LETTRE XI
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K suis révoltée d'un vice qui régne communément ici parmi les plus honnêtes gens. La médisance est i'ame de toutes les conversations. Hier, une femme me vint voir. Notre entretien roula sur une autre, avec qui je suis assez souvent. « Elle est belle, me dit-elle; mais il y a longtems. On lui trouve de l'esprit: mais au vrai elle n'a que du jargon. Sa vie est retirée, continua-t-elle : je ne sçaurois croire cependant comme le public, qui s'imagine qu'un Abbé qui demeure dans sa maison la fait se retrouver toujours avec plaisir dans son domestique. »
Elle n'achevoit pas ces mots, que la per-
sonne qu'elle déchiroit si cruellement entra. « Hé! bon jour^ ma bonne amie, lui dit cette perfide en s'avançant à elle et en l'embrassant : nous parlions de vous, Madame et moi. )>
Est-il possible qu'une Nation qui pense aussi délicatement que la Nation Françoise ne marque ordinairement son esprit dans la société qu'aux dépens de la réputation de ses compatriotes, et qu'on y appelle politesse la lâcheté d'accabler de caresses une personne dont on parle avec mépris en son absence? Pour ne pas tomber dans la morale, je ne te parlerai pas davantage d'un vice qu'on ne punit point, parce que l'usage l'emporte sur la justice. Je vais t'écrire la fin de l'Histoire du Comte d'Amille.