mariano, je crains qu'il ne soit l'objet d'aucune mesure de rigueur, parce que Dieu le juge trop faible. Que Sa Majesté nous donne la force de mourir pour sa cause ! Il est évident que la tempête au milieu de laquelle nous nous débattons est une miséricorde de sa part.
C'est aujourd'hui le 20 février.
L'indigne servante de Votre Révérence,
Thérèse de Jésus.
Voilà une lettre qui est vraiment d'une vieille très peu humble, tant elle donne de conseils. Plaise à Dieu qu'il y en ait de bons! sinon, soyons amis comme de coutume.
î. Le Père Jean do Jésus Roca et le prieur de Pastrana.