‹ Lettres; traduction augmentée de plus de 70 lettres et 400 fragments, d'après les autographes de la Sainte et les copies authentiques des Pères Carmes déchaussée qui se trouvent à la Bibliothèque Nationale de MadridChapitre 168 sur 255 · A LA MÈRE PRIEURE ET AUX RELIGIEUSES DE VALLADOLID · texte numérisé non relu

A LA MÈRE PRIEURE ET AUX RELIGIEUSES DE VALLADOLID

Demande de deux cents ducats pour les Peres Carmes déchaussés qui sont allés à Rome. Quittance importante. Dot de la sœur du Père Gratien.

JÉSUS

Que la grâce du Saint-Esprit soit avec Votre Révérence, ma Mère, et avec vous toutes, mes chères sœurs 1

Je veux vous rappeler que, depuis la fondation de votre couvent, je ne vous ai pas demandé, que je sache, de recevoir une religieuse sans dot. Je ne vous ai fait, non plus, aucune supplique importante. 11 n'en a pas été de la sorte pour les autres monastères : l'un d'eux, a reçu onze religieuses sans dot, et il ne va pas plus mal pour cela ; c'est même le mieux établi.

Je viens aujourd'hui vous demander une chose à la-

1. Cette lettre contient plusieurs corrections d'après la copie authentique de la Bibl. nat, de Madrid,

quelle vous êtes obligées pour les intérêts de l'Ordre et pour plusieurs autres raisons.v Quoiqu'il s'agisse d'un service qui vous sera utile à vous-mêmes, je veux cependant vous en être obligée, et vous le regarderez comme fait à moi personnellement. Je suis très préoccupée par la crainte que le manque d'argent ne nous prive d'un bien très important pour la gloire de Dieu et pour notre repos.

Par les lettres ci-jointes que le Père prieur du Calvaire, carme déchaussé, envoie de Rome, où il s'est rendu, vous verrez jusqu'à quel point il nous presse de lui expédier deux cents ducats. Les pères Carmes déchaussés ne peuvent rien donner, car ils n'ont pas de chef en ce moment. Leurs ressources étaient tellement minimes quand le Père Jean de Jésus et le Prieur de Pastrana sont partis à leur tour pour Rome, où j'ignore encore s'ils sont arrivés, que ces deux Pères ont emporté cent cinquante ducats de notre monastère de Véas, outre ce que je leur ai moi-même remis. C'est une grande faveur de Notre -Seigneur que quelques-unes de nos maisons puissent remédier à une telle nécessité; après tout, cela n'arrive qu'une fois dans la vie.

Le Père Nicolas m'écrit de Madrid qu'il a trouvé une personne qui, par égard pour lui, avancerait, moyennant un reçu de votre monastère, ces deux cents ducats sur la dot de la sœur Marie de Saint-Joseph1. Cela lui suffirait, car elle n'est pas pressée d'être remboursée. C'est, à mon avis, une heureuse fortune pour nous. Je vous demande donc en charité d'appeler un notaire dès la réception de cette lettre ; il dresserait l'acte authentique de la profession de cette sœur, en bonne et due forme, (car sans cela on ne peut rien faire), et vous me l'enverriez immédiatement avec la quittance. Toutefois, ces deux pièces ne doivent

li sœur du P» Gratien,

pas être sur le même papier, mais sur un papier séparé. Vous voyez combien il est important de se presser.

Peut-être il vous semblera qu'on vous demande beaucoup. Vous vous direz : mais pourquoi les autres monastères ne donneraient-ils pas? Je vous réponds que chacun d'eux fait ce qu'il peut. Quand on ne peut rien donner, comme celui-ci, on ne donne rien; voilà pourquoi, afin de montrer que nous nous aidons mutuellement, nous portons toutes un même habit; ce qui appartient à l'un appartient à tous; et celui-là donne beaucoup qui donne tout ce qu'il peut. D'ailleurs, les dépenses sont telles, en ce moment, que vous en seriez étonnées si vous les connaissiez. La sœur Catherine de Jésus pourra vous le dire. Et supposé que nos monastères n'y pourvoient pas, je ne puis, pour ma part, gagner avec mon bras estropié l'argent dont nous avons besoin. Il m'en coûte assez d'aller toujours mendier et quêter. Certes, c'est là un vrai tourment pour moi et, sans l'amour de Dieu pour qui je travaille, je ne pourrais le souffrir.

Outre cette somme, je dois mendier encore maintenant deux cents autres ducats promis déjà au chanoine Montoya, qui nous a rendu la vie. Plaise à Dieu que cela soit suffisant, et que nous en finissions ! C'est une grande miséricorde de sa part qu'avec de l'argent, nous arrivions à goûter la paix.

Ce que je viens de vous demander est une chose indispensable; ce dont je vais vous parler maintenant, je le laisse à votre bonne volonté. Cependant, cela me paraît juste, et sera agréable à Dieu et au monde.

Vous avez reçu sans dot, comme vous le savez, la sœur Marie de Saint-Joseph, par égard pour son frère, notre Père Gratien. Sa mère, vu la nécessité où elle était, avait retardé l'entrée de sa fille dans votre monastère, afin de

négocier tout d'abord ces quatre cents ducats qu'elle vous avait promis, comme je l'ai vappris. Elle a pense qu'en considération de votre grande charité pour le Père Graten, vous iriez plus loin, et que vous n'accepteriez rien. Je vous l'assure, elle saura trouver où employer cette somme. Maintenant, je ne m'étonne pas qu'elle soit sensible à la pensée d'en être privée. Elle est tellement bonne, que, malgré tout, elle ne cesse de vous être reconnaissante du bien que vous lui avez fait. Votre Révérence sait que les cent ducats dont parle le Père (iratien dans la lettre que je vous ai envoyée doivent être escomptés de la dot; tous les frais de la mère pour la lille se sont montes jusque-là. La quittance que vous devez m'en voy er doit donc être de trois cents ducats. Quant à la légitime dont la sœur héritera, n'allez pas en tenir compte. Tout ce que possède la mère, ce sont des biens du Roi, et non des rentes, et une fois Monsieur le Secrétaire mort, la famille est sans rien. Supposé qu'il reste quelque chose, les enfants sont tellement nombreux que chacun n'aura que très peu, comme doña Jeanne me l'a écrit depuis la profession de sa fille. Je ne safs si j'ai gardé sa lettre; dans le cas où je la retrouverais, je vous l'enverrais. Enfin, la quittance doit être au moins de trois cents ducats.

Vous feriez bien, à mon avis, d'envoyer une quittance des quatre cents ducats. Elle ne laisserait pas pour cela de vous en envoyer cent, quand elle les aurait recouvrés. Mais ne les enverrait-elle pas, qu'elle les a vraiment gagnés par les peines terribles qu'elle a éprouvées ici et là au sujet de son fils, depuis le jour où il a commencé la visite de nos monastères. Et puis, que d'obligations n'avensnous pas envers notre Père Gratien ? Quand il a reçu dans l'Ordre tant de religieuses sans dot, il y a beaucoup plus de raisons d'en recevoir une de la sorte par amour pour lui.

Page 1