LETTRE CCLXXVIII. 1579. 4 OCTOBRE
elle plus d'influence que moi, faites-lui écrire par un Père. A mon avis, il faut mettre là quelques religieuses qui aient un peu plus de jugement, et qui dirigent comme il convient des affaires de cette importance. Veuillez charger le Père Nicolas d'écrire immédiatement au Père prieur de ne plus permettre à cette Mère de parler de cette affaire : le Père prieur doit être, lui aussi, un peu en faute. Selon moi, on calomnie cette maison quand on dit qu'elle est malsaine. Mais elle le sera davantage, cette autre où elles habiteraient, disent-elles, sur le bord d'une rivière ; elles ne jouiraient pas d'une belle vue, comme dans l'endroit où elles sont; or, c'est là une très grande récréation pour les sœurs; leur maison, enfin, est la meilleure de toute la ville; par ici, on leur porte bien envie. Que Dieu daigne y remédier] î
Le Père Nicolas m'a présenté vos compliments. Mon désir est que vous ne manquiez pas de me recommander à Notre-Seigneur ; vos nombreuses occupations pourraient vous le faire oublier. Ma santé est passable. La prieure et toutes les sœurs se recommandent instamment aux prières de Votre Paternité. Plaise à Dieu de vous garder et de me permettre de vous voir ! 11 est plus de trois heures après minuit.
C'est aujourd'hui la fête de Saint François. L'indigne servante et fille de Votre Paternité,
Thérèse de Jésus.
LETTRE GCLXXIX.
1579. 19 Novembre. Tolède.
A DOÑA ISABELLE OSORIO, A MADRID
Elle la prie de retarder son entrée au Carmel jusqu'à ce que la fondation de Madrid soit réalisée. Nouvelles de sa sœur, novice à Tolède.
JÉSUS
Que la grâce du Saint-Esprit soit avec vous !
Je ne pensais pas pouvoir vous écrire. Mais puisque la Mère prieure Ta fait, je me contente de vous dire seulement que le Père Nicolas désire vivement ne vous voir entrer nulle part, si ce n'est dans le monastère qui va, Dieu aidant, se fonder à Madrid. J'espère de Sa Majesté que ce sera bientôt. Après avoir tant attendu, vous pourriez donc avoir assez de patience pour attendre encore un peu. Cependant, il ne faudrait parler à personne de votre détermination, ni de notre projet de fondation à Madrid ; cela est très important.
Les sœurs de Salamanque vous ont déjà acceptée : je vous l'annonce, afin que vous sachiez à quoi vous en tenir sûrement, dans le cas où il y aurait quelque doute pour notre projet. Le Père Nicolas croit, pour plusieurs raisons, qu'en venant en aide à la nouvelle fondation, vous procureriez plus de gloire à Notre-Seigneur. Telle est, d'ailleurs, notre unique ambition à tous. Ce Père ne tardera pas à revenir de Séville, et jusqu'alors examinez bien ce qui doit vous procurer le plus de contentement. Plaise à
LETTRE DU PÈRE GRATIEN. 1579. 1er DÉCEMBRE 399
Sa Majesté de diriger les choses de façon à ce que vous ayez ce contentement, et que votre àme s'applique à ce qui doit le plus procurer l'honneur et la gloire de Dieu ! Amen.
J'ai été très heureuse de voir le grand, bonheur de notre sœur et la vôtre, Inès de l'Incarnation1. Pourvu que vous soyez aussi bonne qu'elle, nous serons satisfaites, car, assurément, c'est un ange. Elle a été enchantée de se trouver avec moi.
C'est aujourd'hui le 19 novembre.
Votre indigne servante,
Thérèse de Jésus.