SCENE XIII
LES MÊMES, LÉVIS, DE BOUGAINVILLE, BOUR- LAMAQUE, tous les soldats se sont mis sous les armes... roulement de tambour, trompette.
LÉVIS
Soldats, ensemble, avons-nous combattu souvent, Allant droit au danger et toujours le bravant! Quelle valeur jamais a surpassé la nôtre?
Vous connaissiez ma voix, je connaissais la vôtre.
Notre sang, se mêlant, sur tous ces champs bénis, Faisait que nous n’étions qu’un, à jamais unis. Nous fûmes enivrés du vin de la victoire,
Nous rêvâmes alors tant de rêves de gloire, Songeant que nous pourrions bien recréer, un jour, Sur ces bords adorés, la France, notre amour!
Eh! bien, tout est fini!... n'étant qu’une poignée, Per la mère patrie enfin abandonnée,
Au pouvoir des vainqueurs et sans munitions, Pour obtenir.de moins tristes conditions
Il ne nous reste plus maintenant qu’à nous rendre. C’est la dernière fois que vous allez entendre
La voix de votre chef, de votre général:
D’un grand drame historique, ah! c’est l’acte final. Et, soldats, cet adieu, qu’ici je vous adresse,
À pour moi l’amertume et toute la tristesse
De celui que l’on fait au mourant le plus cher.
(Fusillade.)
Entendez-vous ce coup qui retentit dans l’air?
O nuit, couvre le ciel de tes funèbres voiles! Fleuve, éclate en sanglots, et vous, pleurez, étoiles! Arbres, où l’on entend dans l’horreur de ce soir Gémir le vent, tordez vos bras de désespoir:
Car ce coup, c’est le glas d’un peuple qui succombe: Ici, la France va mourir. Déjà sa tombe,
Comme un abîme noir, s’entrouve... avec nos pleurs. Nous allons laisser là 1 moitié de nos cœurs.
Et demain ce sera ses tristes funérailles.
Tout ce que nous avons porté dans les batailles Pour défenüre sa gioire, ii faudra, sort cruel!
Le livrer à qui lui donne ce coup mortel.
Ambherst sans pitié va nous arracher ces armes, Part de nous-mêmes: ah! je vois couler vos larmes... L’épée, un fusil, c’est, dans la main du soldat,
Ce qu’est à l’astre d’or son rayonnant éclat.
Et vos nobles drapeaux, frémissant à m’entendre, Allez-vous lâchement, comme une arme, les rendre?