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XXXII NOTICES

mirages de la philosophie historique qui menait grand train dans ce temps-là.

« Quant à ces grandes avenues, aujourd'hui solitaires, écrivait-il, où l'on prétend me montrer la route des nations, mes yeux fatigués n'y discernent rien; pourquoi cette route plutôt qu'une autre ?... Laissez- moi quitter ces plages tristes et désertes où je ne trouve signe de vie. Laissez-moi courir par ces champs où je vois des ruines magnifiques, d'humbles tertres, les débris d'un village abandonné ; j'aime mieux les vestiges de la plus petite chaumière autour d'Athènes ; j'aime mieux les vers épars retrouvés par Fauriel dans les échos du Taygète que les restaurations les plus hardies des prétendus plans de la Providence... M. ViJlemain (car c'est de lui qu'il voulait parler) évite tous ces dangers de l'abstraction; il suit la marche de l'histoire à la lueur certaine de la pensée de l'homme dans tous les siècles... En recherchant dans ce qui reste de chaque époque les empreintes du beau et du vrai, on comprend mieux le passé ; on échappe aux conclusions précipitées de la logique... Vous n'avez plus affaire, dans le monde littéraire, à ces forces infaillibles et irrésistibles qu'on nomme les lois de l'histoire. C'est l'Italie de Lucrèce et de Gicéron que vous retrouvez, la Grèce de Périclès, l'Angleterre de Shakspeare et d'Addison :

Et jam swnma procul vlllarum culmina fumant.

C'est avec ce parti pris d'observation immédiate que Doudan, non sans y mettre un peu de malice sceptique à l'adresse des philosophes du jour, abordait l'étude deThistoire. Dans la psychologie, l'esthétique et la littérature proprement dite, quoiqu'il fût volontiers subtil, il était plus large. La délicatesse de son esprit lui servait autant à pénétrer au fond des choses qu'à les définir avec précision et à les décrire avec justesse. 11 était peut-être aussi, de tous nos condisciples amis de l'antiquité grecque et latine, celui qui s'était approprié avec le plus de passion persévérante, par une habitude presque quotidienne, les grands

NOTICES. xxxiir

génies du passé, Homère, Platon, Virgile, Tacite, ses préférés. Il les relisait sans cesse, par petites doses pour ainsi dire, mais régulières. On voyait toujours sur sa table de travail un de ces livres, môles souvent à bien des ouvrages modernes, qu'il ne dédaignait pas. Il s'en faisait notam ment, autour de lui, dans la famille illustre où il vivait, toute une production sévère et brillante qui l'eût à elle seule suffisamment attiré et captivé.

Cet ainsi qu'il était revenu à sa vraie vie, la vie méditative et studieuse, et qu'il la continua trente ans, et sans interruption jusqu'à sa mort. Cette période de son existence la plus cachée est celle qui eût mérité le plus d'être connue. Nous sortions de chez lui, de cette petite bibliothèque choisie où il se renfermait, souvent plus instruits, toujours charmés. Il était, qu'on me permette le mot, une vraie fontaine d'idées, inépuisable et saine, les prodiguant tout près de lui, éprouvant à la pensée de les répandre au dehors une sorte de terreur pudique. On eût fait pourtant un très bon traité de tant de recettes ingénieuses de bien penser et de bien dire. Il m'a dit quelquefois, sans y insister, que le livre était fait. En a-t-on trouvé quelque trace ? Je l'ignore. Quoi qu'il en soit, l'esprit français dans la causerie courante, mêlée d'enjouement et de raison, avec son Irait rapide et son impression vive, n'avait pas, je crois, dans les meilleurs salons de Paris, un type plus naturel et plus accompli. Que de mots charmants, imprévus ! que de paradoxes qui n'étaient qu'une nouvelle forme du bon sens ! que d'innocentes railleries au service de la vérité ! Combien de maximes qui semblaient un jeu d'esprit dont profitait la raison ! Je lui demandais une fois comment il lisait les romans du jour : « Je vais droit au dénouement, me dit-il, puis je reviens sur mes pas. Je n'aime pas lire ces livres à surprises, le dos tourné, comme un condamné qu'on mène sur une charrette à l'échafaud...» Quand il hasardait, sur ses meilleurs amis, une inoffensive épigramme ; « Je ne fais qu'un reproche à mes amis, ajoutait-il, c'est de n'être pas parfaits. » — « J'é-

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