‹ Lettres; traduction augmentée de plus de 70 lettres et 400 fragments, d'après les autographes de la Sainte et les copies authentiques des Pères Carmes déchaussée qui se trouvent à la Bibliothèque Nationale de MadridChapitre 193 sur 255 · LETTRE CCLXXX. 1579. 3 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

LETTRE CCLXXX. 1579. 3 DÉCEMBRE

1579. 3 Décembre. Malagon,

A DONA ISABELLE OSORÍO, A MADRID

sa vocation. Projet de fondation à Madrid. Le Père Nicolas, le Père Prieur et le Père Valentín. Confidences.

Que la grâce du Saint-Esprit soit avec vous et vous rende aussi sainte queje le demande tous les jours!

J'ai reçu deux lettres de vous par le prieur de la Roda1; l'une d'elles dut me venir à Tolède. Je bénis Notre-Seigpeur quand je vois le désir que vous avez de quitter le monde. Une telle désillusion ne peut venir que d'en haut. J'espère donc en la miséricorde infinie que vous servirez Dieu véritablement en confirmant vos bons désirs par des œuvres dignes d'une véritable fille de la Vierge, notre Dame et notre Patronne; assurément, je ne voudrais pas retarder d'un jour un appel si pressant. Mon intention sur ce point, je veux vous la communiquer en toute simplicité, puisque vous êtes déjà notre sœur, et ma dame. Je vous dirai que plusieurs personnes m'ont demandé vec instance, il y a quelques années, l'établissement d'un onastère à Madrid. Mais comme les visites des grandes ames me fatiguèrent beaucoup, les huit jours que j'y assai dans une circonstance où j'allais vos nos sœurs e Pastrana, je n'avais pas voulu l'admettre. Cepen- 1. Le P. Gabriel de l'Assomption.

dant, aujourd'hui, après beaucoup d'épreuves, il s'offre pour nos monastères, je le vois, des circonstances où il leur serait utile d'y avoir une maison. Je suis donc décidée à cette fondation. Toutefois, il y a, m'assure-t-on, un grand obstacle; l'archevêque ne donnerait sa permission que dans le cas où le couvent aurait des revenus. Sans doute, diverses personnes de Madrid qui désirent y être religieuses depuis plusieurs années pourraient lui donner une rente suffisante; mais elles ne seront libres de le faire que le jour de leur entrée en religion. Gomme vous pourriez nous aider beaucoup en cela, l'avis du Père Nicolas et le mien c'est que vous attendiez encore quelques jours. Le retard ne dépassera pas vos prévisions, s'il plait à Dieu1. Veuillez Lui recommander cette affaire. Dans le cas où vous seriez d'un autre sentiment, j'y donne d'avance toute mon approbation; ayez soin seulement de me prévenir, et vous entrerez quand vous voudrez. Mais alors, on court risque de ne pouvoir réaliser cette fondation de Madrid; en coopérant, au contraire, à cette belle œuvre, vous pourriez acquérir de nombreux mérites. Plaise à Notre Seigneur de tout diriger à sa plus grande gloire!

Le Père prieur est arrivé si tard que j'ai eu peu de temps pour traiter avec lui de ce projet ; demain, je lui en parlerai plus longuement, et je vous dirai son avis. Comme je dois être très occupée pour une affaire dont il vous entretiendra, je vous écris cette nuit.

Ma santé est assez bonne, grâce à Dieu, quoique je sois arrivée fatiguée et que j'aie rencontré dans ce monastère beaucoup d'occasions de me fatiguer encore. Que Sa Majesté en soit glorifiée, et vous garde de longues années, afin que vous puissiez les employer à servir ce grand Dieu, Notre-Seigneur !

1. La fondation, cependant, n'eut lieu que six ans plus tard.

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