CHAPITRE V La chanson patriotique à l'École
Le patriote en herbe vient à l'école.
Le patriotisme n'est encore qu'en germe en sa jeune cervelle.
L'école aura vite fait de le développer.
L'enfant ne sait pas encore lire ; mais il a de la mémoire ; il aime le bruit ; il aime à chanter.
A l'entrée, au milieu, à la sortie de la classe, qu'il chante donc à plein gosier.
Chanter quoi? Eh! parbleu, la Patrie! l'Idoleî Elle ! Elle toujours !
M. Paul Déroulède, notre grand barde national, a créé le genre, ou tout au moins il a créé le modèle du genre :
En avant 1 la route est large.
Le clairon sonne la charge, Et les zouaves vont chantant.
Et là haut sur la colline, Dans la forêt qui domine.
Le Prussien les attend.
Vous les voyez, ces braves Français; ils s'en vont, chantant, à ciel ouvert, bravement. Hein! Est-ce bien là la bravoure française, la loyale bravoure française?
Tandis que le Prussien est là, traîtreusement embusqué dans la forêt, à l'abri, aux aguets, qui guette sa proie.
Le maître a eu des disciples, des émules dignes de lui.
Les deux livres de musique les plus répandus dans les écoles publiques, celui de M. Marmontel et celui de M. Auge pullulent de chansons où il n'est question que de la Patrie, de la France, du Drapeau, de la Revanche.
Le doux poète Maurice Bouchor, que l'on indignerait fort si on le traitait de nationaliste, a versé dans cette littérature patriotique.
Ce n'est pas de Déroulède, ni de François Coppée, mais de Maurice Bouchor, cette chanson prise au hasard entre cent autres d'un patriotisme aussi délicat.
C'est intitulé le Soldat français :