‹ Lettres; traduction augmentée de plus de 70 lettres et 400 fragments, d'après les autographes de la Sainte et les copies authentiques des Pères Carmes déchaussée qui se trouvent à la Bibliothèque Nationale de MadridChapitre 158 sur 255 · JÉSUS, MARIE, JOSEPH · texte numérisé non relu

JÉSUS, MARIE, JOSEPH

Mon Père Mariano, votre lettre n'a pas laissé de me causer de la peine. Vous me racontez ce qui vous est arrivé avec Monseigneur le Nonce. Il ordonnerait, ditesvous, la destruction de la Réforme. Sur les instances des Pères chaussés, Sa Seigneurie aurait déjà expédié une provision dans ce but. Vous m'apprenez, en outre, qu'on a voulu s'emparer du Père Jean de Jésus à Valladolid, qu'il est arrivé à la Cour très triste, et que vous l'êtes tous d'ailleurs, parce que vous me considérez comme en prison.

Que Dieu soit à jamais béni, puisqu'il le veut ainsi ! Mais aujourd'hui que je vois le monde et l'enfer soulevés contre mes fils, j'ai le plus ferme espoir que Sa Majesté et mon Père Saint Joseph vont se charger de cette affaire;

1. Cette lettre n'a pu être écrite en 1576, vu le sujet dont elle traite. Pour le même motif, elle n'a pas été écrite de Tolède, mais d'Avila. M. de la Fuente, qui doute de son authenticité, la place à la fin de décembre 1578, comme les anciens éditeurs. D'après ces derniers, l'autographe se trouvait chez don Raymond Bru, à Barcelone.

dès ce moment, mon Père, vous pouvez vous regarder non comme vaincu, mais Comme vainqueur. Lucifer ne songe à rien moins qu'à l'anéantissement de ce petit troupeau de la Vierge. Toutefois, il ne réussira pas comme Ù pense; au contraire, mon iils, ceux-là mêmes qui nous persécutent seront en,notre faveur.

Cessez donc vos larmes et réjouissez-vous. Ce qui m'afflige, c'est que mes fils aient à souffrir à cause d'une pécheresse comme moi; c'est qu'ils soient dispersés et persécutés; voilà pourquoi je pleure, voilà pourquoi je gémis. Au reste, je suis assurée de la victoire, car nous défendons la cause de Dieu.

Vous direz au Père Jean de Jésus de retourner à Valladolid, dans la demeure de doña Marie de Mendoza, et de n'en pas sortir jusqu'à ce que je l'en prévienne. Remettezlui ces lettres, qu'il se chargera de porter, et recommandez-lui de ne point passer par Ségovie, mais par Buitrago, parce que cela convient. Quant à vous, mon Père, allez immédiatement porter de ma part la lettre ci-incluse au Roi. Vous lui exposerez l'état où sont nos affaires, bien que je l'en avise moi-même ; et vous verrez comment il prend la chose à cœur pour plaire à Dieu. Montrez-vous très humble devant lui ; ne laissez voir aucun ressentiment contre ceux qui nous ont donné l'occasion de mériter ; nous devons manifester beaucoup de patience en tout. Je vous dis cela afin que vous soyez prévenu, dans le cas où l'on viendrait à toucher ce point. De la sorte, les difficultés s'aplaniront.

Quant à l'autre lettre que je vous envoie, vous la remettrez à Monseigneur le Nonce trois jours plus tard, afin que le Roi ait le temps de lui parler. Vous verrez alors, mon Père, ce qui se passe ; mais ranimez votre foi, et ne vous laissez pas aller à la faiblesse de dire que nous ne

saurions souffrir plus longtemps; car, le Christ aidant, nous pouvons tout.

Oui, ayez une foi vive; avec elle, on réalise les grandes œuvres de Dieu. Je vous tiens ce langage, afin que désormais nous sachions mettre notre confiance en Lui.

Veuillez faire de ma part une visite à la princesse de Pastrana, et la prévenir que j'ai accompli sans retard ce qu'elle m'avait demandé. Dites-lui qu'elle n'ait pas de peino queje sois en prison, car je mérite encore beaucoup plus que cela. D'ailleurs, nous nous verrons bientôt. A notre prochaine entrevue, je vous donnerai les autres avis.

Ma compagne est sans appétit; recommandez-la à Dieu. Elle vous demande de prier le frère Jean de la Misère1 de lui peindre le Saint-Joseph qu'il lui a promis, et je l'en supplie moi-même; je voudrais que tout le monde eût de la dévotion pour mon Père Saint Joseph. Ma santé est passable; j'ai même un peu d'embonpoint; mais l'âme est très faible; je ne me suis occupée que de me soigner, et je n'ai pas fait pénitence. Quelle compassion de me voir ainsi î Recourez à Dieu, mon Père, et priez-Le de me rendre bonne ! Que Sa Majesté soit bénie en tout et pour tout ! qu'Elle donne à Votre Révérence sa grâce et son esprit !

1. Depuis quelques jours, comme on l'a vu, la Sainte ne savait pas ce qu'il était rie venu.

1579. 25 Mars. Avila.

au père jean qe jésus roca, à valladolid.

Joie au milieu des épreuves. Vision qui annonce le triomphe prochain de la Réforme.

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