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CHAPITRE II

Examen des faits anatomo-pathologiques tendant à établir des rapports génétiques entre la leucoplasie et l'épithélioma.

Les arguments tirés de la clinique montrent simplement que la succession leucoplasie-épithélioma est un fait fréquent ; il est impossible d'en tirer aucune autre indication, à moins de s’exposer au sophisme post hoc, ergo propter hoc. |

L'examen des faits anatomo-pathologiques est autrement fécond en résultats.

Malgré quelques observations antérieures, c’est seulement avec l'important mémoire de Leloir sur l'anatomie pathologique et la nature de la leucoplasie buccale, publié en 1887, que commence la période histologique de la question des rapports de la leucoplasie et de l’épithélioma.

Le regretté professeur a eu à sa disposition trente-cinq cas dont il a fait une étude histologique aussi approfondie que possible. Ceux-ci se décomposent de la facon suivante :

1° Dix cas de leucoplasie buccale au début ;

2° Dix-sept cas de leucoplasie assez avancée.

Chez neuf malades, la leucoplasie avait envahi presque

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toute la muqueuse buccale mais n’était pas dégénérée ; chez les huit autres, les plaques leucokératosiques étaient compliquées de dégénérescence épithéliomateuse.

Ces huit derniers cas méritent de retenir notre atten- RAA tion d’une facon spéciale : quatre présentaient des lésions épithéliomateuses avancées, quatre des stades

tout à fait primitifs de la même dégénérescence.

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Fic. 1. — Vue d'ensemble, à un faible grossissement, d’une plaque de leucoplasie pure sans trace aucune de dégénérescence cancéreuse. (Alcool, paraffine, hématoxyline de Delañeld.)

A gauche, les cellules à éléidine (G. el) forment une couche compacte comprenant plusieurs rangées, tandis qu'au même niveau, la couche cornée (ck) n’a qu’une faible épaisseur. Plus à droite, au contraire, cette même couche cornée prend un développement extrême, se hérisse d’aspérités, tandis que la couche à éléidine devient moins importante et plus diffuse. Des gouttelettes d’éléidine (gel) se retrouvent dans l’épaisseur de la couche cornée. Les papilles (p) sont modifiées, lamelliformes ou en massues :

. le derme (D) est feutré et infiltré de cellules inflammatoires (ci). k i Ï , D’après Leloir, voici comment se produirait la dégénérescence cancéreuse.

Jamais l’épithélioma ne débute au niveau des surfaces hyperkératinisées, lorsque celles-ci demeurent hyper- vi

kératinisées ; il débute au niveau des régions exul-

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cérées dans un cas ; dans trois autres, il a fait son apparition au niveau des fissures ou crevasses ; dans un cas, il a débuté au niveau des fissures ou crevasses; enfin, °

dans le dernier, la dégénérescence cancéreuse était trop

Fi. 2. — Vue à un fort grossissement d’une portion de plaque leucoplasique buccale © 0 a non dégénérée. (Alcool, parafline, hématoxyline, éosine.)

La couche cornée (ck) est peu développée: les cellules à éléidine (C. el) forment une couche compacte d'éléments granuleux rouges sur six à douze épaisseurs. Les cellules épidermiques profondes (c.e) renferment un noyau atrophié. La couche de ÿ Malpighi (M) est nettement séparée du derme (d), infiltré lui-même de cellules in- ra flammatoires (ci). L'ensemble de la coupe offre une superposition de couches distinctes So rappelant vaguement la constitution générale de la peau.

ancienne pour qu’on püt espérer pouvoir en déterminer le point d’origine.

Dans les autres cas, Leloir à pu suivre pas à pas le processus et le diviser en quatre étapes suivantes :

1° Leucoplasie avec hyperkératinisation ;

2° Desquamation, exulcération ou fissure ;

3° Lésions irritatives avec dékératinisation ; 4° Epithéliomatisation des régions dékératinisées à point de départ malpighien.

