‹ Lévolution de l'éducation dans les diverses races humaines;Chapitre 119 sur 129 · III. — L'éducation au Moyen âge · texte numérisé non relu

III. — L'éducation au Moyen âge

En réalité, ce fut beaucoup plus tard que l'enseigne-

(i) J. Paroz. Ilist. (le lapédagoyie. 6i6.

(2) IbicL 647.

{:]) Issaural. Pédagogie. 58.

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ment médioéval s'organisa et il le fit avec une certaine spontanéité, du XP au XIIP siècles, époque où flouât comme une petite Renaissance. Cette instruction avait un caractère purement intellectuel et dorénavant je n'aurai plus guère à me préoccuper de Tinstruclion industrielle ou militaire. Les corporations, les métiers, dont j'ai si souvent parlé, en traitant de l'esclavage et du travail, donnaient l'éducation industrielle ; la noblesse et la chevalerie dispensaient l'autre.

Jusqu'au XP siècle, il j'y eut guère d'étude que dans les monastères. Aux XP et XIP siècles, l'enseignement sortit des cloîtres et des écoles s'ouvrirent dans un certain nombre de grandes villes. Ce mouvement coïncide avec l'époque des Communes et il ne pouvait se déclarer plus tôt. Comment eût-il été possible dans une société à castes fermées, ayant, en bas, ses serfs attachés à la glèbe ; en haut, son aristocratie exclusivement militaire ? Aux choses de l'esprit il ne restait plus qu'un asile, celui des couvents; par malheur, on y devait nécessairement cultiver la théologie avant toute autre chose ; car, aussitôt triomphant, le Christianisme avait déclaré la guerre à lu science laïque. Ainsi, sous ïhéodose II et Valentinien III, les chrétiens combattirent le vieil enseignement païen et prétendirent même, que toute science devait se borner à la connaissance des Ecritures (1). Pour que le besoin d'instruction se fît de nouveau sentir après un sommeil de plusieurs siècles, il fallait nécessairement une classe moyenne, libre et point guerrière: or, cette classe ne pouvait se constituer avant la période d'émancipation communale. Mais les premières écoles ou universités restèrent, pour une grande part, théologiques. Pourtant on adjoignit assez vite à la théologie l'étude de la jurisprudénceeîde la médecine. Ce besoin d'éducation fut gé-

(1) Duruy, etc. Italie ancienne. 605.

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néral, surtout en France et en Italie, où beaucoup de villes fondaient des universités. Bologne aurait^ croit-on, donné l'exemple en ouvrant sa fameuse école de Droit civil. Paris la suivit de près, en instituant des écoles de théologie et de philosophie (1). De tous les pays d'Europe des étudiants accoururent vers ces premières écoles et l'exemple de leur succès en suscita d'autres. Après les écoles de Paris se créèrent les Universités de Padoue, de Naples, de Pise, de Pérouse, de Toulouse, de Salamanque, d'Oxford, etc. (2).

La plupart de ces écoles étaient de vraies Universités donnant une instruction plus ou moins encyclopédique. Aussi, en 1220, la commune de Verceil fonda une Université, où l'on enseignait la tliéologie, le droit civil et canonique, la grammaire, la dialectique, les sciences médicales. Le mode de fondation des Universités variait suivant les localités : tantôt l'école résultait tout simplement d'une convention intervenue entre les professeurs et les écoliers; tantôt c'était la commune, qui traitait soit avec les professeurs, soit avec les écoliers, soit avec le prince. Dans les Universités célèbres, où affluaient des étudiants de diverses localités, môme de pays lointains, les écoliers se groupaient en nations dites de France, d'Italie, de Provence, d'Angleterre, etc. (3).

Si ces Universités naissaient si aisément, c'est que leur installation nécessitait peu de frais. A peu près tout local leur était bon ; les étudiants s'asseyaient par ceiitaines sur la paille pour écouter les leçons de professeurs, que souvent ils avaient choisis eux-mêmes. Après plusieurs années d'étude, les élèves recevaient solennellement des grades divers, institués à l'imitation de ceux de la cheva-

(i) Gibrario. Economie polUi que du Moyen-âge. II. 37.

