Doña Jeanne Dantisco, mère du Père Gratien
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donner à l'administrateur : il ne laisse passer aucune occasion de m/obliger et il s'en acquitte à merveille; mais il s'est surtout beaucoup dépensé pour notre maison de Malagon, et il continuera. La pénurie de ce monastère est telle que c'est une grande préoccupation pour mon tempérament. D'ailleurs, il y a dans chacune de nos maisons une petite croix à porter ; et cela ne me déplaît pas.
Dieu m'accorde une si vive consolation, en me permettant de voir enfin passées les épreuves de votre monastère, que je ne sais de quoi je pourrais me plaindre. Je Le remercie, en outre, de ce que toutes vos affaires vont très bien, et, en particulier, de l'espoir qu'il me donne qu'une partie de votre couvent va se payer. Quand, en effet, je songe que vous avez à donner plus d'un ducat tous les jours, je ne laisse pas d'être dans la peine. C'est un motif pour moi de demander à Dieu qu'il vous enlève une telle charge. Plaise, du moins, à Sa Majesté de la diminuer ! Amen.
Je reviens à YAgnus Dei; vu la personne pour qui il était, je n'ai pas voulu manquer de l'envoyer, parce qu'il donnait du prix au reste de votre paquet, qui était d'ailleurs parfait. Nous avons pris pour nous un petit peu du paquet de baume; mon Isabelle m'a dit, en effet, qu'on en avait beaucoup Là-bas. Nous avons gardé, de plus, trois petits bonbons de Portugal, afin que vous ne pensiez pas que mon Isabelle est la fille d'une marâtre, et queje ne devais rien lui donner; d'ailleurs, il en reste encore assez dans le paquet que nous expédions. Plaise à Dieu de vous récompenser de tout cela, ma fille! Amen, amen, amen. Qu'il vous paie ces patates qui sont arrivées h un moment où je n'ai guère envie de manger, mais qui sont venues en bon état ! Qu'il vous paie, en outre, les oranges ! elles ont fait plaisir à quelques-unes de nos sœurs qui sont
indisposées, sans être gravement malades. Tout le reste est excellent. Les dragées sont délicieuses, et il y en a beaucoup. J'en ai présenté à doña Louise, qui est venue me voir aujourd'hui. Si j'avais pensé qu'elle les aimait tant, je les lui aurais toutes envoyées de votre part; la moindre chose venue de nous lui cause le plus sensible plaisir; mais il est préférable de donner peu aux dames de cette qualité. Mon frère me remet la meilleure boîte de ces dragées que vous lui aviez expédiées. Je suis contente que tout cela ne vous ait rien coûté. Il vous est permis de demander à qui vous le pourrez facilement ce que vous voudrez pour l'un ou pour l'autre; quand on vous offre quelque chose, vous pouvez encore dire que vous le prenez pour une personne déterminée ou non ; et cela n'est pas donner des biens du couvent.
Je n'ai pas fait parvenir à la prieure de Malagon de ces bonbons que mon frère m'avait remis ; comme elle avait beaucoup de fièvre, cela lui eut été nuisible. Mon désir est que vous ne lui envoyiez pas des friandises qui réchaufferaient ; envoyez-lui d'autres choses, je l'approuve, comme des oranges douces, ou de petits remèdes pour malades ; car elle a un grand dégoût de toute nourriture. Je souhaiterais vivement la voir venir à Tolède. Pour le moment, j'ai confiance qu'elle se trouverait bien de l'eau de Loja. J'ai déjà écrit à notre Père de nous aviser s'il devait s'arrêter dans cette localité, et je prendrais toutes les mesures pour qu'on m'apportât de cette eau. On soigne parfaitement cette malade, ce me semble ; j'ai instamment recommandé d'y veiller. Ce qu'elle prend en ce moment avec le plus de plaisir, ce sont les petits beurres.
Je voudrais répondre longuement à vos lettres, que j'ai toutes reçues ; mais le muletier part demain et vous voyez le beau paquet que j'envoie à notre Pere. Pardonnez-moi
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le port; il s'agit d'une chose tellement importante que je crois nécessaire d'en augmenter le prix. Entendez-vous immédiatement avec le P. Grégoire et priez-le de ma part d'envoyer sans retard une personne sûre porter ces lettres. Si vous pouviez avoir Diégo, il irait de bon cœur pour l'amour de moi. Dans le cas où vous ne trouveriez pas quelqu'un de confiance pour porter ces lettres immédiatement, ne les remettez à personne; il y en a quelquesunes que je n'aurais jamais osé expédier, si je n'avais compté absolument sur le muletier.
