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un escabeau ; quelques bottes de paille formaient sur le sol une jonchère pour les étudiants, qui écrivaient sur leurs genoux. L'hiver, trois ou quatre chandelles éclairaient le studieux réduit (1).
Après avoir suivi ces cours, pendant deux ans, on pouvait subir un examen dit de déterminance ; mais on y était admis, dès l'âge de quatorze ans. Une autre année menait à la Licence c'est-à-dire à la permission d'enseigner dans Paris et le monde tout entier. Le grade de Miiître attestait seulement que le titulaire avait achevé ses études secondaires et ce grade était exigé pour être admis aux études de la Théologie, des Décrets, et de la Médecine (2). Or cet enseignement dernier et supérieur était donné par trois puissances: la très sacrée Faculté de Théologie, la très consultante Faculté dus Décrets et la très salubre Faculté de Médecine, qui, toutes les trois, délivraient des diplômes de bachelier, de licencié et de docteur (3).
En France, cette organisation de ITnstruclion publique, tout en se modifiant beaucoup dans les détails, dans les mœurs, en devenant plus savante et moins grossière, a persisté jusqu'à notre grande Révolution et je ne saurais entreprendre de faire ici l'histoire des lentes modifications, qui s*y introduisirent. Il est à remarquer cependant que la noblesse ne fréquentait guère toutes ces écoles: souvent les enfants de familles aristocratiques étaient élevés dans la maison paternelle ; quelquefois des gouverneurs les conduisaient aux cours de T Université. Certains d'entre eux pourtant étaient mis au collège; mais alors des gouverneurs les acconipagaient, logeaient avec eux et ne les quittaient pas. Entin, à ces jeunes gens de
(1) Franklin. Loc. cit. 10o-i6G.
(2) Ihid. 169-178.
(3) Ibid. i73.
bonne famille on donnait ordinaiFement une éducation gymnastique, dont le commun des écoliers devait se passer : on leur apprenait l'équitation, Tescrime, la danse (1).
Pendant tout le Moyen âge, il y eut, malgré le désordre des mœurs et la pénurie matérielle et intellectuelle de renseignement, un grand zèle pour Tétude. Les difficullés à surmonter étaient pourtant très grandes. L'une des principales était la rareté et le prix élevé des livres, qui durèrent jusqu'à l'invention de l'imprimerie. Ce. fut la cause du grand développement de renseignement oral et du crédit, que, par routine, on n'a cessé de lui accorder, alors qu'il aurait pu et dû rentrer dans des limites beaucoup plus étroites. De là date aussi l'habitude des dictées faites par les professeurs et qui, depuis bien longtemps, n'ont plus guère de raison d'être. Rares et précieux, les livres se léguaient par testament, s'enchaînaient aux tables dans les bibliothèques publiques. Dans certaines églises, un bréviaire commun était placé sous un grillage (2).
Divers ordres monastiques copiaient des manuscrits, de par la règle de leur ordre. Leur atelier de copie, le scriptoriwny était presque un endroit sacré. Avant de se mettre à l'ouvrage, les moines copistes disaient une prière spéciale pour attirer sur le scriptorium les bénédictions de Dieu.
Copier des livres, des livres religieux ou bien pensants, c'était faire œuvre pie. On pensait même, que chaque lettre copiée rachetait un péché. Une légende raconte, qu'après la mort d'un moine, grand copiste et à la fois grand pécheur, son âme comparut devant le tribunal de l'Eternel. Là, les démons, d'un côté; les anges de l'autre,
(1) A. Franklin. Loc. cil, 131-132.
(2) Ibid. 59.
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se la disputèrent. On se tira d'affaire en faisant le compte des lettres, que le moine avait copiées de son vivant. Vérification faite, et, après soustraction des péchés, il se trouva qu'il y avait un pauvre petit excédent d'une lettre; cela suffit pour faire pencher la balance : le moine fut absous et sauvé (1).
En Piémont, la commune de Verceil, dont j'ai déjà parlé, s'élait engagée vis-à-vis de l'Université à entretenir deux copistes, afin que les écoliers pussent se procurer de bons exemplaires des traités de Théologie et de Droit civil et canonique (2).
Les méthodes d'enseignement étaient aussi très défectueuses. L'Université interdisait absolument l'usage de la langue française, môme dans les Petites-écoles. Seules, les écoles primaires des pauvres, les Écoles de chanté, se servaient du français. Jusqu'au XVIIe siècle, le latin fut la seule langue usitée, dans les collèges et même en dehors des classes, aussi bien par les élèves que par le professeur. Même, à la fin du XVI^ siècle, on enseignait encore en latin la grammaire française (3).
Chaque soir, nous dit Flatter, on donnait aux enfants, qui apprenaient à épeler, deux mots latins, que, le lendemain, ils devaient savoir par cœur; puis, le samedi, il leur fallait réciter en récapitulant, tous les mots appris pendant la' semaine (4). A un degré plus élevé, toujours d'après la même autorité, pour enseigner la langue grecque, neuf baccalaurii donnaient en môme temps leurs leçons dans la môme chambre. Comme il n'y avait pas encore de livres imprimés dans cette école (au XVI<5 siècle), les exercices de traduction étaient très compliqués.
(1) Orderic Vital. Historia ecclesiastica, Lib. III. cap. (Cité par Franklin, 63-64).
(2) Gibrario. Loc, cit, II. 39 (note 2).
(3) Franklin. Loc. cit. 226-228.
(i) Vie de Thomas Plaller. XXIII.
