‹ Lettres; traduction augmentée de plus de 70 lettres et 400 fragments, d'après les autographes de la Sainte et les copies authentiques des Pères Carmes déchaussée qui se trouvent à la Bibliothèque Nationale de MadridChapitre 200 sur 255 · LETTRE CCLXXXV · texte numérisé non relu

LETTRE CCLXXXV

1579. 21 Décembre. Malagon.

AU PÈRE NICOLAS DE JÉSUS -MARIE, A si; VILLE.

Translation des sœurs à un autre monastère. Leur bonheur. Le licencié. Dettes. Avis aux prieures. Les Carmélites de séville et celles de Malagon. Confidence du Père Gabriel. La prieure de Séville, maîtresse des novices.

JÉSUS

Que la grâce du Saint-Esprit soit avec Votre Révérence !

Serrano est arrivé aujourd'hui, fête de Saint Thomas. Votre lettre a été très bien accueillie; je désirais savoir comment vous aviez réalisé votre voyage. Dieu soit béni de nous avoir accordé la grâce qu'il fût heureux ! Qu'il Lui plaise d'en ordonner de même pour votre retour! Vous ne l'effectuerez pas, sans doute, avec ce plaisir spécial qui aide à supporter la fatigue. Je pensais bien que vous deviez avoir reçu deux de mes lettres, ou au moins une que

1. L'autographe de cette lettre, qui a été regardée comme suspecte, se conserve religieusement au monastère des Carmélites d'Ubeda. Notre traduction renferme deux fragments nouveaux et plusieurs corrections.

je vous ai envoyée presque aussitôt après mon arrivée, le jour de Sainte Catherine; [je les avais adressées l'une et l'autre à Monsieur François Doria1].

Le jour de la fête de la Conception de la Sainte Vierge, nous sommes passées, grâce à Dieu, au nouveau monastère. Il m'en a coûté, il est vrai, du travail, car il y avait encore beaucoup à faire pour nous y installer. Depuis huit jours que je m'y étais rendue, les fatigues ne m'ont pas manqué. Mais je ne regarde pas cette peine comme perdue ; si, en effet, il y a encore plusieurs choses à terminer, les sœurs s'y trouvent à merveille. Quant au reste, le Seigneur l'a mieux disposé que je ne le méritais.

Je suis stupéfaite quand je vois les torts causés aux âmes par le démon sous un mauvais gouvernement, et la crainte dont il avait rempli ces religieuses, ou cette sorte de charme sous lequel il les tenait. Elles sont toutes, je n'en doute pas, bonnes et avides de perfection. La plupart d'entre elles, et même presque toutes, étaient très peinées des fautes dont elles avaient le spectacle sous les yeux; mais elles ne voyaient pas le moyen d'y remédier. Elles sont bien désabusées, et, j'en ai l'assurance, aucune d'elles n'ambitionne autre chose que ce qu'elles ont maintenant ; elles ne voudraient même pas de la sœur de la Mère Briande 2. Quant à celle-ci, elle a été ravie de ne pas revenir.

Je le dis à Votre Révérence, mon Père, il faut examiner attentivement à qui nous confions de telles charges. Les sœurs sont d'une soumission extraordinaire, et la plus grande peine de celles-ci venait du scrupule qu'elles avaient en s'imaginant que leur supérieure faisait mal; et, à la vérité, ce que la supérieure faisait n'était pas

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