‹ Lettres; traduction augmentée de plus de 70 lettres et 400 fragments, d'après les autographes de la Sainte et les copies authentiques des Pères Carmes déchaussée qui se trouvent à la Bibliothèque Nationale de MadridChapitre 185 sur 255 · Cette lettre contient quelques corrections · texte numérisé non relu

Cette lettre contient quelques corrections

2. Une copie du Chemin de la Perfection. Cette copie, corrigée par la Sainte, est religieusement conservée chez les Carmélites de Tolède.

3. D'après le Père Faci, carme mitigé, il s'agit du Père Yanguas.

LETTRE CCLXXII. 1579. 22 JUILLET 383

mandée. Gela doit importer peu, supposé que Votre Seigneurie soit contente du livre'et se charge de l'imprimer.

Dans la lettre dont je parle, je rendais compte à Votre Seigneurie de l'heureuse marche de nos affaires. Je vous disais qu'on m'avait commandé d'aller de ce monastère à Salamanque, où je pense rester quefques jours, fet de là je vous écrirai de nouveau]. Pour l'amour de Notre- Seigneur, n'omettez pas de m'y faire savoir comment va votre santé, ne serait-ce que pour me dédommager de la solitude où je me trouverai de ne plus vous y rencontrer.

Y a-t-il en Portugal quelque nouvelle de paix ? Veuillez m'en aviser. Je suis très affligée de tout ce que j'entends de notre côté, comme je vous l'ai déjà écrit. Si cette affaire allait, à cause de mes péchés, soulever une guerre, je craindrais un grand malheur pour votre royaume, et cette affaire elle-même serait gravement compromise.

C'est, dit-on, le duc de Bragance qui pousse à la guerre. Gomme il est votre parent, cette raison, sans parler des autres, afflige profondément mon âme. Pour l'amour de Notre-Seigneur, puisque vous serez nécessairement appelé à traiter de cela avec le duc, tâchez de l'amener à un accommodement. On m'annonce que notre Roi ne néglige rien pour l'obtenir, et c'est là un motif capable de justifier grandement son droit. Qu'on regarde bien, je le répète, les terribles fléaux que peut entraîner une guerre, et que Votre Seigneurie ait pour but la gloire de Dieu, sans se laisser guider par d'autres considérations. C'est là votre unique désir, j'en suis persuadée.

Plaise à la divine Majesté de tout diriger, comme nous L'en conjurons ! Tout cela, je vous l'assure, m'afflige au point que je me prends à souhaiter la mort, afin de ne pas avoir sous les yeux le spectacle de tels malheurs , dans le cas où Dieu voudrait les permettre. Qu'il daigne vous

garder de longues années pour le bien de son église et vous donner la sainteté que je Lui demande ! Qu'il vous accorde, en outre, toutes les grâces nécessaires pour que vous puissiez arranger ce différend où sa gloire est si intéressée. Tout le monde affirme de nos côtés que notre Roi est dans son droit, et qu'il n'a rien négligé afin de s'en assurer. Daigne le Seigneur répandre sa lumière et manifester la vérité ! On éviterait alors une guerre qui coûterait la vie de beaucoup d'hommes. Ce serait un grand malheur que les chrétiens, qui sont déjà peu nombreux à notre époque, allassent se tuer les uns les autres.

Les sœurs de ce monastère, vos humbles servantes, que vous connaissez, sont en bonne santé, et, je puis le dire, elles réalisent des progrès dans la perfection. Toutes ont soin de recommander à Dieu Votre Seigneurie. Pour moi, malgré ma misère, je ne l'oublie jamais.

C'est aujourd'hui la fête de Sainte Madeleine.

Fait en ce monastère de la Conception du Carmel de Valladolid.

L'indigne servante et sujette de Votre Seigneurie Illustrissime,

Thérèse de Jésus.

1579. 23 Juillet. VaLladolid.

