Louise de la Cerda
que vous ayez songé à ces choses, malgré tous vos travaux. Le Seigneur sait bien à qui il envoie des épreuves].
Je viens de parler à notre Père de cette postulante qui vous est présentée par l'archevêque. Je suis fort contrariée de ce que l'on importune tant ce prélat à son sujet, lorsqu'il s'en soucie fort peu lui-même. D'après notre Père, c'est une dévote mélancolique; ne savons-nous pas par expérience ce que valent les personnes de cette sorte? et ce serait bien pis d'avoir à la renvoyer. Tâchez de lui parler quelquefois et rendez-vous compte de ce qu'elle est; si elle ne vous semble pas appelée à vivre parmi nous, il ne serait pas mal, à mon avis, que le Père Nicolas en dise un mot à l'archevêque et lui raconte les malheurs que nous avons eus avec les dévotes de ce genre, ou bien encore vous pourriez laisser traîner cette affaire en longueur.
Il y a longtemps que j'ai écrit la lettre ci-jointe au Père Grégoire; je l'avais envoyée à notre Père pour qu'il la lui transmit; et il vient de me la rendre à présent. Je n'ai plus de raison de l'expédier maintenant. Mais ne laissez pas de la lire, afin que vous n'ayez plus, ni l'un ni l'autre, la tentation de transférer ailleurs votre monastère1.
Je suis affligée du surcroit de travail que vous donne cette sœur; ce qu'elle souffre elle-même me touche de pitié. Plaise à Dieu d'y remédier! Mes amitiés à toutes et à tous. Ce serait une grande consolation pour moi de vous voir, car j'en trouve peu qui soient aussi à mon goût, et je vous aime beaucoup. Rien n'est impossible à Dieu.
Veuillez présenter mes respects au Père Garcia Alvarez ; mes amitiés à la sœur Béatrix, à sa mère et aux autres
1. Cfr. Lettre du 23 juin précédent. Il s'agit du monastère de Sé ville, et non de celui de Paterna, comme on l'a cru ; il on sera encore cjuestion plus loin.
lettre clxxvji. 1577. 11 juillet 109
sœurs. Dites -leur qu'elles doivent être très parfaites, puisque le Seigneur se sert d'elles pour les débuts de cette fondation. Gomme II les prive en ce moment de leur soutien1, je ne sais comment vous pouvez suffire à tout. [Ce serait bien pis encore, si vous aviez à diriger des Carmélites mitigées, comme cela est arrivé en d'autres endroits; car les sœurs de votre monastère suivront la voie que vous leur indiquerez].
Ce qu'il y a de vraiment fâcheux, c'est que vous ayez trop peu de santé pour faire face à tant de travail. Je sais ee que c'est, par expérience. Quand on se porte bien, tout est supportable. Plaise à Dieu, ma fille, de vous donner une santé telle que je vous la désire et que je la Lui demande ! Amen.
C'est aujourd'hui le 11 juillet.
De Votre Révérence,
Thérèse de Jésus.
[Notre Père, se trouvant ici, a ouvert lui-même votre paquet; il m'a remis les lettres qui étaient pour moi, et a gardé, sans doute par oubli, les images. C'est par hasard que je l'ai su aujourd'hui, car il était en contestation avec le Père Antoine sur ces images. J'en ai vu deux ; elles sont très jolies].
1. Allusion à Garcia Alvarez, leur confesseur, qui était malade.
LETTRE GLXXVIll1.
1577. En Juillet. Tolède.