‹ Lettres; traduction augmentée de plus de 70 lettres et 400 fragments, d'après les autographes de la Sainte et les copies authentiques des Pères Carmes déchaussée qui se trouvent à la Bibliothèque Nationale de MadridChapitre 159 sur 255 · JÉSUS ET MARIE · texte numérisé non relu

JÉSUS ET MARIE

SOIENT DANS l'AME DE MON PÈRE JEAN DE JÉSUS !

J'ai reçu la lettre de Votre Révérence dan - cette prison où je suis très heureuse; car j'endure toutes mes souifrances pour mon Dieu et pour ma famille religieuse. Ce qui m'afflige, mon Père, c'est la peine que Vos Révérences éprouvent à mon sujet; voilà mon tourment. Aussi, mon fils, ne vous attristez point, ni les autres Pères non plus. Sans avoir la sainteté d'un Paul, je puis bien dire comme lui : la prison, les travaux, les persécutions, les tortures, les ignominies, les affronts que j'endure pour mon Christ et pour ma famille religieuse me sont des motifs de joie.

Je n'ai jamais été moins sensible aux épreuves que maintenant. C'est le propre de Dieu d'accorder sa faveur

1. Cette lettre, qui a paru apocryphe à M. de la Fuente, nous la donnons comme authentique. L'autographe que nous avons vu au couvent de Corpus Ch rist i , à Alcalá de Hénarès, est évidemment d'une main étrangère, comme beaucoup d'autres lettres, mais la signature est incontestablement de la Sainte. Peut-être faudrait-il en dire autant de la lettre précédente. Notre traduction contient plusieurs corrections faites d'après l'autographe.

aux affligés et aux prisonniers, en les aidant et en les secourant. Je lui rends mille actions de grâces, et il est juste que nous lui manifestions tous notre gratitude, pour les consolations dont il m'inonde dans cette prison. Il n'y a pas, mon fils et mon Père, de jubilation plus grande, ni plus de bonheur, ni plus de suavité qu'à souffrir pour un Dieu si bon. Quand donc les Saints se sont-ils trouvés dans leur centre et la véritable paix? N'est-ce pas lorsqu'ils ont souffert pour leur Christ et leur Dieu? Telle est la voie sûre pour aller à Lui et la moins périlleuse; c'est dans la croix que se trouvent toutes nos délices et tout notre bonheur. Recherchons donc la croix, mon Père; embrassons les épreuves. Le jour où elles nous manqueront, malheur à la Piéforme ! malheur à nous !

Vous me dites dans votre lettre que, sur les instances du Père Général, Monseigneur le Nonce a déjà donné ordre qu'on ne fonde plus de couvents de Carmes déchaussés, et que ceux qui sont déjà établis soient supprimés ; qu'il est très mécontent de moi, et me traite de femme inquiète et coureuse ; que le monde est armé contre moi et que mes enfants se cachent dans les antres les plus inaccessibles des montagnes ou les maisons les plus retirées, pour n'être ni découverts ni jetés en prison : voilà ce que je déplore, voilà ce qui m'est sensible. Une chose me brise le cœur : c'est que, pour une pauvre pécheresse et mauvaise religieuse comme moi, mes fils aient à endurer tant de persécutions et de travaux; mais s'ils sont délaissés de tous les hommes, ils ne le sont pas de Dieu, j'en ai l'assurance. Non, Dieu ne délaissera pas et n'abandonnera pas ceux qui l'aiment tant.

Et afin de réjouir mon fils et tous ses frères, je vous dirai une chose très consolante. Que cela soit seulement entre Votre Révérence, le Père Mariano et moi. Vous me

feriez de la peine, si d'autres venaient à l'apprendre. Sachez, mon Père, qu'une* religieuse1 de ce monastère, étant en oraison la veille de la fête de mon Père Saint Joseph, vit ce grand saint et la Sainte Vierge prier leur divin Fils pour la Réforme; Notre-Seigneur dit à cette religieuse que l'enfer et un grand nombre d'hommes sur la terre se réjouissaient, parce qu'ils pensaient que c'en était fait de la Réforme ; mais qu'aussitôt que le Nonce avait ordonné qu'elle fût détruite, Dieu, au contraire, l'avait confirmée. Il lui recommanda, en outre, de recourir au Roi; on trouverait en lui un Père pour la défense de tous nos intérêts. La Sainte Vierge et Saint Joseph lui dirent la même chose et d'autres encore qui ne sont pas pour être confiées à une lettre. Ils ajoutèrent qu'avec l'aide de Dieu, je sortirais de prison dans vingt jours. Ainsi donc réjouissons-nous tous; car à partir de cette époque, la Réforme du Carmel ne cessera de grandir.

Ce que vous devez faire, mon Père, c'est de rester dans la maison de doña Marie de Mendoza jusqu'à ce que je vous donne un avis contraire. Quant au Père Mariano, il ira remettre cette lettre au Roi, et l'autre à la duchesse âe Pastrana. Pour vous, mon Père, ne sortez pas, dans la crainte qu'on ne vous arrête ; et bientôt nous nous verrons en liberté.

Ma santé est passable; j'ai même pris de l'embonpoint. Que Dieu en soit béni! Mais ma compagne est sans appétit. Recommandez-la à Dieu, et dites une messe d'action de grâces à mon Père Saint Joseph. Ne m'écrivez pas, jusqu'à ce que je vous prévienne. Que Dieu fasse de vous un saint et un Carme déchaussé accompli.

C'est aujourd'hui mercredi, 25 mars 1579.

J'ai déjà prévenu le Père Mariano que vous deviez, vous

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