‹ Lettres; traduction augmentée de plus de 70 lettres et 400 fragments, d'après les autographes de la Sainte et les copies authentiques des Pères Carmes déchaussée qui se trouvent à la Bibliothèque Nationale de MadridChapitre 210 sur 255 · Frère du Père Nicolas, chanoine à Tolède · texte numérisé non relu

Frère du Père Nicolas, chanoine à Tolède

2. Jean Lopez de Vélasco, gentilhomme très dévoué à la Sainte et ami de Philippe II.

Vous vous en remettez pour tout à la Mère prieure de Séville, et elle ne me parle de rien. Qu'elle se porte bien, au moins; quant au reste, Votre Révérence le laissera en bon ordre, étant secondé, comme vous l'êtes, par un tel intendant. Que ne fait pas l'amour de Dieul Cet homme a à cœur de rendre service à ces pauvres filles. Je me recommande instamment à ses prières. Pourquoi ne me dites-vous rien de notre Lucrèce? Offrez-lui un grand compliment de ma part.

Dans la crainte de l'oublier, je vous annonce que la prieure de Véas a prévenu Casademonte qu'elle tenait les cent ducats à sa disposition; elle lui a fait demander où il voulait les toucher, et il a répondu, à Madrid. Je vous en ai déjà parlé une autre fois. Nons n'avons donc plus à nous préoccuper de ce point.

Vous pouvez m'en croire, cette localité est tellement écartée que vous ne devez pas plus vous attendre à être mis par moi au courant des affaires que si j'étais à Séville; là, du moins, c'eût été plus commode. Mais à Malagon, nous n'avons de messager que pour Tolède ; encore sont, ils rares, et de plus, je vois que mes lettres se perdent. J'insiste sur ce point, parce que vous me priez de vous aviser quand vous devrez venir et de vous dire ce qui se passe. J'ai prévenu M. Vélasco qu'il n'y a point à compter sur moi tant que je serai à Malagon.

Supposé que vous restiez longtemps à Séville, vous risquez de ne plus me retrouver dans ce monastère, car nous réaliserons, je pense, une fondation à Villeneuve, près de la Roda, et il est possible que j'y aille avec les sœurs. Si ma présence est nécessaire pour quelque fondation, c'est bien pour celle-là. Le Père Antoine de Jésus et le Père prieur se sont tant remués, ils m'ont tant pressée de la faire, que je ne pourrai me dispenser d'y aller : sans

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doute, telle doit être la volonté de Notre-Seigneur. Mais ce projet aboutira-t-il ? je ne le sais pas encore d'une manière certaine. Dans le cas où il se réaliserait, je partirais avant le carême, et je serais désolée de n'avoir pu vous parler; je croyais avoir cette consolation à Malagon.

Je n'ai pas à me plaindre de la santé. Quant à ce qui concerne ce monastère, tout marche avec tant de perfection que je ne me lasse pas de remercier Dieu d'être venue. Le côté spirituel est parfait; on est dans une grande paix et un grand contentement. Le côté temporel, qui se trouvait dans un état déplorable, s'améliore peu à peu.

Ce que vous dites de notre très Révérend Père Général me cause une telle joie que je voudrais déjà le voir accompli1; je l'ai donc écrit à Monsieur Vélasco et au solitaire de la grotte2. Je n'ai qu'une remarque à faire à ce plan. Cette substitution est-elle valide? C'est ce qu'il faudrait savoir d'une manière exacte. A la mort du Nonce, tous n'étaient pas du même avis pour décider si les pouvoirs de commissaire qu'il avait donnés au Père Gratien continuaient, ou non; nous sommes fatigués de procès; voilà pourquoi il serait bon qu'on donnât un oui ou un non. Supposé que Dieu nous accorde la grâce de mener ce projet à bonne fin, nous devrons nous empresser de réaliser ce qui convient, du vivant de celui qui est notre principal soutien3. Toutes vos raisons me paraissent excellentes et au-dessus de mes lumières; il est donc inutile de discuter plus longtemps sur ce point.

En attendant à Séville, vous pourriez nous manquer clans le cas où tout n'irait pas selon nos projets. Je vais

1. Il s'agissait de faire nommer le Père Gratien visiteur de la future province.

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