‹ Lettres; traduction augmentée de plus de 70 lettres et 400 fragments, d'après les autographes de la Sainte et les copies authentiques des Pères Carmes déchaussée qui se trouvent à la Bibliothèque Nationale de MadridChapitre 220 sur 255 · Elvire de Saint-Ange, professe de Malagon · texte numérisé non relu

Elvire de Saint-Ange, professe de Malagon

2. Ce n'est pas, disent les correcteurs des lettres, Anne de la Mère de Dieu, mais Marie des Martyrs qui fut choisie.

LETTRE CCXCVI. 1580. 1er FÉVRIER 451

Je suis confuse quand je vois toutes les obligations que nous avons envers ce bon prieur de Notre-Dame des Grottes. Veuillez lui présenter de ma part un grand compliment. Dites à toutes les sœurs de me recommander à Notre-Seigneur, et ne m'oubliez pas vous-même dans vos prières; car je suis vraiment cassée et vieillie. Ce n'est pas beaucoup que le Père prieur ait de l'affection pour moi; il me le doit bien. Dieu veuille nous le garder! C'est un riche trésor que nous avons en lui, et toutes les sœurs sont dans l'obligation de le recommander instamment à Dieu. Que Sa Majesté soit avec Votre Révérence et vous garde ! Amen.

[Je ne vous transmets pas la réponse de la Mère prieure et de la sœur Béatrix, parce que je suis fatiguée. Vous saurez que mon frère m'a écrit à Malagon deux fois. Il me prie de vous dire dans quelle nécessité il se trouve; il est, croit-il, plus encore dans le besoin que vous-même; vous lui rendriez, ajoute-t-il, un vrai service si vous lui remettiez la moitié au moins de ce que vous lui devez. J'ai confié ses lettres à quelqu'une de nos sœurs, pour vous les envoyer, et on ne les retrouve pas. Je voulais vous prouver, en vous les montrant, que, sans son insistance auprès de moi, je n'oserais pas moi-même vous presser. Vous saurez qu'il a vendu une bonne partie de la rente que vous lui payez; voilà pourquoi le peu que vous lui donnerez lui sera d'un grand secours pour le moment. Je lui aurais bien avancé la somme par ici; mais les affaires ont tout mis à sec].

L'indigne servante de Votre Révérence,

Thérèse de Jésus.

Vous verrez par la longueur de cette lettre le désir que j'avais de vous écrire. Elle en vaut bien quatre de celles

que j'envoie aux prieures de Gastille. Et encore il est rare que je leur écrive de ma main. Je suis très heureuse du bon ordre que le Père prieur a mis dans vos fonds, afin que vous ne perdiez point ce qui est dû à mon frère, alors même que nous soyons dans la nécessité. Toutes les sœurs de cette maison sont très contentes avec une telle supérieure, et elles ont raison de l'être. C'est une des plus excellentes prieures que nous ayons dans nos monastères; de plus, elle a de la santé, ce qui est un grand point. Le monastère est devenu un vrai paradis. [Gomme il a perdu de ses biens, je me suis remuée par ici pour trouver du travail afin de pouvoir vivre. Plaise à Dieu que cela suffise ! au moins, la prieure veillera à ne rien dissiper. Son gouvernement est d'une perfection accomplie].

Beaucoup de compliments au Père Grégoire. Mais pourquoi m'oublie-t-il ? Mes compliments, en outre, au Père

Soto1; son amitié vous a bien servi [ un autre si bon

à sa place votre monastère se doit de le recommander

à Dieu : il a été très bien partagé. Je voudrais qu'il retournât s'établir près de vous; à mon avis, c'est un homme vertueux et d'un dévoûment à toute épreuve2].

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