NOTICES. XVII
tisme autant que le leur permettaient la justesse de leur esprit et la délicatesse de leur goût. Vous me pardonnerez peut-ôlre de le dire aujourd'hui avec un peu d'orgueil : j'étais classique, classique obstiné, arriéré même, n'admettant pas une autre langue poétique que celle de Racine, et trouvant à redire, en cela j'avais tort, aux plus heureuses hardiesses de Lamartine et de Victor Hugo. Dieu sait de quel déluge de fines et de charmantes railleries m'accablaient d'accord Doudan et Saint-Marc Girardin, et que dlnterminables disputes, toujours vives et jamais blessantes, abritaient sous leur épais feuillage les grands arbres d'une allée retirée du Luxembourg qu'on appelait l'Allée des Veuves. Elles ne reviendront pas, ces journées de jeunesse et de bonheur, pas plus que les vieux arbres qui les ombrageaient et qu'une main impitoyable a coupés jusqu'à la racine ! j'ai survécu à mes deux amis, et la société actuelle a bien autre chose à défendre que le bon goût en périr!
Une grande part, vous le pensez bien, monsieur, revenait dans ces graves conversations de jeunes gens, avides de tout connaître, ou de tout sonder, aux questions philosophiques et religieuses. Un fervent chrétien aurait pu souvent s'en scandaliser, un spiritualiste, jamais. Libres et très libres penseurs, nous l'étions ; athées et matérialistes. notre amour-propre tout seul nous aurait empochés de l'être. Rien de plus antipathique à l'âme élevée de M. Doudan et à la nature un peu dédaigneuse de son esprit que la vulgaire simplicité et le terre à terre des doctrines sensualistes. J'ai rarement vu de convictions spiritualistes aussi fermes que les siennes. Le danger aurait plutôt été pour lui dans le raffinement des idées allemandes et platoniciennes, à cette époque du moins ; car, plus tard, il semble avoir inchné davantage vers la méthode plus circonspecte et plus exacte de l'école écossaise. Pourquoi ne le dirai-je pas, puisque, sans y penser, je me suis mis à faire ma confession générale en vous parlant de M. Saint-Marc Girardin et de M. Doudan ? Des trois, j'étais le plus voltairien