‹ Lettres; traduction augmentée de plus de 70 lettres et 400 fragments, d'après les autographes de la Sainte et les copies authentiques des Pères Carmes déchaussée qui se trouvent à la Bibliothèque Nationale de MadridChapitre 166 sur 255 · Le P. Ange de Salasar · texte numérisé non relu

Le P. Ange de Salasar

qui ne nécessiterait aucun rapport avec les personnes du dehors, mais seulement avec celles du dedans; car si elle gardait la solitude et se trouvait toujours en face d'ellemême, il pourrait en résulter pour son âme un très sérieux préjudice. Les sœurs qui croient pouvoir lui être utiles feront bien d'aller de temps en temps lui tenir compagnie.

Je compte voir le Père Nicolas, avant son départ pour Séville. Je désirerais que ce fût au plus tôt; nous parlerions ensemble de toutes ces choses. Pour le moment, tenez-vous-en, par charité, à ce que je viens de dire. Au reste, celles qui désirent vraiment les souffrances ne doivent garder aucune rancune contre quiconque leur cause du mal, mais lui porter, au contraire, plus d'amour. Par là, vous verrez si ce temps de tribuía tion vous a profité. J'espère de la bonté de Notre-Seigneur que tout s'arrangera sous peu, que la Communauté reprendra sa physionomie habituelle et qu'il y aura même du mieux ; car Sa Majesté donne toujours le cent pour un.

Veillez, je vous en conjure encore une fois, à ne plus vous entretenir les unes les autres de ce qui s'est passé. Gela non seulement ne serait d'aucune utilité, mais aurait de grands inconvénients. A l'avenir, vous devrez vous tenir sur vos gardes. Gomme je l'ai dit, je crains que le démon ne pousse cette pauvre petite Béatrix à commettre quelque faute, et à sortir du monastère. Je suis moins préoccupée pour l'autre, car elle a un peu plus d'intelli- N gence. Veillez donc avec un soin spécial, surtout la nuit. Le démon cherche à jeter le discrédit sur nos monastères, et ce qui paraît impossible, il le rend possible parfois.

Supposé que ces deux sœurs vinssent à briser leur amitié mutuelle ou à se fâcher l'une contre l'autre, on pourrait peut-être mieux connaître le fond des choses, et ce serait un moyen pour elles de se détromper. Votre Ré-

vérence voit clairement, d'ailleurs, que plus elles continueront à être intimes, plus elles s'aideront à entretenir des intrigues. Néanmoins, les prières peuvent beaucoup ; voilà pourquoi j'espère que Notre-Seigneur dans sa bonté leur donnera sa lumière. En attendant, elles me causent de la peine.

Si vous trouvez une consolation à relater tout ce qui s'est passé, faites-le. Ce ne serait pas mal que ce récit nous apprit à nous tenir sur nos gardes; vu mes péchés, ce n'est point aux dépens d'autrui, mais à nos propres dépens que nous avons acquis de l'expérience. Dans le cas où la sœur Saint-François se chargerait de l'office d'historien, qu'elle n'exagère point, et se contente d'un simple exposé. La sœur Gabrielle tirerait ensuite une copie de la relation.

Je voudrais écrire à chacune d'entre vous; mais la fatigue de ma tête ne me le permet pas. Je vous ai envoyé beaucoup de bénédictions. Que celles de la Vierge Notre- Dame et des trois personnes de la très sainte Trinité retombent sur vous ! Vous avez obligé l'Ordre tout entier, vous surtout qui n'avez pas encore prononcé vos vœux, en prouvant que vous êtes ses filles ; et, afin que vous le soyez davantage, je prie les autres sœurs de vous recommander à Dieu. Que celles qui m'ont écrit prennent cette lettre pour elles; bien que je ne l'adresse qu'à la Mère Marie de Saint-Joseph et à la Mère vicaire, j'ai voulu cependant qu'elle fût pour chacune d'entre vous.