A ROCHfDE HUERTA, A MADRID.

Envoi de lettres pour don Laurent et le Père G ra tien.

JÉSUS SOIT avec vous!

J'ai reçu votre lettre, et j'ai été très contente du service que vous me rendez en m'écrivant. Celles que vous porte ce messager sont pour mon frère. Dans le cas où il ne serait pas là, je l'ai déjà prévenu de recourir à vous. Je vous prie d'ouvrir ce pli, qui lui est adressé, et vous en retirerez un autre que j'envoie à notre Père, maître Gratien. Veuillez vous informer s'il est à Tolède ou à Alcalá. Je pense, néanmoins, qu'il se trouve à Alcalá. Mais en quelque endroit qu'il soit, dites à ce messager de s'y rendre, puisqu'il s'agit d'une affaire importante; je ne l'ai, d'ailleurs, envoyé que dans ce but. Pour l'amour de Dieu, pressez-vous de l'expédier. Je le répète, l'affaire est importante. Notre Père ne peut manquer d'être à Tolède ou à Alcalá. Comme ma lettre n'a pas d'autre motif, je me contente d'ajouter que je prie Dieu d'être avec vous et de vous garder.

C'était hier la fête de Sainte Madeleine.

Votre indigne servante,

Thérèse de Jésus.

il. - 25

LETTRE CCLXXIV1.

1579. 25 Juillet. Valladolid.

AU PÈRE GRATIEN, A ALCALA

Joie de le savoir rétabli. Prochain départ. Deux anges au monastère de Valladolid.

JÉSUS

Que la grâce du Saint-Esprit soit avec Votre Paternité !

J'ai été tellement occupée depuis l'arrivée du porteur de cette lettre que, pour ne point laisser de côté des choses indispensables, je ne comptais même pas pouvoir écrire ces quelques lignes.

D'après ce que m'annonce Madame doña Jeanne, vous êtes malade, vous avez des éruptions à la peau, et l'on voudrait vous saigner. Ce Frère2 me dit, au contraire, que vous vous portez bien, et que vous avez de l'embonpoint; cela dissipe ma peine. Je pense qu'il faut attribuer à ces chaleurs l'indisposition que vous avez eue et que j'avais déjà redoutée. Par charité, tâchez de rester le moins possible à Alcalá.

Pour moi, je me porte assez bien. Jeudi prochain, je partirai pour Salamanque. Je suis très contente en voyant de quelle façon Notre-Seigneur dirige les affaires. Qu'il en soit béni à jamais! Qu'il daigne enfin permettre que vous

L Nous avons fait quelques corrections et additions à cette lettre d'après la copie de la Bibliothèque nationale de Madrid. 2. C'était le porteur de cette lettre.

LETTRE CCLXXIV. 1579. 25 JUILLET 387

parliez, et vous donner au moins quelque consolation au milieu de tant d'épreuves !

J'ai écrit deux fois à Votre Paternité depuis mon arrivée à Valladolid. Notre sœur Marie de Saint-Joseph1 se porte bien; c'est un ange. Tout va à merveille dans le monastère. Avec la postulante qui vient d'entrer, on ne manquera pas de revenus. [Cette dernière est un ange aussi et est très contente]. Que Notre-Seigneur soit avec Votre Paternité ! J'ai la tête très fatiguée.

Je me prends à rire quand je songe que la disgrâce où vous êtes vous oblige à prendre du repos, et que vous nous avez laissées seules pour achever le combat. Plaise à Dieu que nous voyions enfin la victoire ! Qu'il vous donne, en outre, la santé ! C'est là un point important. La Mère prieure8 se recommande instamment à vos prières. Elle ne veut pas, dit-elle, vous écrire jusqu'à ce que vous lui ayez répondu. Elle est plus tenace que moi.

C'est aujourd'hui la fête de Saint Jacques.

De Votre Paternité la servante et la véritable fille,

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