JÉSUS SOIT TOUJOURS AVEC VOTRE SEIGNEURIE
J'ai été très heureuse du mariage de doña Marie1; et, à la vérité, j'en étais tellement satisfaite que je ne pouvais pas y ajouter entièrement foi; aussi, ç'a été une grande consolation pour moi d'en avoir la certitude par la lettre de Votre Seigneurie. Dieu soit béni de m'avoir accordé cette grâce ! car ces jours derniers, en particulier, j'étais bien troublée et préoccupée à ce sujet, et j'avais le plus vif désir de vous savoir délivré d'un tel souci. Tout s'est donc arrangé, et facilement, comme on me l'assure, pour une alliance très honorable.
Quant au reste, on ne peut pas exiger toutes les conditions désirables; ce serait même un inconvénient plus grand que l'époux fût très jeune. Les femmes sont toujours entourées de plus d'attentions quand leur mari est d'un certain âge. Votre nièce, en particulier, ne peut manquer, avec les belles qualités qu'elle apporte, d'être chère à son mari. Plaise à Notre-Seigneur de les bénir l'un et l'autre ! Je ne sais ce qui aurait pu en ce moment me procurer autant de plaisir que cette nouvelle.
1. Doña Marie Sarmiento, nièce de l'évêque; elle se maria avec le duc de Sesa, don Gonzalo Fernandez de Córdoba.
LETTRE CLXXXIII. 1577. 6 SEPTEMlíRE 124
La maladie de Madame doua Marie 1 m'a attristée ; plaise à Dieu que ce ne soit pas aussi grave que de coutume ! Toutes les sœurs de ce monastère prieront plus que jamais à cette intention.
Que Notre-Seigneur vous paye l'aumône que vous nous avez faite si à propos! Nous n'avions plus rien; mais cela ne me donnait pas beaucoup de peine. Monsieur François de Salcedo était même plus préoccupé que nous, car nous mettons en Dieu toute notre confiance. Il voulait vous écrire l'autre jour, me disait-il, et ne mettre dans sa lettre que ces seules paroles : Seigneur, nous n'avons pas de pain. Je ne le lui ai pas permis. Je désire vivement que vous soyez sans dettes : je supporterais plus volontiers de nous voir toutes dans la gêne que de vous occasionner une dépense. Mais puisque Dieu vous donne tant de charité, j'espère que Sa Majesté augmentera vos revenus par ailleurs. Qu'il Lui plaise de nous garder Votre Seigneurie de longues années, et de me conduire là où je pourrai enfin jouir de Lui !
Le Père Gratien paraît bien résolu à ne pas me laisser aller à l'Incarnation. Pour moi, je ne crains que Dieu, mais il n'y aurait rien en ce moment qui fût pire pour nous que de m'y envoyer. Je constate avec bonheur que vous veillez sur votre tendance à vous montrer si généreux et que vous en évitez une occasion comme celle de la prochaine foire. Plaise à Dieu que vous persévériez! Qu'il daigne veiller sur vous plus encore que sur moi !
C'est aujourd'hui le 6 septembre.
L'indigne servante et sujette de Votre Seigneurie,
ï. Sœur de Pévêque.
La petite Thérèse baise les mains de Votre Seigneurie et exécute ce que vous lui avez commandé. Elle serait très heureuse, dit-elle, d'aller vous voir là où vous êtes.