Que ne puis-je écrire à ma sœur Saint-Jérôme1 ? Dites-lui qu'elle a beaucoup plus de raison d'être sensible à la perte de la bonne renommée que fait le monastère par l'éloignement du Père Garcia Alvarez qu'à celle qu'il fait luimême, car il est assez connu dans Séville. C'est sur les

I, Cousine du chapelain, Garcia Alvarez.

pauvres étrangères que tout retombe. Évidemment, si Ton attribuait quelque faute au Père Garcia Alvarez, les religieuses auraient, de leur côté, quelque culpabilité. Mais ce dont je suis sûre, c'est que, je le répète, sa vertu est connue. Pour le reste, il a un grand travail de moins. Certes, ce qu'il a enduré près de vous, ce que nous lui devons, ne saurait s'exprimer. Quant à la récompense qu'il mérite, Dieu seul peut la lui donner. Présentez-lui tous mes respects. J'aurais voulu lui écrire longuement, si je n'avais la tête fatiguée. D'ailleurs, on ne dit pas bien par lettre ce que je voudrais exprimer. Je ne lui écris donc pas : je pourraisformuler des plaintes. Lorsque d'autres savaient les grandes offenses qui, d'après ces bonnes religieuses, se commettaient dans le monastère, ce n'était pas trop que j'en fusse avisée, car c'est moi surtout qui devais en souffrir. Il ne fallait pas attendre que le remède vînt de ceux qui, comme personne ne l'ignore, nous portent si peu d'amour. Enfin, enfin, la vérité peut souffrir, mais elle ne meurt pas. J'espère donc que le Seigneur la manifestera davantage encore.

Veuillez présenter mes respects au cher Serrano. Je désire voir le jour où nous pourrons lui payer ses bons offices. Envoyez tous mes * compliments à mon saint prieur de Notre-Dame des Grottes. Ohl que ne puis-je m'entretenir avec lui une journée entière ! Plaise à Dieu de vous garder, et de vous rendre aussi saintes que je le Lui demande ! Amen.

Les sœurs de Saint-Joseph ont été plus sensibles que moi à vos épreuves ; elles se recommandent instamment à vos prières. Je ne tarderai pas à vous écrire de nouveau. Quant à l'affaire de Marie de Saint-Joseph1 que vous me recommandez, elle sera peut-être achevée avant l'arrivée 1. On désirait qu'elle fût réintégrée dans sa charge de prieure.

de cette lettre. Vous allez bien maintenant, ne vous hâtez donc point. Il n'y a pas lieu de procéder à l'élection, jusqu'à ce qu'on vous le commande d'ici; car on ne néglige pas de s'occuper de ce projet.

Si le Père Mariano se trouve là, passez-lui cette lettre, et priez -le de vous la retourner. Dans la crainte que ma lettre ne le trouve plus à Séville, je ne lui écris pas maintenant. Saluez de ma part le Père Grégoire; je désire vivement recevoir une lettre de lui.

Je ne sais que vous dire au sujet de la messe ; ne vous pressez pas. S'il n'y a personne pour vous la dire tous les jours, n'allez pas vous troubler, et contentez- vous de l'avoir le Dimanche, jusqu'à ce que le Seigneur en dispose autrement; par là vous ne manquerez pas de quoi mériter. Ma santé est assez bonne.

Le Père Julien d'Avila a été très affligé de vos épreuves. S'il croyait contribuer à vous en délivrer, je suis sûre qu'il irait de bon cœur à Séville. Il vous supplie instamment de prier pour lui. Plaise à Dieu de vous donner des forces et de vous aider à souffrir toujours davantage ! Vous n'avez pas encore répandu votre sang pour Celui qui a versé le sien pour vous. Par ici, nous n'avons pas été, je vous l'assure, exemptes de travaux.

C'est aujourd'hui la fête de la Croix1.

L'indigne servante de Votre Révérence.

Thérèse de Jésus.

Oh! comme mon frère a été touché de vos tribulations ! Nous avons dù le consoler. Recommandez-le à Dieu; vous le lui devoz bien. Tous les conseils dont la Mère vicaire, Isabelle de Saint-Jérôme, me parle dans sa lettre, m'ont paru prudents et manifestent plus de courage en elle que

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