Ces stades méritent quelques mots d'explication.

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© Fe. 3. — Vue à un faible grossissement d’une plaque leucoplasique vulvo-vaginale pure, non compliquée de dégénérescence cancéreuse. (Sublimé, paraffine, hématoxyline éosique de Renault.)

La couche de Malpighi (M) est nettement limitée, mais les prolongements épithéliaux intradermiques sont anormalement augmentés de volume. La couche à éléidine (E) forme une bande continue tranchant nettement sur les autres tissus par l'intensité de sa coloration après l’emploi des teintures histologiques. La couche kératinisée (K) a une épaisseur considérable. Le derme (D) est légèrement feutré et infiltré de cellules inflammatoires (CJ). (V), vaisseaux.

Au début, la leucoplasie est essentiellement une affection hyperkératinisante ; mais, avec une rapidité extrêmement variable suivant les cas, sous l'influence des irritations secondaires à la production des fissures

et des exulcérations, elle tend à se dékératiniser ; désor-

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mais mal protégée, la plaque leucoplasique réagit de

diverses façons.

Tantôt, les prolongements irréguliers que la couche

de Malpihi envoie dans le derme se mettent à s’hyper-

trophier encore davantage, formant des bouchons, des

PES Fic. 4. — Coupe perpendiculaire d’uné plaque leucoplasique linguale présentant la . dégénérescence épithéliomateuse, (Liquide de Gilson, collodion, hématoxyline.)

El, couche à éléidine hypertrophiée; ck, épiderme fortement hyperkératinisé; au voisinage du point f, la coupe présente une dépression profonde occupée par des éléments épithéliomateux, ce; le derme, d, est infiltré de cellules embryonnaires (ce) et de globes épidermiques (ge). Dans quelques-uns de ces derniers (ge !) les cellules hyperkératinisées ont été arrachées par le rasoir; p, papilles irrégulières. (Fi

gure empruntée au mémoire de 1896 du P° Le Dentu, préparation de A. Pettit.)

Le) prolongements plus où moins ramifiés qui s’enfoncent plus ou moins profondément dans le derme : or, ce sont ces prolongements en néoformation active qui constituent l'épithélioma.

Tantôt (et c'est là le cas le plus fréquent) lépithé-

lioma, dit Leloir, semble se développer au niveau d’une

ce

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pe 20 RER fissure, d’une crevasse. Dans ce cas on observe manifestement une tendance à la prolifération des cellules du corps de Malpighi constituant les parois de la crevasse. Cette tendance à la prolifération gagne les cellules

du voisinage el bientôt on voit partir de ce foyer irritatif

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= 2 = es ER LME ELITE, ù LT z LEA GR AT < 4 7. SR Ga 6 L RENE ÿ OU AO ON Re æs Mo De gs CO ENORME NOTES | … KÉGÉR CT e RPR SETE CEGECNERS, PARIS CANNES De RE STE ee OGC OO CN TO PRES TO ÉD ER TR pr he RS DE DOS UN jee] < 6 ex > Le 6 EE A = DR — M D Fi. 5, — Les figures 5, 6 et7 proviennent d’une même plaque leucoplasique vulvo-

vaginale très ancienne; elles représentent respectivement les zones périphérique, moyenne et centrale de celle-ci. (Liquide de Lindsay, paraffine, rouge magenta, mélange de Benda ; baume.)

La figure 5 représente un point (périphérie) où les lésions se résument en une hyperkératinisation (ck) des cellules sus-jacentes à la couche de Malpighi qui est encore nettement limitée. Le derme (d) est feutré, presque sclérosé, les papilles (p° p', sont atrophiées,

des prolongements épithéliaux plus ou moins ramifiés qui pénètrent dans le derme enflammé : c’est lépithélioma au début. A cause de l’infiltration dense du derme muqueux par les cellules embryonnaires, il est parfois assez difficile de voir le mode de développement de l’épi-

thélioma. Mais un examen minutieux, si l’on a eu le soin

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