(2) Ibid. 38.

(3) Ibid. 38.

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lerie, Oq créa même quelquefois des chevaliers et des comtes enSroit (1) et ce n'était pas un mince hommage rendu à la science.

Pour une ville, fonder une Université, était une spéculation avantageuse. Florence, dépeuplée en 1348, fonda, cette année même, une Université, pour se refaire. Ces premières Universités, étant fort médiocrement installées, jouissaient d'une grande mobilité. En cas de guerre, de peste, elles se transportaient sans façon d'une ville dans une autre (2), Toutes non plus n'étaient pas uniformes, comme le sont, par exemple, nos Facultés françaises, créations artificielles de TElat. Dans les villes de peu d'importance, on se bornait à enseigner le Droit et la Dialectique. Il y eut aussi des écoles spéciales de Droit ou de Médecine. L'École de Médecine de Salerne est même plus ancienne que l'Université de Bologne, dont l'Ecole de médecine de Montpellier est contemporaine. Quand une commune traitait avec les professeurs, pour une f midation universitaire, elle mettait parfois pour condition, qu'il y aurait un minimum donné d'élèves. Ainsi, en 1261, Vicence ayant fondé un cours de Droit canonique, s'engagea à payer au professeur un traitement de SOO livres, mais à condition qu'il y aurait au moins vingt élèves (3). Une fois lancé, le mouvement ne s'arrêta plus et, au XI V° siècle des Universités furent fondées à Angers, à Orléans, à Pise, à Ferrare, à Heidelberg, à Cologne, à Vienne, à Pavie, à Prague (4). A Cracovie, oîi la population n'éprouvait pas encore le besoin d'une Université, le roi Ladislas Jagellon en fonda une par une décision de sa royale volonté.

Dans le principe, les professeurs étaient directement

(1) Cibrario. Loc, cil. 38.

(2) Ibid. 42.

(3) Ibid. 40-42.

(4) Ibid. 40.

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rétribués par les élèves ; plus tard ils le devinrenl par la Commune. Même certaines communes établirent un enseignement gratuit. La mobilité des Universités constituait pour elles un précieux- avantage. Etaienlrelles mécontentes ? Avait-on attenté à leurs franchises ou privilèges? Elles fermaient leurs cours et menaçaient d'émigrer. D'ordinaire la Commune capitulait devant celle menace (i). C'est que, tout en étant essentiellement des institutions laïques, les Universités étaient ordinairement en très bons termes avec TEglise. La théologie et les théologiens dominaient dans leur enseignement; leurs chanceliers étaient le plus souvent des prélats; elles jouissaient des immunités ecclésiastiques. Les rois et les papes les choyaient aussi pour des motifs quelque peu intéressés (2). En Italie on vit, au XV^ siècle, les écoles se multiplier, les académies se fonder à Tenvi ; des jeunes tilles apprenaient le Latin et même le Grec assez bien pour parler ces vieilles langues. On se distinguait, en montrant que Ton était familier avec la littérature grécolatine. Les princes donnaient à leurs fils des maîtres de (irec et citaient Platon dans leurs lettres de nomination (3). Dans les Universités complètes, on joignait aux sept arts libéraux du Triviuvi et Quadriviuni renseignement de la jurisprudence latine, qui alors rentrait dans la Grammaire et la Dialectique (4).

A ne considérer que cet élan général vers le savoir, on ne peut que le trouver admirable; mais malheureusement il s'agissait surtout d'une science de mois, d'une résurrection sous une autre forme de la pestilente sophistique ancienne.

Quoique toutes ces écoles supérieures fussent nées

(1; Cibrario. Loc. cit. 41.

(2, fbift. 40.

{:j) fhiil. 40.

(i) Jbid. 30.

