Le P. Ambroise de Saint-Pierre
14 LETTIîES DE SAINTE THÉRÈSE
qui l'a fait disparaître. En tout cas, veuillez m'en envoyer une autre copie exacte et bien lisible; ne l'oubliez pas.
LETTRE ÇLIV1.
1577. 9 Janvier. Tolède.
au père gratien, en andalousie.
Joie d'avoir de ses nouvelles. Traité sur la confession. Plan de réforme pour les Carmélites mitigées. Joie û'Angèle. Un bon marieur.
JÉSUS
Que la grâce du Saint-Esprit soit avec Votre Paternité, mon Père !
Oh ! que de bénédictions vous a envoyées votre vieille fille, en recevant aujourd'hui, 9 janvier, la lettre que vous lui avez adressée par le P. Mariano ! La veille des Rois, j'en avais reçu une autre avec la commission que vous m'avez remise pour Garavaca. Deux jours après, je trouvais un messager sûr pour porter cette commission aux sœurs de ce monastère, ce qui fut une grande joie pour moi.
Malgré toutes vos précautions pour me cacher votre mal, votre lettre m'avait grandement affligée. Béni soit Dieu de la faveur insigne qu'il m'a accordée en vous rendant la santé I J'avais écrit immédiatement à tous les monastères que j'avais pu, pour qu'on vous recommandât à Sa Majesté. Je vais leur écrire de nouveau, et leur
1. Cette lettre contient un fragment très intéressant qui est traduit pour la première fois en français.
annoncer la bonne nouvelle ; je ne vois pas d'antre moyen de les tranquilliser. C'est un très grand bonheur que votre dernière lettre soit déjà venue. Chaque jour, vous m'obligez davantage par le soin que vous avez de me contenter; j'espère que le Seigneur vous en récompensera.
J'ai trouvé charmant, je vous l'assure, que vous vous occupiez en ce moment de composer un traité sur la confession l, comme si vous n'aviez aucun autre travail. Cela me parait trop : nous ne devons pas demander à Dieu des miracles. Sachez-le, mon Père, vous n'êtes pas de fer; il y a beaucoup de Pères de la Compagnie de Jésus qui ont la tête fatiguée par suite d'un travail excessif.
Quant à ce que vous me dites de la perte de ces âmes qui étaient entrées en religion pour servir Dieu, il y a longtemps quejen gémis. Ce qui pourrait porter d'heureux fruits chez elles, ce serait de bons confesseurs; voilà pourquoi, dans les monastères où nos Carmélites déchaussées doivent aller porter la réforme, il faut vous appliquer à ce point; sans cela, je crains qu'elles ne fassent pas tout le bien qu'on en attend. Si vous les resserrez à l'extérieur, et qu'elles n'aient personne qui les aide pour l'intérieur, elles auront beaucoup à souffrir. C'est ce que j'ai éprouvé moi-même jusqu'au jour où l'on nous donna pour confesseurs, à l'Incarnation, nos Pères Carmes déchaussés. Puisque V. P. ne se propose maintenant que de remédier à l'état des âmes, agissez promptement et procurez-leur quelqu'un qui les dirige; mais portez la défense que, partout où se trouvera un monastère de religieux, aucun d'entre eux n'ira troubler les sœurs. Je crois que le P. Millau est à Antequera. Peutêtre il conviendrait pour cela; du moins, les lettres qu'il
1. H ne s'agit pas ici d'un confessionnal , comme on l'a pensé à tort, mais d'un Traite sur ta confession.
a écrites à V. P. me plaisent beaueoup. Je prie le Seigneur de tout diriger! Amen.
Oh ! comme la perfection avec laquelle vous écrivez à Esperanza me réjouit ! Pour les lettres qui doivent être montrées aux autres, il est bon qu'elles soient ainsi; c'est même votre intérêt. Oh! comme vous avez grandement raison de dire, en parlant des qualités nécessaires pour réformer, que l'on ne doit pas chercher à conquérir les âmes comme les corps, par la force des armes ! Que Dieu vous garde à mon affection! Vous me procurez la joie la plus vive. Je voudrais être très parfaite, afin de vous recommander instamment au Seigneur, je veux dire, afin qu'il exauce mes vœux et soutienne mon courage. Grâce à Sa Majesté, je ne suis jamais craintive que quand il s'agit dePaid! Oh! comme Angèle s'est réjouie des sentiments qu'il lui montre dans une page écrite à la suite de la lettre qu'il lui a envoyée ! Elle voudrait lui présenter mille respects et assure V. P. que vous pouvez bien être sans peine. [L'union réalisée par un tel marieur est tellement étroite qu'elle ne finira, dit-elle, qu'avec la vie1. Après la mort, elle sera même plus ferme. La folie de la perfection ne saurait arriver si haut; il y a plus, le souvenir de cette union ne fait qu'aider Angèle à bénir le Seigneur. La liberté dont elle jouissait précédemment était pour elle un tourment. Au contraire, la sujétion où elle est lui paraît préférable et plus agréable à Dieu. Elle trouve, en effet, quelqu'un qui l'aide à amener des âmes au Seigneur et à Le bénir. Gela lui procure tant de soulagement et de joie que j'ai le bonheur d'en avoir une large part. Que Dieu soit béni de tout] !
L'indigne fille et sujette de Votre Paternité,
Thérèse de Jésus.