‹ Lettres; traduction augmentée de plus de 70 lettres et 400 fragments, d'après les autographes de la Sainte et les copies authentiques des Pères Carmes déchaussée qui se trouvent à la Bibliothèque Nationale de MadridChapitre 54 sur 255 · LETTRE CLXXXII. 1577. AOUT · texte numérisé non relu

LETTRE CLXXXII. 1577. AOUT

Si vous aviez vu combien était nécessaire une visite faite par quelqu'un qui sait expliquer les Constitutions, et qui les connaît pour les avoir pratiquées, vous en auriez éprouvé, j'en ai l'assurance, une joie profonde. Vous auriez mieux compris encore quel service vous avez rendu à Notre-Seigneur, et quel bien c'a été pour ce monastère, de ne point le laisser plus longtemps en des mains qui ne soupçonnaient pas par où le démon pouvait entrer et avait déjà commencé de s'insinuer. Il n'y avait jusqu'à présent aucune faute de la part de personne, et les intentions étaient droites. Mais je ne saurais trop remercier Dieu de la grâce que vous nous avez accordée.

Quant à la nécessité et aux besoins où nous pourrions nous trouver, parce que notre évêque ne s'occupera plus de nos affaires, n'en ayez pas de peine : nos monastères, en se prêtant un mutuel concours, s'assisteront mieux qu'en comptant sur leur évêque, car nous n'en aurons jamais un autre dont la charité égale celle de Votre Seigneurie. Si encore nous pouvions jouir de votre présence dans cette ville ! Toute notre peine est d'en être privées.

Pour le reste, il semble qu'il n'y ait eu aucun changement dans le monastère. Nous vous sommes aussi soumises qu'auparavant; d'ailleurs, tous nos supérieurs seront vos humbles serviteurs, et, en particulier, le Père Gratien, à qui nous avons communiqué, je crois, l'amour que nous avons pour vous. Je lui ai envoyé la lettre de Votre Seigneurie, car il est parti; il est allé à Alcalá saluer les religieux qui se rendent à Rome. Nos sœurs ont été très contentes de lui; c'est évidemment un grand serviteur de Dieu. Mais ce qui les a le plus satisfaites, c'est qu'elles le voient décidé à suivre en tout les ordres de Votre Seigneurie.

Au sujet de cette demoiselle dont vous me parlez, je ne

négligerai rien de ce que vous me demandez, dès que l'occasion s'en présentera. Celui qui est venu en traiter avec moi n'a pas coutume de fréquenter notre monastère; d'après ce que j'ai compris, il ne serait pas question de mariage. Mais depuis que j'ai vu la lettre de Votre Seigneurie, je me suis demandé si ce n'était pas cela, et si ce monsieur ne cherchait pas à susciter quelque obstacle. Cependant, je ne crois pas qu'il montre une préférence pour quelqu'un; il semble n'avoir en vue que le bien général et le service de Dieu. Plaise à Sa Majesté de tout diriger à sa plus grande gloire ! Néanmoins, les choses sont de telle sorte qu'on vous mêlera, malgré vous, à cette affaire. C'est une vraie consolation pour moi de vous voir assez maître de vous-même pour n'en être point troublé. Veuillez me dire s'il ne serait pas bon de prévenir l'abbesse et de montrer aux personnes qui se mêlent de tout cela que leurs démarches vous déplaisent; ce moyen pourrait peut-être produire quelque heureux résultat. En tout cas, je puis vous assurer qu'on a beaucoup insisté.

Au sujet de la requête de maitre Daza1, je ne sais que supplier Votre Seigneurie de faire quelque chose pour lui. 11 vous est tout dévoué, je le sais. Et ne lui donneriezvous que très peu de chose, j'en serais ravie. 11 vous aime tant, me dit-il, que s'il pensait vous causer la moindre peine par sa supplique, il ne laisserait pas pour cela de vous servir, et veillerait à ne plus rien vous demander à l'avenir. Lui, qui vous est tant attaché, voit les faveurs que vous avez accordées à d'autres et que vous distribuez encore ; il en est un peu mortifié, et il lui semble qu'il n'a pas beaucoup de bonheur.

1. Cfr. chap. 23 de la Vie de la Sainte, où se trouve l'éloge de ce vertueux ecclésiastique.

Il écrit à Votre Seigneurie au sujet d'un canonicat. Assurez-le seulement que la première place qui sera vacante avant votre départ sera pour lui, et il sera content. J'en serais heureuse moi-même, car, à mon avis, vous auriez l'approbation de Dieu et des hommes. Et, à la vérité, Votre Seigneurie lui doit bien ce témoignage d'estime. Plaise à Dieu de ménager quelque circonstance favorable où Votre Seigneurie puisse contenter tout le monde î Mais n'au riez-vous qu'une place inférieure à un canonicat à lui oifrir, qu'il l'accepterait, je pense, très volontiers.

En définitive, tous n'ont pas pour Votre Seigneurie un amour aussi désintéressé que les Carmélites déchaussées, car nous ne demandons qu'une chose, c'est que vous nous aimiez î Dieu veuille vous garder de longues années à notre affection ! Mon frère, qui est en ce moment au parloir, partage tous nos sentiments à votre égard. Il baise avec un profond respect les mains de Votre Seigneurie, et Thérèse vos pieds. Votre Seigneurie nous a bien mortifiées, les unes et les autres, en nous conjurant de vous recommander à Dieu de nouveau. C'était déjà si bien en. tendu qu'en nous le rappelant vous nous faites injure.

On me presse pour remettre cette lettre ; voilà pourquoi je ne puis vous en dire davantage. Je vous répète seule, ment qu'à mon avis, vous n'avez qu'à promettre à maître Daza la première place vacante, et il sera content.

L'indigne servante et sujette de Votre Seigneurie,

Thérèse de Jésus.

1577. 6 Septembre. Avila.

a don alvaro de mendoza, a olmédo.

Elle se réjouit de ce que doña Marie soit mariée. Remercîments pour une aumône.

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