On a vu également à Tolède l'ordre que notre P. Général m'avait donné quand j'étais à Séville. il défendait de sortir non seulement à moi, mais encore à toutes les religieuses. On ne pourrait donc pas les envoyer dans un autre monastère y exercer l'office de prieure, ou y remplir une charge quelconque. Ce serait une destruction complète de la Réforme, supposé que la commission de notre P. Gratien vint h cesser maintenant. Nous sommes, il est vrai, sous la juridiction de nos Pères Carmes déchaussés; mais cela n'est pas assez; il faut, en outre, que notre Père déclare, pendant qu'il est Commissaire Apostolique, que nous pouvons continuer comme précédemment, et sa déclaration sera suffisante pour les religieuses et pour moi. D'un moment à l'autre, il peut arriver que nous en demeurions là. Je vous demande donc, en charité, de vous presser. Le porteur des lettres attendrait la réponse dans laquelle notre Père donnerait la permission, car il ne faut pas longtemps pour cela, et il vous la remettrait. Si vous ne pouvez confier ces lettres au muletier et payer un bon port, ne les envoyez pas. Veuillez dire à notre Père que je vous ai moi-même avisée qu'il devait vous expédier sa déclaration.
Comme nous avons été simples ! c'est vraiment étonnant.
L'administrateur, qui est un grand légiste, et le docteur Vélasquez ont examiné ce point; ils disent que cela se peut, et ils envoient une instruction dans ce sens. Plaise à Dieu de tout diriger pour sa plus grande gloire 1 On me commande de poursuivre cette affaire sans délai; voilà pourquoi je me hâte.
C'est très heureux qu'on n'ait pas remis l'argent à Alphonse Ruiz, parce que Y alcade qui devait le porter est ici. J'avais déjà dit à la personne chargée de me payer les ports de donner les vingt réaux, pour n'avoir pas de petits comptes en retard ; cependant, on se conformera à ce que vous marquez.
Nous avons pris, en outre, un peu de gomme; j'étais déjà sur le point de vous en demander. On fait avec cela des pastilles de sucre rosé qui me sont très efficaces contre les rhumes; vous en avez envoyé beaucoup. Jeudi prochain, le tout sera expédié avec soin. Ç'a été une profonde joie pour moi de vous entendre dire que votre santé est rétablie; mais veillez à ne pas vous traiter comme une personne bien portante; et n'allez pas nous causer encore des préoccupations plus grandes, car vous m'avez donné de très mauvais moments.
Mes amitiés à la sous-prieure, à tous et à toutes. Je vous écrirai sous peu par le courrier. Encore un seul mot : Gasilde a enfin prononcé ses vœux. Plaise à Dieu de vous garder à mon affection, ma fille, et de faire de vous une sainte I Amen.
De Votre Révérence la servante,
Bien des choses de ma part à Monsieur Garcia Alvarez, à sa cousine et à tous.
1577. 27 Janvier. Tolède.
a don alvaro de mendoza, évêque d'avila.
Cnc satire. Critique de François de Salcédo, de Julien d'Avila, de Saint Jean de la Croix et de don Laurent de Cepeda.
JÉSUS
Si l'obéissance ne m'y forçait, je ne saurais, à coup sur, ni répondre, ni accepter l'office de juge que vous me confiez. J'aurais plusieurs raisons pour cela; mais ce ne serait pas, comme le prétendent les sœurs de ce monastère, parce que mon frère figure au nombre des concurrent, et que, par affection pour lui, je paraîtrais donner une entorse à la justice. Tous les concurrents me sont très chers, et m'ont aidée à supporter mes travaux. Quant à mon frère, il est venu à la fin, lorsque nous avions déjà bu presque tout le calice des douleurs; pourtant, il en a eu sa part, et il en aura une plus grande encore, avec l'aide de Dieu.
Plaise au Seigneur de m'accorder sa grâce, afin que je ne dise rien qui me vaille d'être dénoncée à l'Inquisition ! car j'ai la tète très fatiguée par les nombreuses lettres que j'ai dù écrire et les affaires qu'il m'a fallu régler depuis hier soir; mais l'obéissance peut tout. Je me soumets donc à ce que me demande Votre Seigneurie. Bien ou mal, veuillez l'agréer. J'aurais voulu m'égayer un instant avec tous ces papiers : il ne faut songer qu'à obéir. 1. Cette lettre contient un fragment nouveau.
Critique de don François de Salcêdo. — Le thème dont il s'agit est, paraît-il, de l'Époux de notre âme, qui lui adresse ces paroles : Cherche-toi en moi. La preuve que Monsieur François de Salcedo se trompe, c'est qu'il insiste sur ce point que Dieu est en toutes choses. Quel savant pour nous apprendre que Dieu est en toutes choses !
Il parle beaucoup d'entendement et d'union. Mais l'entendement, c'est chose connue, ne discourt pas dans l'état d'union. Or, s'il ne discourt pas, comment peut-il chercher ? J'ai été très contente de cette parole de David : J'écouterai ce que dit en moi le Seigneur Dieu (Ps. 85, v. 9); car cette paix où sont les puissances figurées par le peuple dans l'Écriture est digne de la plus haute estime ; mais j'oublie que mon but est de critiquer tout ce qu'ont dit ces messieurs. D'après moi, cette explication ne vient pas à propos; le texte en question ne dit pas : Écoute, mais cherche-toi.
