AT PÈRE MARIANO, A MADFUD
Sollicitude pour la santi de ce Père. Difficultés de la Reforme.
JÉSUS
Que la grâce du Saint-Esprit soit avee Votre Révérence, mon Père !
Je ne m'étonne pas que vous soyez malade, mais que vous soyez encore en vie, tant vous avez du souffrir là-bas intérieurement et extérieurement. J'ai éprouvé un chagrin extrême de vous savoir au lit, car je connais votre tempérament. J'ai été cependant très consolée quand on m'a dit que le mal n'est pas dangereux, bien qu'il soit pénible. Je me suis demandé si vous n'aviez pas pris quelque refroidissement dans toutes ces courses. Veuillez me donner
des détails sur votre état, je vous le demande, pour l'amour de Dieu ; .alors même que la lettre serait écrite par le Père Misère, je m'en contenterai. Dites-moi également si vous avez besoin de quelque chose.
Ne soyez en peine de rien. Quand les événements semblent aller pour le mieux, j'ai coutume d'être plus mécontente que je ne le suis aujourd'hui. Vous le savez déjà, le Seigneur tient toujours à nous montrer qu'il accomplit Luimême ce qui nous convient. Pour nous le donner mieux à comprendre et nous manifester que c'est son œuvre, Il permet d'ordinaire mille contradictions. C'est alors que tout réussit.
Vous ne me dites rien de mon Père Padilla; cela me cause de la peine; mais lui ne m'écrit pas, non plus. Je voudrais qu'il eût de la santé ; il aurait soin de vous. Puisque le Père Balthasar doit partir, plaise à Notre-Seigneur de vous guérir promptement ! J'écris à tous mes Pères de Madrid ce qui s'est passé. Le messager dont je me sers semble n'avoir d'autre but que de leur porter mes lettres.
Je vous communique, mon Père, une réflexion qui m'est venue. La mort du Nonce qui nous est tout dévoué sera pour nous un grand vide; c'est un vrai serviteur de Dieu, et je serai vivement affectée, le jour où il viendra à disparaître. S'il ne fait pas tout ce que nous voulons, c'est, à mon avis, qu'il est plus lié que nous ne le pensons. Je crains beaucoup ce qui se trame à Rome ; comme il y a là quelqu'un qui ne cesse d'agir, le Nonce doit avoir des difficultés. Le bon Monsieur Nicolas, à son passage ici, disait, je m'en souviens, que les Carmes déchaussés devraient prendre un cardinal pour protecteur. Ces jours derniers, je causais de cette question avec un de mes parents qui est un fort fron sujet. Il connaît à Rome,
m'a-t-il dit, un procureur curial très entendu, qui sera tout à notre disposition, pourvu qu'on le paye. Je vous ai déjà dit pour quel motif je désirais avoir à Rome quelqu'un qui traitât certaines affaires avec notre Père Général. Voyez s'il ne serait pas bon que l'ambassadeur lui demandât quelque chose pour les Carmes déchaussés.
Je vous annonce que le Père Pierre Hernández vient de passer à Tolède. D'après lui, tant que le Père Tostado n'obtiendra pas des pouvoirs sur les Visiteurs eux-mêmes, les règlements de ces derniers seront valides. Lorsqu'il les montrera, nous n'aurons plus rien à dire : nous devrons nous soumettre et chercher une autre issue. A son avis, les commissaires ne peuvent pas établir une province séparée ni nommer de défmiteurs, s'ils n'ont pas, en ce moment, des pouvoirs plus étendus que de son temps. Voilà pourquoi il faut trouver un autre moyen de nous tirer d'embarras. Plaise à Dieu de nous assister ! C'est Lui qui doit tout faire. Que dans sa miséricorde, Il vous rende promptement la santé, comme toutes les sœurs L'en supplient.
Ce messager ne va à Madrid que pour voir ce qu'on demande de moi, et prendre des nouvelles de Votre Révérence.
Par charité, dites au Père Jean Diaz comment il doit remettre au Père Oléa les quelques lettres ci-jointes, qui sont très importantes pour moi ; ou bien encore, s'il n'y a pas d'autre moyen, priez-le d'aller vous trouver en personne, et remettez-les-lui très secrètement.
C'est aujourd'hui le 16 février.
L'indigne servante de Votre Révérence,
Thérèse de Jésus.