II
qui nous devons tant. Ne pourrait-on pas, par son intermédiaire et celui de Monsieur don Louis Manrique, obtenir de l'archevêque la permission de fonder à Madrid ? Dans cette hypothèse, j'irais, dès mon retour de Villeneuve de la Xara, réaliser ce projet; personne même ne s'en apercevrait que le jour où tout serait terminé. J'ai, en effet, quelqu'un qui me donnerait l'argent pour acheter la maison. De plus, comme l'archevêque exige que le monastère ait des revenus, je compte sur les filles de Louis Guillamas, qui, vous le savez, entreront immédiatement et donneront annuellement quatre cents ducats de rente1, somme suffisante pour entretenir treize religieuses. Enfin, le Père vicaire me remettra aussitôt la permission. Peut-être ces messieurs connaissent-ils quelque ami de l'archevêque qui obtiendrait son autorisation. En tout cas, n'omettez point, pourvu que vous le jugiez bon, de vous occuper vous-même de cette affaire, afin que nous sachions à quoi nous en tenir. Et dès que vous aurez réussi, veuillez m'en aviser sans retard. .Tâchez, en outre, de trouver un exprès pour me porter vos lettres, afin que j'aie des nouvelles de votre santé. Daigne Notre-Seigneur vous la donner ! Il le peut, et je le Lui demande instamment.
C'est aujourd'hui le 12 février.
L'indigne servante et fille de Voire Paternité,
Thérèse de Jésus.
t. L'autographe qui se conserve chez les Teresas de Madrid ne porte pas, comme l'ont dit tous les éditeurs, cuatrocientos mil mara" vedis, mais seulement cuatrocientos.
1580. Vers le milieu de Février. Tolède.
au père gratien, a madrid.;
Éloge du Père Ambroise de Saint-Pierre. Dévouement de Saint Jean de la Croix. Nouvelles de la sœur Isabelle.
.) ÉSUS soit avec Votre Paternité !
Je vous annonce que le Père Ambroise1 est ici et attend pour lui parler le Père Gabriel, qui doit nous accompagner*. Je puis vous l'assurer, mon Père, il m'a semblé homme de bien et de jugement. Je ne me suis ouverte à lui pour aucune chose importante ou indifférente ; car j'agis toujours avec beaucoup de prudence, et je me tiens sur mes gardes. Toutefois, j'ai été heureuse d'apprendre que ces petites jalousies, que je croyais encore vivaces, supposé qu'elles aient existé, se sont déjà dissipées. Quant au Père Jean de la Croix, je pourrais jurer que cette tentation ne lui est jamais venue à l'esprit. Il a, au contraire, favorisé de tout son pouvoir le départ des Pères pour Rome; et si cela était nécessaire, il donnerait sa vie pour Votre Paternité; telle est la pure vérité.
Ce Père Ambroise est très zélé pour la prospérité de l'Ordre, et, à mon avis, il ne fera rien contre son devoir. Il arrive de Séville, où il a vu ce qui s'y passe; le Père Nicolas n'a pas eu peu à souffrir avec ces gens-là3.