II
leur parti à suivre. Je vous Tai déjà dit, vous m'avez confié les quatre cents réaux. Quant à Pierre, il a pris, sans doute, et prend encore pour ses dépenses, sur l'argent que lui a donné Diego de Guzman. Je vous l'assure en bonne conscience, c'est une peine profonde pour moi, vu mon caractère, de ne pouvoir lui rien donner. J'éprouverais tant de joie à le faire, ne serait-ce que pour vous délivrer de cet ennui. Daigne le Seigneur y remédier 1
Il doit être très pénible pour vous de n'avoir la messe que les jours de fête. Je ne cesse de songer au moyen à prendre pour vous procurer l'avantage de l'entendre plus souvent, et je ne le trouve pas. D'après Pierre de Ahumada, votre habitation est préférable à celle d'Avila, surtout les chambres à coucher; cela m'a causé un vif plaisir. Néanmoins, avec vos domestiques de labour, le tapage ne doit pas manquer dans cette maison; si vous leur construisiez un petit appartement séparé, vous n'auriez plus ce grand bruit. Pourquoi, en outre, n'avez-vous pas partagé la cuisine, comme c'était réglé ? Mais de quoi vaisje me mêler? Je le comprends, chacun s'y entend mieux que tous les autres dans sa propre demeure.
Serna, le porteur de ces lettres, sera de retour, me dit-il, dans huit jours. Si vous n'aviez pas encore envoyé votre réponse, veillez à la lui remettre sans faute. Je ne serai pas encore partie; et dussé-je partir, je l'attendrai.
Vous me parlez de mettre notre frère dans un monastère de nos Pères; déjà lui-même m'en avait dit un mot. C'est impossible, car on n'a pas coutume de recevoir des séculiers; d'ailleurs, il ne pourrait y supporter la nourriture. Même maintenant, lorsque les gens de l'hôtellerie ne lui donnent pas de la viande bien fraîche et bien cuite, il ne peut la manger, et se contente d'un peu de
LETTRE CCCVII. 1580. 15 AVRIL 483
pâté. Je lui envoie, quand je le puis, quelque petit rien; mais c'est rare. Pour moi, je ne sais qui est capable de le supporter et de lui donner les choses si à point.
Cette mélancolie est une terrible chose. C'est une épreuve pour celui qui l'a et pour ceux qui l'entourent. Dieu veuille vous donner la grâce que je Lui demande et vous exempter d'avoir à reprendre dans votre maison ce pauvre frère! Tous les autres moyens doivent être recherchés; tel est mon désir ; et s'il vient à mourir, nous n'aurons alors à nous adresser, ni l'un ni l'autre, le moindre reproche.
Toutes mes amitiés à don François et à Aranda. Plaise à Dieu de vous garder et de vous rendre très saint I Amen. Pourquoi ne me dites-vous pas comment vous vous trouvez dans la solitude ?
C'est aujourd'hui le 15 avril.
Votre servante,
Thérèse de Jésus.
LETTRE GGGVIÍI1.
1580. 16 Avril. Tolède.