‹ Leucoplasies et CancerChapitre 13 sur 24 · RIVER · texte numérisé non relu

RIVER

cote RNA) «V2 SScre S CE HS Dar RSBRE NT Fic, 9. — Coupe perpendiculaire d’une plaque leucoplasique labiale ancienne, pré-

sentant une double dégénérescence épithéliomateuse. (Liquide de Lindsay, parafline, rouge magenta, mélange de Benda, baume.)

Le revêtement superficiel des cellules kératinisées, ck, représente l’ancien épiderme sur cette figure méconnaissable ; en certains points, il y a formation, in silu, au sein même des éléments leucoplasiques de globes cornés, par exemple, dans le prolongement épidermique marqué pr. La couche de Malpighi est encore nettement séparée du derme d, infiltré par places de cellules inflammatoires ci. Au sein même du derme d, il existe de vastes îlots épithéliomateux avec globes épidermiques, dont quelques-uns, ek', ont été arrachés par le rasoir. (Figure empruntée au mémoire de 1896 du P' Le Dentu; pré-

,paration de A. Pettit.)

ManTILLA, ù 3

SN Lille, il n’y a pas de relation génétique entre la leucoplasie et l’épithélioma ; « l’épithélioma n’est que la conséquence indirecte de la leucoplasie.…. l’épithélioma n’est qu’un accident dans le cours du psoriasis buccal et non la deuxième période d’une même maladie dont la première période serait la leucoplasie ». Cette opinion qui semblait avoir, pour elle, la consécration clinique de Maîtres comme Trélat et Verneuil, prévalut pendant plusieurs années dans la science jusqu’au jour (r896) où une série de travaux sortis du service de la clinique chirurgicale de Necker et, dus à la plume du P' Le Dentu et de ses élèves Pettit, Pichevin et Cestan, vint éclairer la question d’une lumière nouvelle et [ui donner une extension considérable.

C’est d’abord au Congrès international de gynécologie et d'obstétrique, tenu en septembre 1896, à Genève, que Pettit et Pichevin firent connaître les premiers résultats de leurs recherches sur la leucoplasie vulvo-vaginale pour Pentité nosologique de laquelle ils fournissaient les premiers des arguments décisifs.

Loin de contester la légitimité des faits énoncés par Leloir, ces auteurs complètent la thèse soutenue par cet auteur et, au processus d’épithéliomatisation indirect mis en évidence par ce dernier, ils en ajoutent un autre jusqu'alors inconnu et consistant en la formation de globes épithéliomateux au sein méme des tissus leucoplasiques ; par une série de recherches histologiques minutieuses, ils réussissent à mettre en lumière la dégénérescence in loco des cellules frappées de leucokératose, et ils en con-

cluent que l’épithélioma n’est pas seulement un accident

causé par les modifications pour ainsi dire mécaniques de la plaque cornée, mais que ce dernier doit étre plutôt considéré comme le stade évolutif ultime de la leucokératose.

À ces constatations basées sur une analyse rigoureuse des coupes histologiques, le P' Le Dentu donna quelques mois plus tard (décembre 1896) l'appui de sa haute autorité. Avec la collaboration de Pettit, il décrit six examens miceroscopiques qui tous sont compliqués de dégénérescence épithéliomateuse et dont quelques-uns sont décisifs pour le point de vue qui nous oceupe.

L'observation, numérotée V, est particulièrement instructive ; elle atrait à un épithélioma leucoplasique de la lèvre : « En certains points, l’hyperkératinisation est extrènmre, tout l’épiderme a subi la transformation cornée ; les strates superficielles sont formées de cellules lamelleuses, aplaties ; les moyennes d’éléments polygonaux, très épaissis, dont le noyau est plus ou moins altéré, tandis que dans la profondeur, la couche de Malpighi, moins nettement limitée vis-à-vis du derme, offre, par place, une continuité absolue avec les cellules embryonnaires qui infiltrent ce dernier. En d’autres régions, apparaissent les altérations cancéreuses. Au milieu des cellules hyperkératinisées, on voit apparaitre des globes épithéliaux qui tranchent par leur structure sur les autres éléments. Les cellules qui constituent les globes sont, en effet, formées par des éléments jeunes, à protoplasma abondant et à noyaux pourvus d’abondantes granulations chromatiques ; elles se distinguent alors facilement des éléments tissulaires

voisins. Dans les parties centrales de la tumeur, la dégé-

Mel D de

nérescence maligne s’accuse encore ». L'intérêt capital de cette observation consiste dans l’apparition de globes épidermiques au sein des couches épithéliales non dékératinisées et le P' Le Dentu en conclut que les examens histologiques cités dans son travail « révèlent des lésions semblables à celles que Leloir avait si bien décrites» mais qu'elles permettent des conclusions nouvelles. La genèse de globes épidermiques au milieu des cellules cornées ne prouve-t-elle pas d’une façon frappante que « l’épithélioma se rattache d’une facon directe à la leucokératose, qu'il en représente la phase terminale et qu'il ne peut être considéré comme un simple accident causé par la dékératinisation, l’ulcération ou la fissuration de la plaque cornée » ? et le chirurgien de Necker estime en dernière analyse que'« si la transformation épithéliomateuse ne doit pas, dans l’état actuel de la science et malgré son assez grande fréquence, être considérée comme une phase inévitable de la maladie, on peut et on doit penser qu’elle est déterminée par une prédisposition inhérente à la leucokératose elle-même ».

Avec ces travaux, la question des rapports génétiques de la leucoplasie et de l’épithélioma est définitivement tranchée dans le sens aflirmatif et nous n'avons plus qu’à enregistrer les travaux confirmatifs qui se sont succédés jusqu’à ce jour. Citons d’abord les observations de Cestan et Pettit. Ces auteurs ont réuni douze cas de leucoplasie buccale qu’ils ont étudiés avec le plus grand soin et desquels il appert que « toutes les pièces’ examinées et qui se rapportent à des stades quelque peu avancés de

la transformation leucoplasique ont présenté des signes

ne

manifestes de la dégénérescence épithéliomateuse ; c’est seulement sur les tissus où la leucokératose était de date récente que le processus leucoplasique ne s’est pas montré compliqué d’altérations néoplasiques.…. Toute plaque leucoplasique semble donc devoir presque fatalement évoluer vers le néoplasme, soit par dégénérescence cancéreuse au niveau d’une fissure, soit par transformation épithéliomateuse 27 situ des éléments leucokératosiques. Il nous paraît donc rationnel de considérer la dégénérescence cancéreuse non pas comme un simple accident de la leucokératose (Trélat-Leloir), mais bien plutôt comme un stade ultime de celle-ci ».

Puis viennent les faits de Pilliet qui mettent, une fois de plus, en lumière les rapports étroits qui unissent l’un à l’autre leucoplasie et épithélioma, et enfin celui de Gaucher et Sergent, qu'en raison de sa portée, nous analyserons (1) iei même avec quelques détails :

A un faible grossissement, les coupes se distinguent par leur cutisation très accusée avec hyperkératinisation, l’épaississement de l’épithélium et du chorion muqueux, l’importance des saillies papillaires, la dissociation des plans musculaires superficiels, la cirrhose de la muqueuse.

L'étude de ces mêmes pièces avec de puissants grossissements est beaucoup plus instructive :

Le corps de Malpighi est irrégulièrement développé et présente un nombre de cytodiérèses bien plus nom-

breuses qu’à l’état normal ; les espaces, qui séparent

(1) Pour l'observation clinique, voyez page 80.

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