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spontanément, leur enseignement n'en était pas moins régenté par THglise. Avant lout, il fallait que cet enseignement ne renfermât rien de contraire à la foi catholique ; aussi les subtilités de la logique et de la métaphysique d'Aristote, jugées innocentes, formèrent- elles le fond de la philosophie médioévale. L'Organum d'Aristote, traduit par Boèce, finit même par être tenu pour une sorte de Bible philosophique et son étude forma un peuple d'ergoteurs subtils, mettant leur gloire à jongler avec les mots. Au XI*' siècle, la grande querelle d'Ahailard et de Saint Bernard, des ^'ominaux et des Réalistes, à propos des Universaux, montre assez à quel degré de folie conduisaient ces éludes réputées savantes (1). Ce fut à propos d'une dispute sur TEucharistic entre deux prêtres, Bérenger, archidiacre d'Angers et Lanfranc, prieur de l'Abbaye du Bec, que la maladie mentale appelée Théologie scolastiqiie éclata et sévit, comme une épidémie (1047); mais elle devint endémique et, pendant des siècles, celte aberration vicia, en Europe, lout l'enseignement philosophique; même elle l'égaré encore aujourd'hui. Elle habitua tout ce qui aurait pu penser à se payer d'abstractions impalpables, à ne plus voir, bien plus à dédaigner la réalité, à se désintéresser de toute observation sérieuse, à prendre les mots pour les choses. Par une conséquence des plus inattendues, quoique fort naturelle, ce goût violent pour la verbosité, quoique né d'une controverse théologique, finit par éloigner les clercs de la Théologie dite positive, c'est-àdire de l'élude sérieuse de rÉcrilure sainte, des Pères, des Conciles, etc. Disputer devint le but suprême de Tétude et les théologiens positifs furent appelés dédaigneusement « Théologiens de la Bible » (2).

{\) Cibrario. Loc. cit. i3.

(2) Legendre. Mœurs et coutumes des Français, 06-99,

516 l'évolution de l'éducation

Quand le corps du Droit ancien, le Digeste, les Novelles, les Institutes, eut élé trouvé par les Pisans et publié à Bologne, en 1130, un nouveau champ s'ouvrit à l'escrime verbale, celui de la chicane, et on s'y précipita avec une violente ardeur : ce fut, cette fois, une scholastique laïque et nous savons trop qu'elle est encore très florissante. Bien vite d'ailleurs on lui donna une rivale religieuse, la scholastique du Droit Canon, dont les canons des Décrétâtes constituaient le corps (1). Pendant des siècles, les plus inlelligents de nos ancêtres ont subi cette éducation, qui semble avoir été combinée pour fausser la raison, et il y a lieu de s'étonner que, nous autres, descendants de ces générations, dont l'esprit fut si savamment mis à la géhenne, nous possédions encore quelque bon sens.

Certainement, on aura déjà remarqué, que toutes ces institutions scolaires du Moyen âge, les Universités, les Académies, etc., étaient des établissements d'institution supérieure, ne s'adressant guère aux humbles, aux petits. En effet, c'est par en haut, que commença la renaissance scolaire du Moyen dgo. A vrai dire, c'est par en haut, qu'à dû commencer tout système d'instruction. Pour la masse des esclaves dans l'antiquité, pour celle des serfs du Moyen-àge, les classes dirigeantes ne songeaient guère à fonder des écoles. En tout pays, pour qu'on s'avise de songer à une éducation élémentaire, il faut qu'il existe une classe moyenne de commerçants, d'industriels, ou bien que, comme l'ont fait les Arabes, on ait absolument besoin de créer un lien spirituel entre conquérants et conquis.

En France et à Paris, que je prendrai pour exemple, ne pouvant songer à tout dire, on avait commencé par créer une école de Théologie au Cloître Notre-Dame; puis,

[\) Logeiulre. Loc. cil, iOl.