11 y a pis encore. Et si Monsieur de Salcédo ne se dédit pas, je vais le dénoncer à l'Inquisition, qui est tout près. Il ne cesse de répéter dans tout son écrit : Ceci est de saint Paul; — cela est du Saint-Esprit ; et il termine en déclarant qu'il n'a écrit que des sottises! Qu'il se rétracte promptement, sans quoi il verra ce qui lui arrivera.
Critique de Julien cl' Avila. — Le Père Julien d'Avila commence bien et finit mal. Aussi, on ne doit pas lui donner la palme. On ne lui demande pas, en effet, de nous dire comment s'unissent ensemble la lumière incréée et la lumière créée, mais comment nous devons nous chercher en Dieu. Nous ne lui demandons pas, non plus, ce qu'éprouve l'âme quand elle est intimement unie à son Créateur, ni comment elle diffère alors de Lui ou si
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elle n'en diffère pas. A mon avis, lorsque l'âme est en cet état, l'entendement ne saurait s'occuper de ces questions; s'il le pouvait, il verrait très bien la différence qu'il y a entre le Créateur et la créature.
11 ajoute ces mots : quand l'âme est épurée. Il n'y a, selon moi, ni vertus ni purifications qui suffisent ici; il s'agit, en effet, d'une grâce surnaturelle, et Dieu la donne à qui II veut; si quelque chose peut disposer à cet état, c'est l'amour. Néanmoins, je lui pardonne volontiers ses torts, parce qu'il a (Hé moins long que mon Père Jean de la Croix.
Critique du Père Jean de In Cro/'.r.. — Sa réponse renferme une très bonne doctrine pour celui qui voudrait suivre les exercices en usage dans la Compagnie de Jésus; mais elle n'a rien à voir avec la question qui nous occupe. Triste sort que le nôtre, si nous ne pouvions chercher Dieu qu'après être morts au monde! La Madeleine, la Samaritaine et la Cananéenne ne l'étaient pas, certes, quand elles ont trouvé le Sauveur. Il s'étend beaucoup sur la nécessité de devenir une même chose avec Dieu en s'unissant à Lui ; or, quand cela arrive, quand cette faveur est accordée, on ne doit pas dire que l'àme cherche Dieu, puisqu'elle l'a déjà trouvé. Que le Seigneur me délivre de gens tellement élevés en spiritualité qu'ils veulent, coûte que coûte, tout ramener à la contemplation parfaite. Cependant, nous lui savons gré de nous avoir si bien expliqué ce que nous ne lui demandions pas; voilà pourquoi c'est une chose excellente de parler toujours de Dieu. Le profit nous vient d'où nous ne l'attendions pas.
C'est précisément ce que nous procure l'écrit de Monsieur Laurent de Cépéda, à qui nous savons pourtant beaucoup de gré de ses couplets et de sa réponse. Il en a dit plus qu'il n'en sait; toutefois, vu le plaisir qu'il nous
a causé, nous lui pardonnons le peu d'humilité qu'il a eue de se mêler de ces hautes questions, comme il le reconnaît d'ailleurs dans .sa réponse. Nous le remercions, en outre, du bon conseil qu'il donne, sans que nous le lui ayons demandé, de pratiquer l'oraison de quiétude, comme si cela était en notre pouvoir. [Il sait déjà le châtiment auquel se condamne celui qui agit de la sorte]. Plaise à Dieu qu'il retire quelque profit de s'être trouvé en compagnie de gens spirituels ! Il m'a procuré le plus vif plaisir par son travail, mais, à mon avis, il a grandement raison d'en être confus.
Je ne puis décider en ce moment lequel de ces écrits est le meilleur, car, sans commettre d'injustice, je trouve des fautes en tous. Que Votre Seigneurie veuille dire à ces messieurs de se corriger. Et peut-être est-il nécessaire que je me corrige moi-même, afin de ne pas ressembler à mon frère dans son peu d'humilité. Tous ces messieurs sont si divins qu'ils n'ont perdu que pour avoir cherché à être trop élevés. Gomme je l'ai déjà noté, on ne dira pas à quelqu'un qui aurait obtenu la grâce de tenir son âme unie à Dieu de Le chercher, puisqu'il Le posséderait déjà.
Je présente tous mes remercîments à Votre Seigneurie pour l'honneur que vous m'avez fait de m'écrire. Permettez-moi de ne pas répondre présentement à votre lettre, car je ne voudrais pas ennuyer plus longtemps Votre Seigneurie par mes enfantillages.
L'indigne servante et sujette de Votre Seigneurie,
Thérèse de Jésus.