‹ Lettres; traduction augmentée de plus de 70 lettres et 400 fragments, d'après les autographes de la Sainte et les copies authentiques des Pères Carmes déchaussée qui se trouvent à la Bibliothèque Nationale de MadridChapitre 85 sur 255 · Joanes, le môme que Padilla · texte numérisé non relu

Joanes, le môme que Padilla

comme Jonas, afin d'apaiser cette tempête? C'est peut-être à cause de mes péchés qu'elle s'est déchaînée.

La prieure de Séville m'écrit pour vous supplier d'accorder la permission de recevoir une autre sœur de Blanche la Portugaise, qui, je crois, n'a pas l'âge voulu, tant s'en faut. En l'accordant, vous aiderez la Communauté à se décharger de la rente, qui s'élève à je ne sais plus quel chiffre. Si les parents de Blanche voulaient, après avoir payé sa dot, prêter, en outre, ce qu'ils doivent donner à sa sœur, supposé qu'elle entre, ou bien s'ils voulaient payer la rente du couvent en échange des frais de nourriture, ce ne serait pas mal. Nos sœurs ne tarissent pas sur la reconnaissance qu'elles doivent à cette Portugaise. Votre Paternité examinera cette affaire et disposera ce qu'elle croira le mieux.

Je ne sais plus finir quand je vous écris. Mon frère me mande toujours de présenter ses respects à Votre Paternité. Veuillez les agréer cette fois pour toutes, ainsi que ceux des sœurs. Plaise à Notre-Seigneur de garder Votre Paternité, et de vous amener promptement de nos côtés ! Ce serait très nécessaire pour mon âme et pour beaucoup de choses. Je ne dis pas, cependant, qu'il y en ait quelqu'une que vous ignoriez. DoñaYomar n'est pas bien ; elle vient peu nous voir; cette humeur dont elle souffre la bouleverse entièrement.

Que Votre Paternité veuille envoyer le plus promptement possible la lettre ci-jointe au Père Salasar, par la voie du prieur de Grenade. [Que ce dernier la lui remette en secret; recommandez-lui bien cela. Je crains que les Pères de la Compagnie ne viennent à écrire de nouveau soit à moi, soit à quelqu'une de nos sœurs ; leur langage est clair, je vous assure. Vous pouvez encore expédier cette lettre par la voie de Madrid, en la recommandant à Mon-

sieur Roch de Huerta ; vous y mettriez un bon port, et lui, la confierait au même muletier. Elle parviendrait ainsi très sûrement1]. Faites attention, mon Père, ne vous oubliez point. 11 convient d'envoyer cette lettre au Père Salasar, pour qu'il ne fasse rien, s'il n'a pas déjà commencé. De plus, que Votre Paternité ne se presse pas à lui donner la permission. A mon avis, tout cela sera pour son plus grand bien. Plaise à Dieu de répandre ses faveurs sur Votre Paternité, mon Père, comme je le désire ! Amen.

C'est aujourd'hui le premier dimanche de carême.

La lettre ci-jointe du Père Provincial et la réponse pourraient peut-être un jour nous servir. Ne les détruisez pas, si tel est votre avis.

L'indigne servante et fille de Votre Paternité,

Thérèse de JésuS;

1. Le P. Gratien n'a pas envoyé cette lettre, comme on le verra dans la lettre du 22 mai suivant. Tout ce fragment eát traduit pour là première fois en français.

LETTRE CGII.

1578. 2 Mars. Avila.

AU PÈRE GRATIEN, A ALCALA DE HÉNARÈS

Oraison et zèle de ce Père. Ses repas dans un hôpital. Vaillance de Carillo. Scrupules de Paul,

JÉSUS I

Que l'Esprit-Saint soit avec Votre Paternité, mon Père !

J'ai reçu, il y a peu de jours, les deux lettres de Votre Paternité, Tune écrite le mardi gras, et l'autre où était renfermée celle du pasteur à toutes les sœurs. Plaise à Dieu que nous sachions reproduire en nous les traits de ce Pasteur que vous décrivez si merveilleusement! Mais Il nous donnera beaucoup plus, je crois, que nous ne lui donnerons nous-mêmes. Le petit cahier est très bien. Je ne sais comment Paul dit qu'il ne comprend rién à ces oraisons d'union; cette nuit lumineuse et ces ravissements dont il parle donnent à entendre le contraire. Une telle faveur, j'en conviens, dure peu et est rare; voilà pourquoi on ne la saisit pas parfaitement.

Je porte grande envie aux âmes que vous allez évangéliser. Et moi, hélas ! je me vois ici, sans faire autre chose que manger, dormir et parler de ces Pères qui sont nos frères, car il s'en présente toujours quelque occasion, comme vous le verrez par le papier ci-joint. Afin de ne pas me fatiguer, vu qu'il est tard, j'ai dit à la sœur Catherine de vous écrire ce qui se passe; et puis, nous aurons,

ce soir, un sermon de Maître Daza, qui sera très beau. Les Pères Dominicains sont pleins de charité pour nous; ils nous prêchent deux fois la semaine, et les Pères de la Compagnie une fois. Mais leurs serinons ne sauraient me faire oublier ceux de Votre Paternité.

Je ne sais quelle tentation vous avez d'aller prêcher d'un lieu à l'autre. J'ai été très peinée de cette calomnie qu'on a lancée contre vous. Plaise à Dieu de vous garder, mon Père ! Les temps sont dangereux, et il faut un mâle courage pour voyager de la sorte; cependant, il y a des âmes partout. Dieu veuille que ce qui semble un grand zèle ne soit pas quelque tentation qui nous coûte cher ensuite! Dans cet endroit, il suffisait d'un chat1, et il y a, je crois, des Dominicains et des Franciscains. Je ne puis encore m'imaginer que ce brave Père prêche bien. Présentezlui tous mes respects et dites-moi si on l'écoute. Voyez quelle curiosité ! Non, non, ne me le dites pas, et déchirez cette lettre de peur que, pour l'expiation de mes péchés, il ne vienne à la lire.

Mais ces repas à l'hôpital, et ces noirs pâtés de morue, comme nous en avons ri ! Cependant, ce qu'on m'a raconté de Votre Paternité me porte à souhaiter que vous ne soyez plus si peu sur vos gardes.

Carillo* prétend avec raison que je n'ai guère de courage. Il a répondu à ma première lettre où je lui disais beaucoup de choses, et, en particulier, que son projet venait du démon. Il m'a déclaré que cela lui avait donné envie de rire, mais ne l'avait changé ni peu ni prou. Je ressemble, ajoute-t-il, à la souris qui a peur des chats.

1. La Sainte avait mis d'abord : basta el padre Castaño: il suffit du Père Castaño; puis elle effaça ces mots pour y substituer ceux-ci : bastaba el gato.

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