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2. Le Père Ange de Salasar, Provincial des Carmes mitigés de Castille, que le Nonce, Monseigneur Séga, venait de nommer, le 1er avril, Vicaire Général de la Réforme.
Plaise à Notre-Seigneur qu'il ne le soit que peu de jours 1 Cependant, je ne dis pas cela pour qu'il meure ; c'est celui, d'ailleurs, qui a le plus de talent parmi ces Pères Carmes mitigés, et celui qui sera le plus modéré pour nous; mais surtout il est très prudent, et il saura comprendre où il doit s'arrêter. Sous un certain rapport, les Pères mitigés ne sont pas plus contents que nous de cette nomination. Des personnes parfaites comme nous ne pouvaient rien désirer de mieux que Monseigneur le Nonce, car il nous a donné à tous l'occasion de gagner beaucoup de mérites.
Je bénis Notre-Seigneur de ce que le Père Grégoire est déjà dans son monastère. Je Le bénirai également, quand vous aurez obtenu que la prieure de Séville soit réintégrée dans sa charge; à coup sûr, cela convient. Supposé que ce ne soit pas elle qui doive être prieure, il faut désigner la sœur Isabelle de Saint- François. Celle qui l'est en ce moment est une risée; elle ne peut que bouleverser le monastère. Plaise au Seigneur de diriger cette affaire à sa plus grande gloire ! Qu'il daigne vous récompenser de votre sollicitude à veiller sur ces pauvres étrangères1 ! Pourvu que le Provincial des Carmes mitigés d'Andalousie ne soit pas leur supérieur, elles seront très contentes ; elles pourront, au moins, écrire et recevoir des lettres. Je leur en ai envoyé une par la voie du prieur de Notre-Dame des Grottes, et je ne serais pas fâchée qu'elle tombât entre les mains du Provincial ; c'est même dans ce but queje l'ai écrite.
Notre voyageur a mis tout en ordre; plus je traite avec lui, plus j'ai confiance qu'il réussira très bien. Nous avons été cependant en discussion. J'aurais voulu qu'on fit une opie de la lettre du Roi; on l'aurait envoyée par le pre-
1. Elle appelle ainsi les deux religieuses qu'elle avait emmenées e Castille pour la fondation de ce monastère de Séville.
mier courrier au chanoine Montoya, avec une lettre que j'adresse à sa mère pour la lui remettre. Je lui écris que la lettre du Roi va lui être expédiée maintenant, ou qu'elle lui sera portée par les deux Pères qui vont rendre obéissance à notre Père Vicaire Général1. Comme il s'agit d'une chose de cette importance, il vaut mieux, à mon avis, l'expédier par deux voies différentes ; nous ne sommes pas certains du succès de nos démarches, et ce serait chose terrible pour nous, vu l'état où nous sommes, d'attendre un second voyage. De plus, puisque le chanoine veut bien s'occuper de notre cause, il est bon de ne pas le laisser de côté; c'est un ami dévoué, qui, plus tard, pourrait nous rendre de grands services. D'ailleurs, cette mesure de prudence ne peut pas nuire à une affaire d'une telle difficulté. Je préfère qu'il la négocie lui-même, et que les deux Pères aillent directement trouver notre Père Vicaire Général; car je crains que le secret ne soit pas gardé. Si ces deux Pères allaient traiter d'abord avec l'un et avec l'autre, le Général pourrait le savoir, et probablement il ne serait pas content qu'on ne se fût pas adressé à lui tout d'abord. Cet inconvénient, au contraire, n'a pas lieu à l'égard du chanoine.
Le Père Jean prétend qu'il n'est plus nécessaire pour lui d'aller à Rome, dès lors que le chanoine s'occupera des négociations. Cependant, il y a tant de raisons pour qu'il s'y rende, qu'on devrait peut-être employer les deux moyens que f ai indiqués. Plaise à Dieu encore que ce Père trouve les négociations terminées en arrivant ! Ce ne serait pas peu pour nous, non plus, que les Supérieurs de Rome, fissent la connaissance de religieux plus réguliers et plus méritants que ceux qu'ils ont déjà vus! Les deux Carmes
1. Le T. R. P. Cafardo était vicaire général de l'Ordre depuis la mort du T. R. P. Rubéo.
déchaussés pourraient, en outre, nous justifier sur tous les points devant le Père Vicaire général l.
1579. Avril. Avila.
AU PÈRE GRATIEN
Une vilaine vicaire.
Je suis étonnée de ces deux âmes, et j'en ai pitié.
Plaise à Dieu de les guérir! On dirait vraiment que toutes les furies de l'enfer se sont donné rendez-vous à ce monastère de Sé ville pour tromper et aveugler les personnes du dedans et du dehors. Toute mon affliction, je vous le dis, mon Père, a été, quand on m'a parlé de ce procès, de redouter qu'on ne lançât, comme nous le voyons maintenant, quelque calomnie contre Paul. Cette vilaine vicaire a toujours soutenu de grandes calomnies. Il y avait longtemps que j'en étais attristée. O Jésus ! quel chagrin j'ai ressenti î Tous les travaux que nous avons endurés n'ont été rien en comparaison. Dieu nous montre bien par là le peu de cas que nous devons faire des créatures, si bonnes qu'elles soient. Il nous manifeste que nous devons être prudents et ne pas dire toujours tout ce que nous savons. Qu'il Lui plaise que cet exemple soit suffisant pour Paul et pour moi!