‹ Lettres; traduction augmentée de plus de 70 lettres et 400 fragments, d'après les autographes de la Sainte et les copies authentiques des Pères Carmes déchaussée qui se trouvent à la Bibliothèque Nationale de MadridChapitre 236 sur 255 · Campagne de don Laurent, située à une lieue d'Avila · texte numérisé non relu

Campagne de don Laurent, située à une lieue d'Avila

2. Jean de O valle, beau-frëre de la Sainte, avait pour sœur doña Mayor, religieuse bénédictine, à Albe.

LETTRE CCCVI. 1580. 10 AVRIL 479

cause, selon moi, le départ de ce pauvre frère. Dieu est très fidèle. Et si notre pauvre frère est fou sur ce point, comme je le crois, vous êtes évidemment obligé par ta loi de la perfection à l'assister de votre mieux, à ne pas le laisser aller au-devant de la mort, et à détourner le cours de vos aumônes eu sa faveur; il est votre parent, et vous avez une obligation spéciale de lui venir en aide; au contraire, rien ne vous force à tout le reste. Joseph luimême était moins obligé envers ses frères.

Croyez-moi, quand Dieu comble quelqu'un de sa grâce, comme vous, il lui demande de grandes choses; et celleci est très grande. Or, je le répète, supposé que notre frère vint à mourir dans ce voyage, vous en seriez inconsolable, tant vous l'aimez, et Dieu ne cesserait de vous le reprocher. Nous devons donc bien réfléchir pour ne point nous tromper dans une affaire dont les suites seraient irréparables. Pensez-y devant Dieu, comme vous le devez, et vous constaterez que vous ne vous appauvrirez point en secourant notre pauvre frère. Sa Majesté vous le rendra par d'autres côtés.

Vous lui donniez deux cents réaux pour ses vêtements; de plus, il avait votre table et profitait d'une foule de choses de votre maison. Tout cela ne semblait rien, et en réalité, vous dépensiez peut-être plus que vous ne croyez. Vous lui avez déjà donné de quoi vivre cette année où il voudra. Outre les deux cents réaux que vous lui remettiez pour ses habits, accordez-lui tous les ans deux cents autres réaux pour sa nourriture, et il restera soit chez ma sœur, où on l'a prié de se rendre, me dit-il, soit chez Diégo de Guzman. Il a reçu de ce dernier cent réaux; mais il va les dépenser dans ces voyages. On devrait ne pas lui donner toute la somme à la fois l'année prochaine, et payer au fur et à mesure les personnes qui le

nourriront; car ou je me trompe fort, ou il ne restera pas longtemps dans le même endroit. C'est une grande épreuve; néanmoins, pourvu qu'il n'habite pas sous votre toit, je tiens tout cela pour bon.

Considérez que vous me faites à moi-même une partie de cette aumône, comme vous me la feriez, supposé que vous me vissiez dans le besoin, et que je vous exprime autant de reconnaissance que si j'étais moi-même l'objet de votre charité; cependant, mon désir serait de ne vous être à charge en rien. Depuis longtemps, je vous l'assure, je souhaitais que notre frère fût hors de chez vous, tant je souffrais parfois de vous voir au milieu d'un tel tourment, et tant je redoutais ce dont je vous ai parlé.

[Ma lettre n'avait pas d'autre but que celui-là].

Je me procurerai les dépêches par le Père Nicolas; il les apporte, je crois, de Séville, et il m'a prévenue qu'il viendrait me voir. C'est une vraie joie pour moi que le petit Laurent soit si près. Dieu soit avec lui ! Je tâcherai de rester très peu de temps dans ce monastère, car ma santé s'y trouve moins bien qu'ailleurs, et je me rendrai, Dieu aidant, à Ségovie. Le Père Antoine de Jésus m'annonce qu'il doit passer par Avila, ne serait-ce que pour vous voir. Le Père Gratien a déjà quitté Tolède. Mes amitiés à don François.

C'est aujourd'hui le dimanche de Quasimodo.

L'indigne servante de Votre Révérence1,

Thérèse de Jésus.

1. Il est possible que l'autographe marque de V. M, et non de V. R.

LETTRE CGGVII. 1580. 15 AVRIL

LETTRE CCCVII.

1580. 15 Avril. Tolède.

A DON LAURENT DE CÉPÉDA, SON FRÈRE, A LA SERNA, PRÈS D'AVILA

Encore l'affaire de Pierre <le Ahumada et sa mélancolie. Assistance à la messe. Distribution des chambres de la Serna. Domestiques. Attentions délicates de la Sainte.

JESUS SOIT AVEC vous!

On vous a déjà remis sans doute une longue lettre de moi sur cette affaire de Pierre de Ahumada. Je vous demande seulement aujourd'hui de me répondre sans retard et de remettre votre lettre à la xWère prieure; elle ne sera pas embarrassée pour trouver un exprès qui me l'apporte. Notre pauvre frère dépense son argent à Tolède, et il doit être bien affligé, si j'en juge par sa mine. Je serais très contrariée que votre réponse n'arrivât pas avant mon départ, qui, je crois, aura lieu bientôt.

Je suis mieux. Enfin, tout cela doit être un reste de mes vieilles infirmités; il ne faut pas s'en étonner; je suis surprise, au contraire, de n'être pas plus mal. Ce qui, je crois, me donnait de la santé à Avila, c'était de n'avoir ni autant de lettres, ni autant de difficultés.

Nous avons encore des nouvelles de Rome. Nos affaires vont très bien, malgré la contradiction. Veuillez les recommander à Dieu dans vos prières, et conjurez-Le de vous inspirer ce qui convient pour Pierre de Ahumada; Sa Majesté vous donnera sa lumière pour vous suggérer le meil-

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