‹ Lévolution de l'éducation dans les diverses races humaines;Chapitre 35 sur 129 · III. Nègres orientaux · texte numérisé non relu

III. Nègres orientaux

Jusqu'ici je n'ai guère parlé que des noirs de l'Afrique occidentale et, autant que possible, des populations n'ayant pas encore subi l'influence du mahométisme. Celte dernière distinction est importante ; car l'introduction de la religion musulmane, même grossièrement comprise et pratiquée, modifie toujours plus ou moins profondément l'état social et même la mentalité des noirs restés jusque là fétichistes. La distinction entre l'occident et l'orient du continent africain a aussi sa raison d'être ; car, plus on avance vers Test, plus on rencontre dos populations appartenant aux races noires supérieures, aux races dites éthiopiennes. Mais ces noirs relativement supérieurs sont souvent limitrophes des autres; plus souvent encore ils se sont mélangés avec eux ; ou bien, tout en étant de race

(1) Laing. HisL univ, voy. vol. xxvin, 73.

(2) Ibid. 46.

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anatomiquementplus relevée, il sont pourlant encore très peu civilisés. De sorte que, si on les examine au point de vue de la manière dont ils élèvent les enfants ou bien à cdui de leur développement mental, on voit qu'ils se rapprochent fort des nègres de loccident africain.

Ainsi, chez les Youanyamouézi, la femme, parvenue au terme de sa grossesse, s'en va encore accoucher, seule, dans un fourré, exactement comme une béte; en quelques heures tout est terminé et la nouvelle accouchée regagne son village, en portant Tenfant nouveau-né sur son dos, dans une écharpe, à la mode africaine. Assez souvent elle rapporte en même temps une charge de bois sur sa tète pour ne pas perdre de temps (1). Si, par aventure, il est né deux jumeaux, Tun des deux doit être mis à mort; mais la mère en conserve quelque temps le souvenir, en emmaillottant une gourde, qu'elle met à dormir à côté de Tenfant épargné (2). — C'est qu'en pays sauvage, la naissance de deux jumeaux, outre qu'elle déplaît aux indigènes par son caractère anormal, est, pour la mère, une lourde charge et il est assez ordinaire qu'on en allège le poids en sacrifiant l'un des enfants. Chez les Vouazaramo, autre peuplade orientale, les deux nouveau-nés sont seulement vendus ou, à défaut d'acquéreur, exposés dans les jungles, c'est-à-dire abandonnés aux bêles sauvages (3).

Au contraire, dans les cas de naissance unipare, l'enfant est et doit être convenablement soigné. Ainsi chez ces mêmes Vouazaramo, si impitoyables pour les jumeaux, la mère est obligée de subir, en cas de mort de son nourrisson, une expiation rituelle. On lobligo à s'asseoir hors du village et là, barbouillée de graisse et de farine, elle reste en butte aux propos et aux gestes in-

(1) Burton, Voyage aux Grands Lacs. 377.

(2) Burlon. Loc, cil. 277.

(3) Ibid, IOd.

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jurieux de toute la population (1). — Pourtant Tenfant, même soigné et conservé, court encore un grand danger au moment de la dentition. On sait que, chez l'homme, lors de la première éruption dentaire, les incisives inférieures apparaissent avant les supérieures ; mais il peut arriver que cet ordre soit renversé. Or, dans ce cas, chez les Youazaramo, l'enfant, tenu pour maudit, est abandonné, vendu ou tué, du moins chez les noirs encore fétichistes. Il s'agit là d'un préjugé très répandu, puisque les Arabes de Zanzibar le partagent ; pourtant ils ne sacrifient plus le Kidogo (c'est ainsi qu'on désigne l'enfant anormal) ; ils se contentent de lui lire quelques versets du Koran et de lui faire jurer, sans doute par l'intermédiaire d'un répondant, qu'il s'abstiendra de leur nuire (2j.

Dans tout cet orient africain, l'affection instinctive pour les enfants est néanmoins assez développée. Ainsi les Niam-Niam désirent des enfants et honorent la mère d'une nombreuse famille (3). Certaines populations se distinguent même par le développement de leurs sentiments affectueux. Ainsi chez les Dinkas, les frères s'entr'aident et les enfants ne sont jamais abandonnés ; on n'est pas non plus dur pour les vieux parents. Au dire de Burton, ces faits constitueraient, dans l'Afrique orientale, d'honorables exceptions. D'ordinaire, aussitôt passée la première enfance, le père et le fils deviendraient ennemis, exactement comme le font les animaux sauvages. Pourtant tous les indigènes semblent avoir gardé des soins maternels un souvenir durable; car dans les moments de crainte, d'inquiétante surprise, ils s'écrient toujours « marna ! mama ! » (4)

Dans tous les cas, les mœurs cruelles attribuées par

(1) Burton, Loc. cit. iOo.

(2) IbUl, i07.

(.<) Schweinfurth, Am C6Pur de l Afrique^ 1, 212. II, 27. (4) Burton. Dic. cit. 637.

