SCENE I
La scène se passe à l'ile de Sainte-Hélène, en face de Montréal. Le théâtre représente le camp de Lévis: tentes, celle de Lévis est entr'ouverte, Vaudreuil et Lévis en sortent, Bellehumeur fait la sentinelle à la porte.
LÉVIS
C’est signer, je vous l’ai dit, votre déshonneur. 8 J ,
VAUDREUIL
Vous, vous êtes soldat; moi, je suis gouverneur, Vous aimez à courir les chances de la guerre; De ces Canadiens je suis encor le père.
LÉVIS
Ce que vous allez faire enfin n’a pas de nom: Se rendre sans tirer un seul coup de canon, Et cela, cher Marquis, en face de la ville
De Dollard!
VAUDREUIL
Mais combattre encore est inutile Et l’Histoire dira qu'ici, si l’on se rend, Non pas un homme, mais tout un peuple fut grand. Et d’ailleurs Sainte-Foye a sauvé notre gloire: Nous ne capitulons qu'après une victorre:
Les Anglais ont vingt mille hommes à Montréal: Et, vous, une poignée: est-ce combat égal?
Amherst connaît sa force et sait notre faiblesse; Un tel état de chose évidemment ne laisse Que deux choix: la ruine ou la reddition.
J’opte pour le dernier. Toute une nation, Au Canada, depuis longtemps, a pris ra'ne.
Seul, sans doute, Dieu sait quel rôle il lui destine À nous de protéger vie et propriété
Langue et religion, tout ce qui fut planté
Dé | re sur ces bords, au prix du sacrifice.
Comment obtenir plus tard un traité propice?
Nous viendrons implorer la merci du vainqueur, Mais en vain.
LÉVIS
Allez donc! écoutez votre cœur.
VAUDREUIL
Mais c’est l’âme brisée, aux yeux presque des larmes, Que je vous quitte. Hélas! c’est la force des armes. Et puis comment Amherst va-t-il me recevoir?
Plaignez-moi! jusqu’au bout, je ferai mon devoir.