Cette lettre est restituée à la collection
grâces dont le Seigneur vous a déjà favorisée me donnent la confiance qu'il ne laissera pas de vous consoler au milieu de ce chagrin et de rappeler à votre souvenir tout ce qu'ont souffert, Lui et sa glorieuse Mère, dans ce saint temps où nous sommes. Si nous savions être sensibles, comme il le faut, aux souffrances que l'un et l'autre ont endurées, nous supporterions facilement toutes les peines de la vie.
Je voudrais être là où il me fût possible de vous tenir compagnie et de vous aider à porter votre épreuve, bien que, de loin, j'en prenne une large part. Je n'ai trouvé d'autre consolation qu'en suppliant Saint Joseph et Notre- Seigneur de vous assister. Toutes les sœurs de ce monastère et moi, nous nous sommes appliquées à prier et à supplier Dieu pour vous et pour cette sainte âme. J'espère que dans sa miséricorde, Il lui a déjà ouvert la porte du ciel, puisqu'il a voulu la retirer de ce monde avant même qu'elle n'en connût la malice. Tout passe avec tant de rapidité, que si notre intelligence savait voir et comprendre, nous ne pourrions pleurer ceux qui meurent pour aller voir Dieu ; nous nous réjouirions, au contraire, de leur bonheur.
Le comte m'a, lui aussi, touchée de compassion, quand je considère seulement ce que nous avons sous les yeux. Les jugements de Dieu sont profonds, et ses secrets impénétrables. Le salut du comte demande peut-être qu'il soit privé de sa position. Mais le Seigneur, à mon avis, veille avec une sollicitude spéciale sur chacun de vos intérêts : c'est le véritable ami pour nous. Ayons donc confiance qu'il a eu en vue ce qui convenait le mieux à nos âmes. Tout le reste, en comparaison de cela, ne mérite guère d'estime. Le bonheur sans fin ou le malheur éternel, voilà la grande affaire. Je vous supplie donc, pour l'amour
LETTRE CÛVI. 1578. 26 MARS 497
de Notre-Seigneur, de ne plus penser aux choses qui peuvent vous causer du chagrin , mais seulement à celles qui sont de nature à vous procurer des consolations. En cela, vous gagnerez beaucoup de mérites; dans le reste, vous en perdriez, et môme vous nuiriez vraisemblablement à votre santé; cependant, vous devez y veiller, car vous savez combien nous y sommes tous intéressés. Plaise à Dieu de vous l'accorder de longues années encore, comme nous L'en supplions!
Toutes les sœurs et la Mère prieure vous présentent leurs plus profonds respects. Je présente les miens à Madame doña Béatrix.
C'est aujourd'hui le mercredi de la semaine sainte.
Je n'ai pas écrit plus tôt, parce qu'il m'a semblé que Votre Seigneurie ne pouvait pas lire de lettres.
L'indigne servante et sujette de Votre Seigneurie Illustrissime,
Thérèse de Jésus.
LETTRE CGVII1.
1578. 28 Mars. Avila.
A MARIE DE SAINT-JOSEPH, PRIEURE A SÉ VILLE
La sœur Saint- François. Avis aux sœurs. Ma Gabrielle. Compliments à la Mère prieure.
JÉSUS
soit avec vous, ma fille, et vous donne, à vous et à toutes vos filles, d'aussi heureuses fêtes de Pâques que je L'en supplie !
J'ai éprouvé une joie très vive en recevant de bonnes nouvelles de votre santé. Pour moi, je suis comme d'ordinaire, mon bras est dans un mauvais état, et la tête toujours souffrante. Je ne sais même quel office on récite. Cela doit être sans doute ce qu'il y a de préférable à mon âme. Ce me serait pourtant une grande consolation d'avoir assez de forces pour vous écrire une longue lettre et vous offrir à toutes mes plus profonds témoignages d'amitié. Veuillez les présenter de ma part aux sœurs et spécialement à la sœur Saint-François2, dont les lettres nous ont procuré le plus sensible plaisir. Croyez-moi, le temps qu'elle a été prieure a montré son mérite. O Jésus ! quelle solitude c'est pour moi de me trouver si loin de vous ! Qu'il Lui plaise de nous réunir toutes dans son éternité ! cette