‹ Lettres; traduction augmentée de plus de 70 lettres et 400 fragments, d'après les autographes de la Sainte et les copies authentiques des Pères Carmes déchaussée qui se trouvent à la Bibliothèque Nationale de MadridChapitre 49 sur 255 · AU LICENCIÉ GASPAR DE VILLANUEVA, CHAPELAIN DES CARMÉLITES DE MALAGON · texte numérisé non relu

AU LICENCIÉ GASPAR DE VILLANUEVA, CHAPELAIN DES CARMÉLITES DE MALAGON

Difficultés au monastère de Malagon. Les sœurs Béatrix et Anne de

Jésus.

JÉSUS

Que la grâce du Saint-Esprit soit avec vous !

Vos lettres m'ont causé une peine très vive. [Quand je songe qu'il y a une de nos maisons où les choses marchent plus mal que dans celles des Carmélites chaussées de l'Andalousie, c'est une mort pour moi]. J'ai eu peu de bonheur dans ce monastère de Malagon. Je ne sais quel mal la présidente fait aux sœurs pour que celles-ci soient telles que vous le marquez dans votre lettre à la Mère prieure2. Ce que leur avait dit un prélat comme notre Père aurait dû cependant suffire pour rétablir le calme. Elles montrent bien par là leur peu de jugement. Mais je ne puis m'empêcher d'en rejeter la faute sur vous. Je sais, en effet, que vous avez beaucoup d'autorité sur elles, et si vous vous imposiez comme à l'époque où elles se plaignaient de la Mère Briande, elles agiraient d'une tout autre

1. Cette lettre contient un fragment traduit pour la première fois.

2. La Mère prieure, Briande de Saint-Joseph, était alors à Tolède. Au début de sa maladie, on nomma présidente la sœur Béatrix. Plus tard, la sœur Anne de la Mère de Dieu la remplaça, ce qui ne plut pas à la sœur Béatrix, comme on le voit par la présente lettre.

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manière. Ce qu'elles vont retirer de là, c'est qu'elles ne verront plus leur prieure, alors même que Dieu lui rendrait la santé, et qu'elles ne vous auront plus vousmême. Voilà comment Dieu paye celui qui Le sert mal. Vous verrez, en outre, ce qui va arriver à ces religieuses remuantes qui me font mener une vie si douloureuse. Je vous supplie même de dire tout cela de ma part à la sœur Béatrix. Je suis tellement mécontente d'elle que je ne voudrais même pas entendre son nom. Je vous supplie encore de lui dire que, si elle continue à s'opposer à la présidente, ou à une chose qui se fera dans le monastère, et que je vienne à l'apprendre, il lui en coûtera cher.

Dirigez-les, je vous en conjure, comme vous l'avez toujours fait; apprenez-leur, pour l'amour de Dieu, à vivre dans l'union avec Lui et à ne plus susciter de tels troubles, si elles veulent goûter la paix. Gomment ! vous craignez qu'il y en ait d'autres comme la sœur Anne de Jésus1 ! Mais tomberaient-elles dans un état pire que celui où s'est trouvée cette sœur, cela me serait encore moins pénible, je vous l'assure, que leur désobéissance. Dès que j'en vois seulement une offenser Dieu, aussitôt je perds patience; pour tout le reste, au contraire, le Seigneur, ce me semble, m'en a donné beaucoup.

J'admets qu'Anne de Jésus puisse communier; car il est très certain qu'on a examiné son cas avec soin ; mais puisqu'elle a pu faire la communion, je désire qu'elle en soit maintenant privée durant un mois. Nous verrons comment elle marchera. Je m'en remets sur ce point à ce que vous écrit la Mère prieure. On a eu grand tort de

1. Il s'agit, non de la célèbre Anne de Jésus qui porta la Réforme en France et en Belgique, mais d'une autre religieuse qui était obsédée du démon, même avant son entrée au monastère de Malagon. La Sainte avait su par révélation ce qui se passait en cette âme.

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ne pas vous renseigner sur cette sœur. Comme vous ne la connaissiez pas complètement, vous aviez raison de l'admettre à la communion.

Cette affaire du curé me fait regretter le départ du Père François1, car le Père Provincial ne veut pas que les sœurs s'adressent toujours à un même confesseur, et je suis entièrement de cet avis. Je vous l'ai déjà dit, ces nombreux entretiens avec lui me pèsent. Je vais le prévenir : nous devons veiller à ce point.

La présidente m'écrivit l'autre jour au sujet d'une difficulté, et me raconta que vous n'étiez plus aussi bien avec elle. Vous pensiez, en outre, comme elle me le donnait à entendre, qu'elle ne se conduisait plus vis-à-vis de vous avec franchise. Dans le cas où il en serait ainsi, ce serait très mal, à mes yeux. Je lui écris sur ce sujet et sur d'autres points, mais de manière qu'elle ne soupçonne pas que j'ai été informée. Vous feriez bien vous-même de lui parler avec franchise et de vous plaindre de sa conduite à l'égard de la sœur Anne de Jésus. Si vous ne démêlez pas cette trame que le démon a commencé à ourdir, tout cela ira de mal en pis, et il vous sera impossible avec une telle responsabilité de goûter la paix de l'âme. Il m'en coûterait certes beaucoup que vous vinssiez à manquer à nos sœurs. Mais, à mon avis, vous êtes tenu davantage à veiller à la tranquillité de votre conscience qu'à me faire plaisir. Plaise à Dieu de nous donner cette tranquillité, puisqu'il le peut ! Amen. Tous mes respects à ces messieurs qui sont près de vous.

1. François de la Conception, carme déchaussé; il était confesseur des Carmélites, quand le Père Gratien l'envoya au monastère de la Peñuela pour y exercer la charge de prieur. La Sainte dut enlever au curé la charge de confesseur et lui substituer le Père Philippe.

LËTTRE CLXXIX. 1577. AOUT 113

Malgré la mort du Nonce, la commission de notre Père, m'assure- t-on, n'est pas terminée; il demeure donc toujours Visiteur. J'avoue que, sous un rapport, cela me cause beaucoup de peine.

Votre indigne servante,

Thérèse de Jésus.

1577. Août. Ségovie ou Avila.

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