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autour de l'abbaye de Sainte Geneviève, des écoles comprensintà peu près l'ancien Trivium et Quadrivium. En se réunissant, ces deux centres d'enseignement constituèrent rUniversilé de Paris, née, comme on le voit, en plein pays clérical. Mais cette Université ne donnait pas d'instruction primaire. Or, il en fallait, ne fût-ce que pour préparer à l'Université. Ce fut encore la Cathédrale, qui répondit à ce besoin, en fondant dans différents quartiers de Paris des écoles élémentaires, appelées Petites-écoles, où des maîtres laïques enseignaient, mais sous la haute direction du grand chantre de Notre-Dame. En 1292, il existait douze de ces écoles, dont une pour les filles. En 1380, il y en avait 22 pour les filles et 41 pour les garçons (1). En sortant de ces écoles, les petits garçons savaient lire, écrire, compter, même un peu de Latin, ce qui montre assez, que l'enseignement ne s'adressait pas encore aux classes les plus pauvres. Ces élèves des Pelites-écoles avaient droit déjà au tilre de clerc, qui ouvrait diverses carrières et permettait de continuer les études pour arriver soit à la prêtrise, soit au professerat (2). Des écoles clandestines, non autorisées et dites 6uissonnîère5, commençaient déjà à faire concurrence aux Petites-écoles, mais elles se multiplièrent surtout au XVP siècle. Les maîtres des Petites-écoles recevaient du grand chantre une permission d'enseigner, mais délivrée pour un temps plus ou moins court, et ils n'avaient d'autre traitement qu'une rétribution modique, payée par les élèves (3). Les écoles mixtes étaient rigoureusement interdites sous peine d'excommunication ; car les Petitesécoles avaient surtout pour objet de recruter le clergé dit séculier (4). D'autres écoles, celles des couvents, prépa-

(1) Franklin. Loc. cit. 49-55.

(2) Ibid. 56.

(3) Ibid. 54.

(4)/6/rf. 54. 57.

518 l'évolution de l'éducation

raient les enfants à entrer dans le clergé régulier. Plus tard enfin, des écoles, dites de Charité, s'adressèrent au menu peuple ; comme les autres, c'étaient aussi des écoles de couvent (1).

Entre les écoles élémentaires et les Universités, se fondèrent les Collèges et surtout au XIV*^ siècle. Jusque vers le milieu du XVe siècle, ces collèges furent principalement des asiles pour les écoliers pauvres et, alSrs seulement ils devinrent des lieux d'études. — En effet de nombreux écoliers, nous dirions aujourd'hui des étudiants, pauvres le plus souvent, provinciaux ou étrangers pour une bonne part, menaient dans les ruelles du vieux quartier latin d'alors une existence de bohèmes, mais de bohèmes très grossiers. En 1269, un règlement de l'évoque de Paris reproche aux clercs des incartades, qui aujourd'hui seraient des crimes : « Jour et nuit, dit celte pièce, les clers se rendent coupables d'atroces blessures, de meurtres ; ils enlèvent les femmes, brutalisent les vierges, démolissent leurs chambres {hospicia frangiint) et commettent nombre d'autres énormités haïes de Dieu » (1). D'ailleurs ces jeunes malandrins habitaient des bouges infects, mais dont le loyer était si cher, que le pape Grégoire II demanda et obtint de Saint Louis que le prix en serait fixé par quatre arbitres. Les filles publiques abondaient dans ce quartier studieux et parfois les écoles étaient situées juste au-dessus d'un lieu de prostitution (2).

On pourrait croire que ces mœurs grossières étaient spéciales à la capitale de la Franco : il n'en est rien. Dans sa très curieuse autobiographie, un Suisse, Th. Platler, qui vivait cependant plus tard, au XYI^ siècle, nous les montre persistant encore en Allemagne, on Pologne,

(1) Franklin. Aoc. cit. 17-18.

(2) rbi(L 10.

