Le Père Gaspar de Salasar
C'est en tenant le Saint-Sacrement dans ses mains qu'il a fait sa promesse; et le monde tout entier ne pourra l'empêcher de l'exécuter. Il m'épouvante, je vous assure, car d'après ses frères* non seulement lui, mais quiconque le revêtirait de l'habit, serait excommunie, il prétend qu'il a déjà la permission de son Provincial, et que Votre Paternité lui a écrit une lettre ; il ajoute que si vous tremblez comme un homme, vous écrivez cependant comme un ange, et il a raison : votre lettre, en effet* était parfaite. C'est bien fort que les siens nous demandent de ne pas le recevoir. Ce doit être parce qu'ils croient que cela ne se peut. Ils auront écrit, en outre, je pense, à Votre Paternité, pour que vous avisiez tous les couvents; car ils se remuent. Quant à moi, ils m'ont tellement pressurée que je leur ai dit que j'en avais écrit à Votre Paternité.
Certainement * si ce projet doit et peut se réaliser, comme le prétend ce Père, mieux vaudrait que ce fût déjà terminé que d'aller causer tant de bruit en avisant tous nos monastères; d'ailleurs, je me demande comment vous allez vous y prendre; ce serait, à mon avis, un cas de conscience de ne pas l'admettre, supposé son projet possible. A la façon dont il présente la chose, personne, je crois, ne l'empêchera. Je crois préférable de gagner du temps, à moins qu'il n'ait déjà commencé a exécuter son dessein. Plaise au Seigneur de diriger cette affaire ! Plus on y met d'obstacles, plus il me semble que Dieu doit en retirer de gloire ; voilà pourquoi le démon soulève tant d'opposition. On doit craindre que ce Père ne soit pas seul à avoir ce projet; cependant, alors même que tous ceux dont me parle Votre Paternité entreraient chez nous, ils ne feraient guère faute dans la Compagnie de Jésus, où il y a tant de religieux.
Je réponds aux scrupules de Paul dont vous me parlez;
LÈTTRE CC1I. 1578. 2 MARS 187
peut-il, oui ou non* user de ses pouvoirs? lime semble qu'au moment où il écrivait cette lettre, il devait être sous l'impression de quelque mélancolie ; je dis la même chose, quand il a ces scrupules. On le voit clairement par les raisons mêmes dont il se sert, Je n'ai donc pas voulu consulter de nouveau. De plus, comme me l'annonce Ardapilla1, ces doutes seront de peu de durée; car, ajoutet-il, le mémoire du grand ange* sur Gilbert* a déjà été remis, et on l'attend de jour en jour.
J'éprouve les mêmes préoccupations que le Père Élie4 sur votre absence. Tout est à craindre quand on s'aventure dans de tels parages. Plaise au Seigneur de préserver Paul du moindre danger ! Il y a tant d'aveuglement chez nos ennemis que rien ne m'étonnerait de leur part. Mais je m'étonne que Paul ne craigne pas, et voyage ainsi d'un lieu à l'autre sans raisons très graves.
Je reviens à ce que je disais. J'ai donc écrit à Paul, il y a déjà longtemps, ce que m'a répondu un grand théologien de l'Ordre de Saint-Dominique auquel je racontais tout ce qu'avait fait Mathusalem5. Ses ordres, si je me souviens bien, n'avaient, d'après ce Père, aucune valeur; car il devait montrer en vertu de quelle autorité il agissait; nous n'avons donc plus à revenir sur cette question,
Je voudrais envoyer à Votre Paternité la lettre où la prieure de Yalladolid me raconte le trouble suscité au sujet de l'affaire de Carillo. Enfin, me dit-elle, les Pères de la Compagnie de Jésus sont très satisfaits de moi et des Gar-