A ALPHONSE DE ARANDA , PRÊTRE D'AVILA, A MADRID
Procès gagné. État du monastère de l'Incarnation, Sollicitude de la Sainte pour rétablir la paix.
Que l'Esprit-Saint soit avec vous, mon Père, et que Notre-Seigneur vous récompense de la consolation que vous me donnez par vos lettres !
Grande a été ma joie, en effet, quand j'ai appris que la sentence du procès vous était favorable. J'en ai rendu à Notre-Seigneur les plus vives actions de grâces. Je ne sais même s'il y a beaucoup de perfection à éprouver tant de plaisir pour une chose temporelle. Vous en aurez vousmême été très heureux; on peut donc, à juste titre, vous féliciter, et je le fais volontiers. Nous allons bien sentir dans les circonstances présentes votre éloignement de Ma- 1. Cette lettre renferme plusieurs corrections.
drid. Dieu veuille aplanir les difficultés de telle sorte que nous n'ayons plus besoin de la faveur de Madame la marquise, ni de vos bons services!
Je vous annonce, mon Père, que les religieuses de l'Incarnation sont comme avant : j'en ai beaucoup de peine. Mon plus vif désir est qu'elles se soumettent en tout à la Prieure qui a été nommée, car elles lui obéissent déjà comme à une vice-prieure. Elles sont persuadées que le bien du monastère dépend de l'élection qu'elles ont faite, mais peut-être qu'en cela elles se trompent. Si je ne suis pas prieure, ajoutent-elles, la maison est perdue à bref délai, [car les Carmes mitigés y sont déjà retournés]. Elles sont dans l'intention de résister tant qu'elles pourront; voilà pourquoi, je vous en prie par charité, informez-vous du moyen qu'il y aurait de les faire absoudre par le Père Tostado ou par le Père Provincial, ou même par le Nonce, dans le cas où il irait à Madrid.
Au point où en est actuellement l'affaire, les religieuses elles-mêmes n'y peuvent rien. Si cet état de choses devait durer longtemps, ce serait trop pénible. Veuillez en parler à Monsieur le licencié Padilla, et dire ensuite au Père Julien d' Avila quelles mesures on devrait prendre. Ce dernier pourra beaucoup auprès d'elles et il les déterminera peut-être à reconnaître doña Anna1 comme prieure. Pour moi, j'ai peu de crédit auprès d'elles; elles savent, d ailleurs, que je ne veux pas aller à l'Incarnation.
Je supplie Madame la Marquise de s'occuper le plus possible de cette difficulté. Ce serait une grande consolation pour moi de voir enfin ces religieuses dans la paix.
Je n'écris pas à Monsieur le licencié Padilla, pour ne pas le fatiguer; il l'est déjà assez au milieu de tant de travaux.
1. Anne de Tolédo, celle qui n'avait eu que 44 voix et que le Père Provincial des Carmes mitigés avait imposée, pour prieure.
Mais demandez-lui ce que fait le Père Tostado; je désirerais vivement le savoir. Je vous prie, en outre, de dire au licencié tout ce queje vous apprends de ces religieuses. Il n'est pas possible qu'on les laisse longtemps ainsi ; une telle situation devrait même être déjà terminée; on est dans le trouble, et il ne peut manquer d'y avoir beaucoup d'offenses de Dieu. Plaise à Sa Majesté de vous garder ! Vos filles de Saint-Joseph se recommandent à vous.
C'est aujourd'hui la veille de Saint-Martin.
Une fois que vous serez informé de tout, et que vous aurez traité de cette affaire avec Monsieur le licencié Padilla, si vous ne trouvez pas un messager qui vienne immédiatement, allez demander à Madame la Marquise un de ses domestiques; et dans le cas où vous verriez que cela la dérange, choisissez un exprès que nous paierons nous-mêmes; car il est impossible qu'on attende au delà de la semaine prochaine. Sans cela, ce monastère va tomber dans la confusion, comme vous le verrez par le billet ci-inclus que m'envoie aujourd'hui le Père Jean de la Croix. Supposé que vous envoyiez un messager, veuillez en aviser Monsieur le licencié Padilla et Monsieur Roch de Huerta; ils auront peut-être quelques lettres de notre Père à m'expédier. Ces événements me font de la peine. Daigne le Seigneur diriger tout et vous garder !
C'est aujourd'hui la veille de Saint-Martin.
Votre indigne servante,
Thérèse de Jésus.
J'écris à Monsieur le licencié Padilla. Ainsi donc, ne traitez avec lui que des mesures qu'il faut prendre, parce que cette affaire ne souffre plus de retard ; montrez-lui le billet ci-joint du Père Jean de la Croix.
LETTRE CLXXXVni. 1577. 2 DÉCEMBRE
1577. 2 Décembre. Avila.
a madame la duchesse d'albe, a madrid.
Fiançailles du duc d'Albe avec Marie de Toledo. Remercîments. Supplique en faveur de la Réforme.
JÉSUS
Que la grâce du Saint-Esprit soit toujours avec Votre Excellence ! Amen.
J'ai appris par ici des nouvelles qui me causent la joie la plus vive. On m'annonce comme fait accompli les fiançailles de Monsieur don Fadrique avec Mademoiselle doña Marie de Tolédo. Gomme je songeais au bonheur que Votre Excellence devait éprouver, j'ai été moi-même si heureuse que toutes mes peines se sont calmées. Je n'ai pas appris cet événement de personnes en qui je puisse me fier d'une manière absolue, mais on me communique certains renseignements qui me le rendent probable. Je supplie donc Votre Excellence de daigner m'en donner la certitude, afin que ma joie soit complète. Plaise à Notre- Seigneur que ce mariage Lui procure beaucoup d'honneur et de gloire! J'espère qu'il en sera ainsi, car il y a bien longtemps qu'on Le prie à cette intention.
On m'a annoncé la faveur que Monsieur le Duc nous fait à tous. Elle est telle, je vous l'assure, que nous ne saurons jamais lui en témoigner assez de reconnais-