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partout où le mena sa vie errante d'étudiant. Platler n'avait pas été bercé sur les genoux d'une duchesse ; il était né pauvre petit pâtre des Alpes. Dans son enfance, quand, nous dit-il, les pieds toujours écorchés et meurtris, il s'en allait garder son troupeau, il vivait de bouillie et de pain de seigle, de fromage, de lait cuit. L'été, il couchait sur du foin, l'hiver sur une paillasse pleine de poux et de punaises; l'été, dit-il, il souffrait parfois de la soif à un tel degré, qu'il buvait son urine (1). Malgré cette rude enfance, il garda plus tard de sa vie d'étudiant pauvre un souvenir horrible. A Breslau, il se plaint d'avoir été rongé par des poux, gros, à ce qu'il affirme « comme des grains de chêne vis ». — « On ne peut, raconte-t-il encore, se faire une idée de la quantité de vermine, dont étaient couverts les écoliers, grands et petits, ainsi qu'une partie du bas peuple. J'eusse parié de retirer de ma poitrine, autant de fois qu'on l'eût voulu, trois insectes à chaque coup. Souvent et particulièrement en été, j'allais laver ma chemise au bord de l'Oder, je la suspendais ensuite à une branche et, pendant qu'elle séchait, je nettoyais mon habit. Je creusais un trou, y jetais un monceau 'de vermine, le recouvrais de terre et plantais une croix dessus » (2).

Les étudiants, dont parle Plalter, étaient alors divisés en deux catégories, les anciens ou bacchantsol les jeunes ou béjaunes. Tous vivaient d'aumônes, mais c'était les béjaunes qui mendiaient pour le compte des bacchants, auxquels, cinq à six fois par jour, ils portaient docilement le produit de leur quête. L'état de bacchani était une profession et certains l'exerçaient pendant vingt ans, même trente ans. Le bacchant de Platter, qui était son cousin, l'obligeait à marcher quand môme pour mendier.

(1) Vie de Thomas Platter. 13.

(2) Ibid. 24.

520 l'évolution de l'éducation

et, quand il le voyait harassé et n'en pouvant plus, il se mettait derrière lui et lui donnait sur ses jambes nues des coups de bâton ou de piques (1). Dans de pareilles conditions, dit Flatter, et nous le croyons sans peine, on travaillait fort peu. D'ailleurs il n'y avait aucune assiduité obligatoire. Flatter passait d'une Université à l'autre même d'un pays à un autre, toujours pédeslrement et se traînant le long des chemins, souvent seul, parfois avec un groupe de camarades (2). En route, on vivait d'aumônes on de maraude, et parfois on était traqué par les paysans. Un jour, une de ces bandes scolaires, dans laquelle se trouvait Flatter, fut attaquée par des voleurs en armes, qui durent se contenter de maltraiter les voyageurs ; caria misère abritait ceux-ci contre le vol (3). En temps ordinaire, l'étudiant était trop heureux de se louer comme valet pour ne pas mourir de faim. Flatter raconte qu'à Breslau, il trouva un vrai pays de Cocagne. Généreux et hospitaliers, les paysans polonais, surtout quand ils avaient bu, comblaient Flatter de cadeaux en vivres et lui versaient de si copieuses rasades, qu'il pouvait ensuite u grand peine regagner Técole, pourtant, dit-il, distante à peine « d'un jet de pierre (4) ».

Du plus au moins, ces mœurs était générales en Europe pendant le Moyen dge. On s'efforçait d'y remédier par la fondation d'hospices et de collèges. — Ainsi, en 1228, la commune de Verceil, très désireuse de posséder une Université, passa avec les recteurs une convention, aux termes de laquelle, elle assurait aux écoliers cinq cents hospices ou chambres. En outre, elle leur garantissait, en temps de disette, 500 muids de seigle et 500 autres muids de froment, qu'elle s'engageait à ne vendre

(1) Plaller. Loc, cit. 23.

[-1) Ibid. 16.

(3) Passim, (.4) Ibid. 25.

