‹ Leucoplasies et CancerChapitre 14 sur 24 · MR TA · texte numérisé non relu

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ces cellules les unes des autres, sont beaucoup plus larges que normalement, et on observe dans ceux-ci des leucocytes. Le stratum granulosum est représenté par deux ou trois couches de cellules bourrées de granulations d’éléidine. À celles-ci fait immédiatement suite le stratum corneum.

Tel est l'aspect des formations relevant du processus leucoplasique.

Mais, il convient en outre d'étudier d’autres lésions d’un genre différent: la démarcation entre les prolongements du corps de Malpighi et le derme est en nombre de points impossible par suite de la pénétration d’éléments embryonnaires qui se fusionnent plus ou moins avec les cellules dermiques et épidermiques ; en second lieu, en de nombreuses régions, la base du corps de Malpighi perd son orientation régulière, forme des tourbillons plus ou moins volumineux échancrant les corps papillaires et finit même par produire de véritables bourgeonnements profondément enclavés dans les papilles; celles-ci peuvent être sectionnées dans toutes les directions par ces invaginations épithéliales qui les parcourent dans toute leur hauteur en les subdivisant en papilles filles, ou les divisent transversalement sur toute leur largeur ou sur une partie seulement, en se renflant à leur extrémité en tête de massue.

Ces différents caractères déposent déjà très nettement en faveur de la dégénérescence épithéliomateuse, mais ne suffisent pas à entrainer la conviction ; hâtons-nous d'ajouter que certains points en revanche ne permettent

pas le moindre doute ; il existe « au sein même de Pépi-

thélium, des globes épidermiques de la plus parfaite netteté. À leur niveau les cellules du corps muqueux s’aplatissent progressivement sur deux ou trois rangées, en même temps qu'elles s’orientent en couches concentriques de facon à former la zone périphérique du nodule ; en dedans de cette première zone, s'enroulent, sur deux ou trois rangées, des cellules losangiques remplies de granulations d’éléidine, et constituant une zone intermédiaire qui circonscrit un noyau central fortement coloré en jaune par l'acide picrique ; ce noyau central représente un véritable bulbe formé de lamelles cornées étroitement imbriquées.

Que sont ces figures, sinon des globes épidermiques du type le plus pur ? A côté de ces nodules d’épithélioma lobulé corné, formés par les trois couches principales de l’épithélium, on rencontre, de ci delà, des globes épidermiques incomplets, constitués seulement par une ou par deux de ces couches : tantôt les cellules du corps muqueux prennent seules part à leur formation, tantôt les cellules du corps muqueux et la couche cornée, tantôt la couche cornée seule ; la première et la deuxième de ces trois variétés ne se rencontrent que dans l’épaisseur même du corps de Malpighi, la troisième n'existe que dans la couche cornée du revêtement épithélial et représente le type de l’épithélioma perlé ».

Ces constatations sont suffisantes pour aflirmer définitivement la dégénérescence épithéliomateuse de cette plaque de leucoplasie. É

En d’autres termes, cette leucoplasie n'est autre

chose qu’un papillome corné en voie d'évolution épithé-

Men es liomateuse ; d’où ressort, en définitive, cette conclusion que toute plaque de leucoplasie, de par sa structure même, constitue une prédisposition inhérente à l’épithélioma, suivant la conception même du P' Le Dentu et de ses élèves Pettit, Pichevin et Cestan.

Dans le même sens également parle l’intéressante observation de Paul Petit, relative à une leucoplasie vulvaire, compliquée d'’épithélioma ; non seulement l’auteur adopte les vues énoncées ci-dessus ; bien plus, il considère la dégénérescence cancéreuse comme fatale : « de la leucokératose au cancer, n'y a qu'un pas, si même la leucokératose n’est pas le premier degré même du cancer ».

Si quelque hésitation subsistait encore, elle serait vraisemblablement dissipée par les observations de Hallé qui a établi, comme nous l’avons indiqué, que les processus leucoplasiques pouvaient s'étendre à la muqueuse urinaire ; nous citerons, entre plusieurs, le cas suivant, suffisamment démonstratif à lui seul, pensonsnous : la majeure partie de la muqueuse vésicale est hérissé de strates cornés ; l'examen histologique montre qu'il s’agit d’altérations leucoplasiques nettement caractérisées et, fait intéressant pour nous, au milieu des cellules épithéliales on observe des globes épidermiques, aux stades les plus variés, qui établissent ainsi une transition entre les éléments leucoplasiques et les éléments épithéliomateux. ;

De l’ensemble des faits anatomo-pathologiques se dégage définitivement la conception suivante : 47 existe des rapports génétiques indéniables entre la leucoplasie et le cancer, de telle sorte qu’il convient de considérer la transfor-

mation épithéliomateuse, non pas comme un accident, mais plutôt comme une phase évolutive ultime de la leucokératose,

sans que, toutefois, cette dégénérescence soit absolument

fatale (x). L

(1) Rappelons ici, que dans le Æraurosis vulvæ, Pichevin et Pettit ont mis en évidence une dégénérescence cancéreuse comparable de telle sorte qu'on peut avoir aujourd’hui une conception d'ensemble sur cés altérations épithéliales et les considérer comme les stades initiaux des désorientations cellulaires qui, suivant la théorie soutenue par Fabre-Domergue, constituent l’essence même des épithéliomes (Arnoux).

CHAPITRESIN

Pronostic. — Traitement.

De l’ensemble des faits, tant cliniques qu'anatomopathologiques, il ressort que toute plaque leucoplasique peut aboutir à l’épithéliomatose ; par conséquent, toute plaque leucoplasique doit être l’objet des soins thérapeutiques les plus minutieux.

D'ailleurs, au point de vue pronostic, une considération doit intervenir: c’est la moindre malignité relative de l’épithélioma leucoplasique.

Avec son remarquable sens clinique, le P' Tillaux avait pressenti, 1l y a plusieurs années déjà, cette vérité qu'il exprimait sous cette forme : « [Il est une variété de cancroïde qui marche souvent avec plus de lenteur, c’est celle qui succède au psoriasis lingual » etle P'Le Dentu confirmait en ces termes l’opinion de son collègue : « Chez un certain nombre de sujets, sinon dans la majorité, l’épithélioma nettement leucoplasique se montre un peu plus où beaucoup plus bénin que l’épithélioma non leucoplasique par sa tendance moindre à la récidive après les opérations » ; à l'appui de cette assertion, on

peut faire valoir la statistique suivante :

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