‹ Lettres; traduction augmentée de plus de 70 lettres et 400 fragments, d'après les autographes de la Sainte et les copies authentiques des Pères Carmes déchaussée qui se trouvent à la Bibliothèque Nationale de MadridChapitre 67 sur 255 · LETTRE CXC. 1577. 7 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

LETTRE CXC. 1577. 7 DÉCEMBRE

histoire; je ne sais où cela aboutira. Quand il y aura du nouveau, je vous l'écrirai tout au long, puisque mes lettres vous sont, me dites-vous, fidèlement remises. Que n'ai-je su que vous aviez un tel ami à Madrid! j'aurais pu en profiter. Je vais peut-être le faire tout à l'heure].

Lorsque j'étais à Tolède, je vous ai écrit une longue lettre; vous ne m'en avez pas accusé réception. J'ai tant de chance que je ne serais pas étonnée que vous alliez à cette ville, maintenant que je n'y suis plus. A la vérité, n'est-ce pas ? c'eût été une petite consolation pour moi de vous y voir !

Peralta1 a été très reconnaissant à Carillo de ce qu'il a fait pour sa parente, moins à cause de l'intérêt qu'il a pour elle qu'à cause de la nouvelle preuve de cette bonne volonté qu'on trouve toujours en lui. Si vous voyez Peralta, dites-le-lui; car enfin, il aura peu d'amis aussi fidèles que Carillo. On voit bien quelle est la personne qui a formé une telle amitié.

Elle vous annonce que l'aifaire pour laquelle elle écrivit de Tolède à ce personnage que vous connaissez n'a jamais pu réussir. Ce qui est certain, c'est qu'il a lui-même entre les mains ce bijou et qu'il en fait un grand cas2; voilà pourquoi il ne le rendra pas tant que cela lui plaira ; il veut précisément, dit-il, l'examiner à loisir. Mais si Monsieur Carillo venait, il verrait, prétend cette même personne, un autre bijou, qui, d'après elle, est bien supérieur à l'autre3. Ce bijou ne montre point des choses qui

1. Il est difficile d'admettre que Peralta désigne ici le P. Tostado. — Le pseudonyme Carillo désigne le P. Salasar lui-même.

'2. Le livre de sa Vie qui était entre les mains de don Gaspar de Quiroga, grand Inquisiteur, et nommé depuis peu à l'archevêché de Tolède.

3. Elle parle ici du livre des Demeures, ou Château intérieur, qu'elle avait terminé, la veille de Saint-André, le 29 novembre 1577.

lui soient étrangères : il se montre lui-même daus toute sa beauté. Il est enrichi d'émaux plus délicats que le premier, et son travail est plus parfait; car, affirme cette personne, l'orfèvre, quand il fit celui-ci, n'en savait pas autant que maintenant. De plus, l'or de ce bijou est d'une qualité plus excellente que le précédent, bien que les pierres précieuses n'y soient pas aussi à découvert. 11 a été exécuté, comme on le devine, assure-t-on, par ordre du joaillier.

Je ne sais pourquoi je vous charge d'une si longue commission. Je suis toujours portée à ennuyer les autres, même à mes dépens. Toutefois, comme Carillo est votre ami, ce ne sera pas un ennui pour vous de lui donner ces détails.

Cette personne dit encore qu'elle ne vous a pas écrit par l'intermédiaire que vous savez, car il s'agissait d'un acte de civilité, et rien plus.

N'oubliez jamais de me donner des nouvelles de votre santé. J'ai été vraiment contente de vous voir sans préoccupation. Pour moi, je n'en suis pas là; et cependant, je ne sais comment je goûte la paix ; par la grâce de Dieu, rien ne saurait me l'enlever. Ce qui me fatigue, c'est que j'entends ordinairement un bruit dans la tête. N'oubliez pas de me recommander à Dieu, ainsi que notre Ordre, qui est dans un très grand besoin. Plaise à Sa Majesté de vous garder et de vous donner la sainteté que je Lui demande pour vous ! Amen.

Les sœurs se recommandent instamment à vos prières ; ce sont de très bonnes âmes. Toutes se considèrent comme vos filles, et moi surtout.

Votre indigne servante,

Thérèse de Jésus.

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