Cette lettre contient quatre fragments inédits
2. Isabelle de Saint-François, — celle qu'on avait envoyée comme prieure à Paterna. On a vu déjà qu'elle était revenue à Séville.
LETTRE CCVH. 1578. 28 MARS '199
pensée me console, quand je vois que tout passe avec tant de rapidité sur la terre.
Je trouve charmante votre réflexion sur le défaut que vous trouvez dans les sœurs du Père Barthélémy. Alors même que vous pourriez achever de payer le monastère avec leur dot, il est impossible de les recevoir. Puisqu'elles n'ont pas de jugement, refusez -les absolument l'une et l'autre. Ce serait contre nos Constitutions de les admettre, et, de plus, leur mal est incurable. L'autre postulante dont vous me parlez est jeune, puisqu'elle n'a que treize ans ; à cet âge, on a l'esprit trop changeant. Voyez vous-même ce qui en est; tout ce qui peut vous convenir, croyez-le, je vous le souhaite.
De peur de l'oublier, je n'approuve pas beaucoup, je vous assure, que les sœurs de votre monastère écrivent ce qui se passe dans leur oraison. Il y a à cela de sérieux inconvénients que je voudrais vous exposer. Mais sachezle, n'y aurait-il qu'une perte de temps, ce serait déjà un obstacle qui empêcherait l'âme de marcher avec liberté. Elles peuvent, en outre, s'imaginer une foule de choses. Je tâcherai de me les rappeler pour en dire un mot à notre Père; dans le cas contraire, avisez-le vous-même. S'agit-il de grâces importantes, on n'en perd pas le souvenir; quant aux autres, il n'y a pas de motif d'en parler. Lorsque les sœurs verront notre Père, il leur suffira de lui raconter ce qu'elles se rappelleront. Elles suivent une voie sûre, d'après ce que je comprends, et si quelque chose peut leur être préjudiciable, c'est de faire cas de ce qu'elles voient ou entendent. Lorsqu'elles n'ont que des scrupules, elles peuvent s'en ouvrir à Votre Révérence. Je vous crois capable de les calmer, pourvu qu'elles aient confiance en vous. Dieu vous donnera sa lumière pour les diriger. Gomme je sais quels inconvénients il y aurait pour elles de
songer à ce qu'elles vont écrire et combien elles sont exposées aux pièges du démon, j'insiste beaucoup sur ce point. Quand une chose importante se présentera, Votre Révérence pourra m'aviser, sans même les prévenir. Supposé que je me fusse arrêtée à toutes les difficultés de la sœur Saint-Jérôme S je n'en aurais jamais fini. Quelquesunes des choses dont elle me parlait me paraissaient certaines, et cependant, je me taisais; croyez-moi, le mieux c'est de bénir Dieu de ce qu'il donne, et de s'humilier à l'heure où II suspend le cours de ses faveurs ; l'âme, alors, ne peut manquer de grandir en vertu.
Ce que vous me racontez de la sœur Élie est bon. Mais comme je ne suis pas aussi savante qu'elle, je ne vois pas ce que signifient ces Assyriens dont elle me parle. Présentez-lui mes amitiés : je l'aime beaucoup; présentezles également à la sœur Béatrix et à sa mère. Vous me causez le plus vif plaisir quand vous me donnez des nouvelles de cette dernière et de toutes les sœurs. [Dieu veuille pardonner à ces religieux qui nous maltraitent tant] !
Il ne faut pas qu'à Séville, vous ajoutiez foi à tout ce que vous entendez au sujet de nos affaires. Par ici, on nous donne de meilleures espérances. Nous nous réjouissons un peu, quoique clans l'ombre, comme le dit la Mère Isabelle de Saint-François.
Outre les souffrances de mon bras, j'ai celles du cœur, qui ont été très pénibles pendant quelques jours. Envoyez-moi un peu d'eau de fleur d'orange, mais veillez à ce que le flacon où vous la mettrez ne se brise pas en chemin; sans la crainte que cela n'arrivât, je vous en aurais demandé plus tôt. Quant à l'eau d'ange, elle était si exquise, que j'ai eu scrupule de m'en servir pour moi-