Le licencié Gaspar de Villanueva
LETTRE CCCV. 4580. 8 AVRIL
LETTRE CCCV.
1580. 8 Avril. Tolède.
A DOÑA ISABELLE OSORIO, A MADRID
État de sa santé. Désir de la voir à Madrid. Commission pour un de ses plus grands amis, le Père Baltliasar Alvarez. Éloge d'Inès de l'Incarnation.
JÉSUS
Que la grâce du Saint-Esprit soit avec vous, Mademoiselle !
Je suis arrivée ici, à Tolède, la veille des Rameaux ; et, malgré les trente lieues que j'ai dû faire depuis l'endroit d'où je suis partie, je n'ai pas été fatiguée ; ma santé était même meilleure que de coutume. Mais depuis mon arrivée, j'en ai eu bien peu ; je crois cependant que ce ne sera rien.
J'ai été très heureuse quand on m'a appris dans ce monastère que votre santé s'était améliorée. Une lettre de vous m'a été remise, où vous me dites que les souffrances n'ont pu vous enlever votre bon projet. Dieu soit béni de tout ! J'espère en Sa Majesté que le jour où vous serez complètement guérie pour le réaliser, j'aurai achevé l'affaire dont je vous ai parlé S Dans le cas où elle ne le serait pas, je donnerais un autre ordre pour l'accomplissement de votre saint désir. Soyez assurée que si Dieu me donne de la santé, je ne tarderai pas à me rendre à Madrid. Mais je voudrais que personne ne le sût. J'ignore 1. Allusion à la fondation de Madrid.
quelle mesure prendre pour me voir près de vous. Je vous aviserai en secret de l'endroit où je me trouverai. Veuillez me dire votre avis là-dessus: N'oubliez pas de me recommander à Notre-Seigneur, et de saluer de ma part le Père Valentín ; gardez-vous de parler à personne de mon passage à Madrid.
On m'annonce que le nouveau provincial de la Compagnie de Jésus de cette province de Madrid sera bientôt dans cette ville, s'il n'y est déjà1. Or, sachez-le, c'est un de mes plus grands amis : je l'ai eu pour confesseur plusieurs années2; n'omettez pas de lui parler, car c'est un saint. Veuillez par charité, quand vous irez le trouver, lui remettre en main propre la lettre ci-incluse; je ne saurais trouver une voie plus sûre pour la lu i faire parvenir. Daigne Notre-Seigneur nous guider en toutes choses ! Amen.
J'ai trouvé notre sœur Inès de l'Incarnation3 tellement bien portante que j'en ai été étonnée; c'est une joie très vive pour moi de voir en elle une grande servante de Dieu. Plaise au Seigneur de la soutenir de sa main Í Elle accomplit des actes d'obéissance extraordinaires; j'ajoute qu'elle excelle dans toutes les vertus.
Votre indigne servante,
Le Père prieur4 se porte toujours bien. Je lui ai fait votre commission. Vous lui devez beaucoup. Je vous supplie de tâcher d'obtenir une réponse à la lettre ci-incluse et de me l'adresser par une voie sûre; cela est important.
C'est aujourd'hui le 8 avril.