VIII. — De la race et de Véducation
A la fin du précédent chapitre, alors que je constatais les excellents résultats de la liberté d'enseignement en Grèce, je me suis demandé, si ce grand mouvement intellectuel, que nous admirons encore, tenait à la non ingérence des cités helléniques dans l'instruction proprement dite ou bien aux qualités natives de la race. Il est hors de
(1) Friedlaender., ZrOC. ci^ 1. 3:jO.
(2) Ibid, t. III. (Supplément au tome premier, p. 126).
(3) Martial. Liv. VII. De Theophild.
SOO l'évolution de l'éducation
doute que la main-mise de l'Etat sur l'enseignement peut avoir les plus graves inconvénients ; que, presque fatalement, l'Etat, qui est une abstraction, devient simplement un mécanisme oppresseur au service d'une caste, d'une classe, souvent d'une religion, plus généralement, d'une doctrine, laquelle, agissant en maîtresse, entrave toute libre recherche et s'oppose à tout progrès. C'est ce général asservissement de l'esprit, qui est un fléau, et l'prganisation de l'instruction publique par l'Etat y peut trop facilement aboutir ; non pas que la chose soit théoriquement nécessaire ; en principe, rien ne s'oppose à ce que TEtat soit philosophe et fomente la liberté de la pensée au lieu de Tenchaîner; mais, en fait, le contraire est plus probable ; car, derrière l'abstraction Etat, il y a toujours des hommes, trop souvent enclins ou poussés à mettre leur pouvoir directeur au service d'intérêts pressants et puissants.
Dans les pays, oîi la population tout entière est, comme imprégnée d'un fanatisme quelconque, ce délire général a sur l'instruction publique les mômes effets que le despotisme administratif et politique. Nous avons vu, par exemple, que, dans les contrées musulmanes, où l'enseignement est libre, en principe, il est, en fait, rigoureusement contraint par les mœurs et l'universelle bigoterie à se régler sur les doctrines religieuses. Dans le prochain chapitre, nous verrons le Moyen âge européen nous fournir un exemple du môme genre.
Mais le polythéisme hellénique n'a guère commis dé crimes religieux. Dans toute l'histoire grecque, on trouve à peine une douzaine d'actions judiciaires contre la librepensée. La mort de Socrate est une exception et, si le philosophe l'avait bien voulu, il lui eût été facile de l'éviter. Sans doute l'archonte-roi d'Athènes avait, comme on l'a dit (i), le pouvoir d'un inquisiteur; mais il
(1) E. Renan. Les apôtres, 314(1806).
en. XVll. — l'éducation a ROME 501
n'en usait que très rarement. En fait, le monde hellénique n'a eu à subir ni l'asservissement de la pensée par un clergé tyrannique, ni le joug des doctrines imposées par l'Etat. Celte liberté a certainement été très favorable h son développement intellectuel; mais la contre-épreuve faite à Rome nous autorise à penser, qu'une autre race n'aurait pas su profiter, au même degré, de ces heureuses circonstances.
Pour Tinstruction publique, de même que pour tant d'autres choses, Rome a presque servilement copié la Grèce et, jusqu'à l'Empire, l'enseignement y est resté libre, absolument indépendant de l'Etat ; mais combien inférieur a été le résultat! En littérature, Rome n'a été qu'une imitatrice de la Grèce ; son apport scientifique a été presque nul et l'on ne peut même parler de sa philosophie. Ce qu'elle a emprunté à la Grèce et avidement ainsi que le font presque toujours les imitateurs, ce furent les défauts: la sophistique creuse et la rhétorique bavarde. La conclusion s'impose; la voici: Pour que deux champs donnent une moisson identique, il ne suffit point qu'ils aient même dimension, même exposition, même sol, même culture ; il faut encore que la semence soit la même ; car, chaque espèce organique, par suite chaque effigie, chaque race, humaine, possède sa virtualité propre, des qualités et des défauts à elle, et qui ne sont ni les défauts, ni les qualités d'une autre race.