‹ Lettres turquesChapitre 13 sur 22 · LETTRE VIII · texte numérisé non relu

LETTRE VIII

ROSALIDE A FaTIME.

N jeune Officier fut présenté l'autre jour, par un de ses amis, chez une Dame où il joua. Après le jeu, il y soupa, et après le souper, il s'étendit dans un sopha, d'où avec empressement, et de l'air d'un homme qui n'est pas accoutumé à être refusé, il offrit à cette Dame tous les services d'un tendre Cavalier. Jugeant l'affaire assez entamée, il se lève , il se chauffe le dos à une cheminée^ et demande légèrement à un gros homme vêtu de noir, qui s'étoit écarté pour lui faire place : « Monsieur, quoique je ne déplaise pas dans cette maison^ j'y suis tout nouveau, j'y entre pour la première fois. La

Maîtresse est jolie. Faites-moi le plaisir de me parler. A-t-elle quelqu'un sur son compte? J'ai dessein de m'y mettre. Est-elle Veuve? — Non, lui dit-on. — Ah ! elle est mariée, continua cet étourdi. Où est donc son benêt de mari? — Le voici », lui répondit le gros homme, en marquant cette annonce d'une profonde révérence.

Dans ce pays-ci, une Femme du bel air anéantit, pour ainsi dire^ son mari, il n'en est point fait mention. Rarement fréquente-t-il dans son appartement; et si par un grand hasard on l'en voyoit sortir, on le prendroit. le plus souvent j plutôt pour un Créancier qui vient de faire arrêter ses comptes que pour le Maître du Logis. Adieu, ma sœur, ainsi soit un jour où tu es !

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