M. DOUDAN
Personne n'aurait trouvé sur les listes nécrologiques de l'année 1872, récemment publiées dans les journaux, le nom de M. Doudan. Personne n'aurait eu non plus le droit de se plaindre, plus qu'il ne l'eût fait lui-même pendant sa vie, de cette injustice de la renommée. Il était inconnu, volontairement inconnu, si ce n'est dans un groupe, à la vérité très important et supérieurement distingué, de la société parisienne.
On a beaucoup parlé des « couches sociales » dans ces derniers temps. C'est un mot funeste. La révolution de 1789 a supprimé les classes. Les remplacer sous un autre titre, c'est détruire son œuvre d'égalité et de pacification civiques. Il n'y a plus de classes dans la grande nation française. Il y a des professions et des situations diverses qui forment elles-mêmes des groupes, non pas ennemis, mais distincts, où la fortune, la naissance, l'éducation, le trayait, les services militaires et civils, l'influence politique ou littéraire, la richesse acquise ou héréditaire transportent successivement l'importance sociale, la faveur de l'opinion, le crédit moral. Il y a de grandes existences, utiles ou brillantes, qui sont, non pas l'aristocratie, mais le sommet
l. Extrait du Journal des Débats, n" du 19 janvier 187 3.