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D'abord le professeur devait dicter le morceau à traduire: puis il fallait, dit Flatter, distinguer, saas doute biea séparer les mots; puis enfin construire, sans doute expliquer, enfin traduire (i).
Dans les écoles élémentaires, où Ton enseignait le calcul, on se servit longtemps non dechififres, mais de jetons, que Ton disposait par tas, par exemple, un pour les livres, un pour les sous, un troisième pour les deniers ; quand le nombre de sous faisait plus d'une livre, on ajoutait cette livre nouvelle au tas des livres anciennes. On écrivait encore les nombres avec des chiffres romains et Tusage des chiffres arabes ne se généralisa que vers le milieu du XYc siècle. Pour les opérations, on se servait ou du moins on finit par se servir de l'abaque et même d'un abaque perfectionné. Tout cela changea très lentement. En 1774, la méthode des jetons faisait encore concurrence à celle des chiffres (2). Enfin la religion paralysait toutes ces études si incomplètes. Dans l'enseignement supérieur, elle empêchait d'innover, de chercher, de penser. Dans l'enseignement inférieur, les maîtres étaient forcés d'agir comme instituteurs religieux; il leur fallait faire le catéchisme, préparer à la Communion et à la Confirmation, inviter à entendre des messes quotidiennes, etc.
La brutalité de ces mai très était grande et fort encouragée non seulement pendant le Moyen âge, mais bien plus tard. En 1708, ï Instruction pour les maîtres des écoles chrétiennes dit: « La verge est nécessaire; elle produit la sagesse et il faut en user, lorsque la crainte et la douceur ont besoin de ce secours^ etc. » (3). Cette méthode, d'ailleurs en parfait accord avec les préceptes bibliques, sévissait dans les collèges aussi bien que dans les écoles
(1) Vie (le Flatter (Genève 1862), 25.
(2) F. Legendre. Traité de VarithiiuHique par les jetons. 1774,
(3) Cité par Franklin. 2:Jo.
en. XVUl. — l'éducation 3IÉD10ÉVALE 527
élémentaires durant le Moyen âge et la Renaissance. On connaît Tamusaiit passage, où Rabelais critique à sa manière la salelé régnant dans les collèges et la brutalité desmaitres. Gargantua, de gigantesque stature, fait, en se peignant tomber des boulets, que Tartillerie du château de Yède lui avait tirés et qni étaient restés dans ses cheveux t « Ce que voyant, Grandgousier, son père, pensoyt que feussent poulx et luy dict : Dea, mon bon filz, nous as tu appourté jusques icy des esparviers de Montagne? Je n'entendoys que là tu feisse résidence? . Adoncques Ponocrates respondict: « Seigneur, ne pensez que je layes miz ou colliège de pouillerye, qu'on nomme Montagne, mieulx l'eusse voulu mettre entre les guenaulx de Saint Innocent pour lenorme cruaulté et villenye que iy ay congnu: car trop mieulx sont traictez les forcez entre les Maures et Tartares, les meurtriers en la prison criminelle, voyre certes les chiens en vostre maison, que ne sont ces malauctruz au dict collège. Et, si iestoys roy de Paris, le dyable memport si je ne mettoys le feu dedans et feroys brusier et principal et regens, qui endurent cette inhumainité deuant leurs yeulx eslre exercée » (1). — Un peu plus tard, Montaigne parlera dans le même sens; comme nous le verrons bientôt (2).
Mais, dans toutes les classes de la société (j'épuise le sujet pour n'y plus revenir), la même brutalité était de règle. Les coups pleuvaicnt sur les enfants; c'était les « Compelle intrare » de l'éducation . La tradition s'en conserva jusqu'aux XVle, XVll" et XVIIP siècles. Ainsi, Marguerite de Valois fut fouettée énergiquemcnt par ses précepteurs; d'Aubigné subit le môme sort. Le roi de France payait au Collège de Navarre le prix d'une bourse destinée à être dépensée « en achapt de verges pour la
(1) Gargantua. Liv. I. ch. XXXVII.
2 Essais. Liv. I. cb. 2:;.
528 l'évolution de l'éducation
discipline scolastique » (1). D'ailleurs princes et sujets étaient égaux devant les verges. Même Henri IV gronde Mme de Montglat, gouvernante du Dauphin, qui ne fouette pas assez son fils: « J'ay esté fort fouetté, écrit-il. C'est pourquoi je veulx que vous le faciès et que vous luy faciès entendre » (2). Dans son Journal, Héroard, médecin du Dauphin, en tenant registre avec une niaiserie, qui touche au sublime, de tous Jes faits, gestes et accidents quelconques intéressant le petit prince, note pieusement toutes les fessées administrées à sonjeuneet auguste client: en 1604, le Dauphin fut fouetté le 5 et le 18 mars; le 27 et le 29 avril; les 4, 8, 13 et 27 mai; les 11, 12 et.l3 juin; le 28 août, le 5 septembre et le 23 octobre. Le 15 mai 1610 est une date mémorable. Ce jour là, Louis XIII est proclamé roi et prononce un discours au Parlement; mais, le 17 septembre de la môme année, « il est fouetté un peu serré ». Louis XIV et Louis XV furent fouettés, comme il convenait. La noblesse suivait naturellement des exemples venant de si haut. Au XVIIP siècle encore, le Marquis d'Argenson fut fouetté à dix-sept ans, au Collège Louis-le-Grand, durant sa seconde année de rhétorique (3), etc., etc. Si, comme le veut le proverbe, la tendresse pour les enfants se mesure aux coups, on doit convenir que les pères et les maîtres d'autrefois ressentaient pour l'enfance un amour, que Ton peut appeler violent.