‹ Lettres; traduction augmentée de plus de 70 lettres et 400 fragments, d'après les autographes de la Sainte et les copies authentiques des Pères Carmes déchaussée qui se trouvent à la Bibliothèque Nationale de MadridChapitre 190 sur 255 · LETTRE CCLXXVIII. 1579. 4 OCTOBRE · texte numérisé non relu

LETTRE CCLXXVIII. 1579. 4 OCTOBRE

y veiller à temps; sans quoi, vous verrez plus tard qu'il vous sera impossible d'y remédier, malgré vos efforts. Sachez donc être maitre de vous-même, éviter tout excès et mettre à profit l'expérience des autres; il s'agit, d'ailleurs, de la gloire de Dieu; et vous n'ignorez pas quel besoin nous avons de votre santé.

Je ne saurais rendre assez d'actions de grâces à Sa Majesté, quand je considère en quelle bonne voie sont nos affaires. Par sa miséricorde, en effet, nous pouvons les regarder comme terminées. Elles seront établies avec une telle autorité que le Seigneur lui-même s'en manifestera clairement l'auteur. Sans parler du plus important, je me réjouis pour Votre Paternité. Vous allez voir enfin le fruit de vos travaux; certes, vous l'avez bien acheté par vos épreuves sans nombre. Ce sera donc une très grande joie pour vous quand tout marchera dans la paix, et un précieux avantage pour vos successeurs.

O mon Père, que d'ennuis me coûte cette maison de Salamanque ! Le marché était déjà conclu ; mais le démon s'y est pris de telle sorte que nous n'avons pas la maison; c'était cependant celle qui nous convenait le mieux, et le marché était très avantageux pour le vendeur. Il n'y a pas à se fier à ces enfants d'Adam. Le vendeur nous l'avait lui-même offerte; c'est un gentilhomme, et l'un de ceux que l'on regarde à Salamanque comme ayant le plus de loyauté : sa parole, aux yeux de tous, valait un contrat. Or, non seulement il avait donné sa parole, mais encore sa signature devant témoins; lui-même, enfin, avait amené un homme de loi; et voilà que maintenant, il brise le contrat. Tout le monde en est étonné. On soupçonne plusieurs gentilshommes de l'avoir amené à prendre un tel parti, dans leur intérêt personnel, ou celui de leurs parents ; ils ont eu plus de pouvoir sur lui que tous ceux qui lui fai-

saient entendre le langage de la raison, et un de ses frères en particulier. Ce dernier nous a montré la plus grande charité dans cette affaire; et aujourd'hui, il est très fâché de ce qui vient de se passer.

[Ah ! si nos sœurs de Salamanque avaient le monastère de Séville, elles se croiraient dans un ciel ! Je n'en reviens pas de la folie de la prieure de ce dernier monastère. Elle a perdu beaucoup de son crédit vis-à-vis de moi. Je crains que le démon ne soit entré dans cette maison et ne veuille l'anéantir complètement.

Quant à cette demoiselle dont vous m'avez envoyé la lettre par l'intermédiaire de Madame doña Jeanne, si vous en êtes content, mon Père, je le suis de mon côté, je vous l'assure ; on me l'avait déjà représentée comme une personne de grande vertu; je suis donc disposée à déférer à son désir; on la recevrait à Séville quand il plaira à Dieu d'arranger les choses ; car je découvre dans ce monastère un tel enfantillage que je ne saurais le souffrir. La prieure a plus de finesse que ne le demande son état. Voilà pourquoi, comme je le lui disais quand j'étais près d'elle, je crains qu'elle n'ait jamais été franche avec moi. J'ai beaucoup souffert avec elle, je vous le déclare; néanmoins, comme elle m'a écrit souvent, en me donnant de grandes marques de repentir, je la croyais corrigée ; du moins, elle en avait toutes les apparences. Quand elle représente à ces pauvres religieuses que le monastère est malsain, il y en a assez pour que toutes se croient malades. Je lui ai écrit des lettres terribles1; et c'est comme si j'avais frappé sur une enclume. Voyez, mon Père, ce qui en est par cette lettre que je viens de recevoir du Père Nicolas. Pour l'amour de Dieu, dans le cas où vous croiriez avoir sur

1. Nous regrettons, pour notre part, que ces lettres terribles ne soient pas parvenues jusqu'à nous,

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