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Burton aux indigènes orientaux ne sont pas aussi universellement répandues que ce voyageur Taffirme ; car un autre explorateur, Schweinfurth, rapporte le fait suivant, dont, il est vrai, le héros aurait été un indigène Dinka. Il s'agit d'un Dinka de Fescorte de Schweinfurth, d'un malheureux, dont les pieds étaient attaqués par le ver de Guinée: « A notre départ, raconte le voyageur, ne pouvant pas nous suivre, il dut regagner sa demeure, située sur le territoire des Ghatlas. Ses pieds étaient si gonflés qu'il pouvait à peine faire un pas et n'avançait qu'en se traînant avec une difficulté excessive ; mais l'épreuve ne fut pas longue; il vit bientôt arriver son père, qui venait à sa rencontre. Le pauvre homme, qui n'avait ni charrette, ni monture, prit son fils, un grand gaillard de six pieds de haut, et le porta sur ses épaules pendant quinze ou seize lieues ». On pourrait croire qu'une exception n'infirme pas une règle et que par suite ce trait d'afl'ection paternelle prouve peu de chose ; mais Schweinfurth ajoute que « ce fait fut regardé par tous les autres noirs de l'escorte comme la chose du monde la plus naturelle » (1).

Les noirs de l'Afrique orientale n'en sont plus à la période tout à fait primitive où les individus n'ont pas encore de nom personnel ; mais ces noms, du moins chez les Bongos, ne sont ni ceux du père, ni ceux de la mère ; ce sont des vocables infiniment variés, capricieusement choisis par les parents : tantôt le nom d'un arbre, tantôt celui d'un animal, etc. (2). D'ailleurs ces Bongos ont, relativement au traitement de leurs enfants, diverses coutumes qui leur sont particulières. Dès qu'un de leurs enfants est sevré, il ne passe plus la nuit dans la case de ses parents. Mais à ce propos, il importe de se rappeler que, chez les

(i) Sctiweinfurth. Loccit. I. i68.

(2) Schwcinfurlh. Loc, cit. I. 295.

sauvages, rallaitemenl dure plusieurs années. A cet enfant déjà grande] et on construit une butte spéciale et il vient seulement prendre ses repas dans la case paternelle (1).

Sur le chapitre de l'éducation donnée par les parents aux enfants, tous les explorateurs sont muets et Ton est eu droit d'en conclure qu a part l'élevage de la première enfance, l'éducation intentionnelle est à peu près nulle, que les connaissances pratiques indispensables s'acquièrent seulement par imitation, par les jeux ou sous le fouet de la nécessité. —7 Pour les notions plus particulièrement intellectuelles de ces nègres orientaux, elles ne dépassent certainement pas les notions extrêmement bornées, que nous avons trouvées dans l'Afrique occidentale. Ils ont une numération rudimentairo, mais paraissent à un degré extraordinaire rebelles au plus simple travail d'abstraction, si Ton en juge du moins par le dialogue suivant, qui nous a été rapporté par Burlon : Le voyageur, alors dans le pays d'Où nyoro, essayait de se rendre compte de la diversité des dialectes en recueillant au passage chez les diverses tribus les noms des premiers nombres : « Il était rare, dit-il, que j'obtinsse un résultat satisfaisant avant une demi-heure au moins de la conversation suivante : « Ecoute, ô mon frère ! Dans la langue du rivage, nous disons « un, deux, trois, quatre, cinq. >» Je m'énonçais en Ivisahouahili et je comptais sur mes doigts pour me faire mieux comprendre. — Hou ! Hou ! Hou ! répondait le sauvage, nous autres, nous disons « doigts ». — Ce n'est pas cela que je le demande ; l'homme blanc voudrait savoir, comment tu dis « Un», puis « Deux ». — Tn, deux, quoi ! moulons, chèvres ou femmes ? — Non ; dis-moi seulement un, deux, trois, dans ton propre langage, celui des Vouapoka. — Hi ! Hi ! Hi !

(ij Schweinfurlh. Loc. cit. I. 287.

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Qu'est-ce que rhommc blanc veut faire des Vouapoka ? » — Ainsi de suite jusqu'à ce que ma patience fût complètement à bout ; ils se mettaient alors à jaser et, comme le cheval de la légende irlandaise, une fois lâchée, leur langue ne s'arrêtait plus » (1). — Si celte conversation a été exactement recueillie, comme il est probable, elle a, pour nous, la valeur d'une expérience psychologique et atteste, chez l'interlocuteur noir, une extraordinaire impuissance d'abstraction, puisqu'il semble incapable d'employer isolément les noms de nombre, et qu'il lui faut les rattacher à des objets concrets. Enfin sa faculté d'attention est des plus débiles, puisqu'il ne parvient pas à suivre, même peu de temps, une idée très simple sans éprouver un sentiment de fatigue intellectuelle si pénible, qu'il lâche de la secouer aussitôt en battant les buissons. D'après Burton, cette débilité intellectuelle, serait générale chez les noirs orientaux. Incapables de la moindre tension d'esprit, ces indigènes ne peuvent répondre à la plus simple question, même par oui ou par non.

Ainsi, interrogés au sujet des noms et des distances des localités les plus voisines, ils ne réussissent jamais à donner un renseignement exact ; les distances, qu'ils indiquent, ne sont pas les mêmes deux fois de suite et presque jamais ils n'énumèrent les stations dans leur ordre exact, etc, etc. (2). — Evidemment tous ces faits dénotent une grande faiblesse mentale. Autorisent-ils à en conclure l'irrémédiable infériorité de leur race ? Avant de répondre à celte grave question, il convient de voir quels ont été les résultats de l'enseignement scolaire, précisément dans cette Afrique occidentale, où se trouvent des spécimens assez inférieurs de la race noire.

(1) Rurton. Loc. cit. 524-525.

(2) Ibid,, Loc. cil. 33,

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