CH. XVIll. — l'éducation MÉDIOÉVALE 321

qu'à eux seuls et au prix d'achat. Elle leur accordait en outre divers privilèges et immunités ; par exemple, elle promettait d'empêcher qu'un écolier fût arrêté pour dettes ou bien molesté, en cas de guerre de la commune de Verccil soit avec un Seigneur, soit avec une autre commune. De leur côté, les recteurs se faisaient fort d'attirer des écoliers en assez grand nombre pour occuper les 500 hospices et juraient de ne pactiser avec aucun des partis, entre lesquels la ville se partageait (1).

A Paris, la fondation des Collèges rendit la vie de Técolier un peu moins difficile. Diverses étaient les origines de ces collèges. Tantôt des étudiants se constituaient spontanément en petites communautés sous la direction d'un maître choisi par eux et, chaque jour, deux ou trois d'entre eux s'en allaient mendier pour tout le monde (Collège de Dace (Dauemarck), Collège des Bons-Enfants, Collège d'Allemagne). Un vieil auteur parlant des « Crieries de Paris », dit :

Les Rons-Enfants orrez crier :

Du pain ! Mes vueil pas oublier ! (2).

D'autres collèges étaient de fondation royale ou particulière. Ainsi, avec l'aide de St Louis, Robert de Sorbon, son chapelain, fonda, en 1256, un collège qui devait grandir beaucoup, le collège dit de la Sorbonne, dans une maison et des écuries de la rue Coupe-Gueule. Un trésorier de l'Eglise de Rouen créa, rue de la Harpe, un collège pour 24 étudiants du pays de Caux, etc,, etc. A la tin du XlVe siècle, il existait à Paris, cinquante de ces collèges (3) ; car leur fondation était réputée une bonne œuvre. Puis, graduellement, ces collèges-asiles devinrent des écoles. D'abord on y fit des cours pour des élèves

(1) Cibrario. Loc. cil. II. 39.

(2) Guiil. de Villeneuve. Les crieries de Paris (Treizième siècle). (Cité par Franklin, p. 20).

(3) A. Franklin. Loc, cit. 22-23.

322 L ÉVOLCTIOX DE l'ÉDUCATION

externes; puis on prit des pensionnaires. Mais, à la fin du XlVc siècle, le zèle s'attiédit, les fondations cessèrent et par suite des industriels ouvrirent des institutions appelées pédagogies (1). Dès lors les écoliers ou étudiants de Paris se classèrent en externes libres, fréquentant directement les cours universitaires et en élèves des collèges ou des pédagogies. Certains de ces écoliers, appelés galoches^ étaient d'âge mûr, entre 30 et 40 ans, et comptaient 13 ou 20 ans d'études très peu laborieuses.

Être écolier, cela constituait un état social, auquel s'attachaient des privilèges très appréciables au Moyen âge. Ainsi le Prévôt de Paris n'avait pas le droit d'emprisonner un clerc, encore moins de Texécuter pour crime. L'osailil? alors TUniversité protestait hautement et même se mettait en grève (2). L'Université de Paris, quoiqu'elle n'eût guère plus d'un millier d'étudiants, était alors une puissance et, jusqu'au XVIIIe siècle, les plans de Paris divisaient la ville en Cilé, Ville et Université (3). L'Université s'appelait aussi la Cité philosophique, Civitas philosophica.

Le Moyen âge finit donc par avoir, mais sans division rigoureuse, trois degrés d'enseignement: les Petites écoles de grammaire donnaient renseignement primaire. L'enseignement secondaire était représenté par quelques collèges, dit de plein exercice^ et parla Faculté des arts, la dernière des quatre Facultés universitaires, représentant la Théologie, le Décret, la Médecine et les Arts. Cette dernière, la Faculté des Arts, fit ménage avec la Faculté de Médecine, et s'installa avec elle dans un immonde local de la rue du Fouare. La salle des cours de ces deux facultés unies était une écurie infecte, où Ton se rendait, dès le matin, à six heures. Le professeur s'asseyait sur

(1) Franklin. Loc. cit. 30.

(2) Ihid. .30, 37, 38.

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