‹ Lévolution de l'éducation dans les diverses races humaines;Chapitre 36 sur 129 · IV. — De la valeur mentale des nègres inférieurs · texte numérisé non relu

IV. — De la valeur mentale des nègres inférieurs

Nous aurons plus lard à examiner quels fruits a donnés Tinstruction européenne appliquée aux enfants nègres, chez la race noire transplantée au milieu des blancs, particulièrement aux Etats-Unis d'Amérique. Pour Tinstant, je ne veux parler que des écoles fondées en pays africain et dans la région occidentale.

Toutes ces écoles sont Tœuvre des missionnaires, c'està-dire qu'on s'y préoccupe avant tout de l'instruction religieuse. C'est là le point, sur lequel les maîtres insistent et par suite c'est celui qui frappe le plus l'attention des élèves. Ainsi, à Baraka, sur le fleuve Gabon, on apprenait aux enfants à lire les Écritures en langue mponguée. On y joignait cependant quelques notions d'histoire et de géographie. Les plus avancés des élèves lisaient et même écrivaient l'Anglais (1). Jusqu'où allait cette connaissance de la lecture et de Técriture? Sans doute pas très loin. Voici ce que rapporte un témoin oculaire, à propos d'autres écoles anglaises, instituées au Gabon par les missionnaires: « On nous a beaucoup parlé des écoles de Sierra-Leone et des progrès rapides qu'y faisait l'instruction. Nous pouvons affirmer que tout ce qui a élé dit à cet égard est absolument faux. On a enseigné à quelques africains aff'ranchis non à lire, mais à réciter, de routine, comme de véritables perroquets, plusieurs pages d'un livre. C'est à cela que se borne leur éducation; voilà l'étendue exacte de leurs connaissances: ils ne savent rien de plus. Si l'on tourne un autre feuillet, non seulement ils ne peuvent pas lire un mot, ni nommer une lettre; mais ils sont même incapables de distinguer le commencement de leur livre de sa fin » (2). Il est clair qu'une instruction

(i) Du ('.haillu, Afrique êqunluriale. 9o.

(2) Etnhlissc.mpnU anglais dans l'Afrique occidenlnle, in Bévue Britannique^ p. iO. Aimt'-e 1827.

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pareille ne saurait exercer qu'une très faible influence civilisatrice; Tesprit des élèves reste nègre; à peine estil légèrement blanchi: « Les enfants, dit un explorateur, se laissent volontiers catéchiser par indolence; mais, devenus adolescents, ils oublient tout et ne croient plus ni à Dieu, ni à diable, ni au méthodisme, ni au fétichisme, ni aux missionnaires, ni aux sorciers. Rhum et shelling, voilà dès lors leur religion. Pour le reste, ils vivent de la vie de leurs pères, ne pensant qu'à manger, boire, dormir et cultivant la paresse avec Tapathie des lézards » (1). Dans une intéressante discussion tenue à la Société anthropologique de Londres, il y a une trentaine d'années, un commerçant anglais de Sierra-Leone fit la déclaration suivante, en Tappuyant de nombreux exemples: « Durant ma résidence à la côte, j'ai employé, comme clercs, au moins vingt indigènes. Presque tous venaient des écoles de mission et je n'en pourrais citer un seul, qui ne m'ait volé ou n'ait commis toute sorte de méfaits » (2).

Pourtant on s'accorde à dire que, durant la période d'fenfance, le nègre dépasse en intelligence l'enfant blanc du même âge. Ce serait d'abord un fruit excellent, mais qui n'arriverait pas à maturité. D'autre part, il faut se méfier beaucoup de ces condamnations en masse lancées sur toute une race. Souvent elles résultent d'une observation très insuffisante; plus souvent elles sont inspirées par des intérêts de très basse nature et parfois môme visent à pallier d'abominables abus. C'est en vertu de ces jugements hâtifs ou intéressés, que, pendant bien longtemps, on s'est efforcé de justifier l'esclavage des noirs dans les colonies européennes et même d'en absoudre tous les excès. Que les nègres, spécialement ceux dont nous nous

(1) HerLz, Sur les côtes de Guinée.

(2) Harris, Journal of the Anth Soc. of London, t. III, p. 163 (1865).

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sommes occopés dans ce chapitre, soient actuellement inférieurs en général à la moyenne des Européens de nos joursy eda semUe ineoiitesiaUe. S'ensuit-il qu'ils ne doivent jamais franchir ce degré d'infériorité? Nullement. JNos ancêtres n'étaient pas plus développés, à l'origine de notre civilisation. Pour se perfectionner, il a fallu à leurs descendants bien des siècles. Il est donc parfaitement injuste et déraisonnable de prétendre transformer les noirs d'Afrique en un tour de main et en leur offrant, d'une main l'Evangile, qu'ils comprennent peu, de l'autre l'alcool, qu'ils aiment trop, comme tous les pi*imitifs. L'instruction primaire, fiit-elle bien entendue, n'a pas le pouvoir de refondre en un instant la nature humaine. Même dans nos grandes villes d'Europe, où elle est certainement mieux dirigée que dans les écoles de missions du Gabon, de Sierra-Leone, etc., elle rencontre beaucoup de natures réfractaires. Faut-il en attendre des miracles dans l'Afrique noire où on la montre aux indigènes bien plus qu'on ne la leur donne? Enfin, quand même elle serait de qualité supérieure, comme, essentiellement, elle vise surtout à meubler la mémoire de notions jugées utiles, on ne saurait espérer qu'elle ait par surcroit la puissance de changer les instincts les plus invétérés. Ceux-ci résultent de toute la vie des ancêtres sauvages. Pour aiTiver à les amortir, il faudrait de lents efforts en sens contraire et d'une autre nature que l'enseignement scolaire. C'est pour avoir négligé ce côté de l'éducation, que Ton a vu tant de fois des sauvages bien élevés, au point de vue scolaire, secouer notre civilisation comme un gênant fardeau. Déjà j'ai signalé des fails de ce genre. J'en citerai encore un pour terminer ce chapitre : « Il s'agit d'un Fanti, qui, enlevé du milieu des siens à Tàge de huit ans, transporté on Europe, éduqué chrétiennement, étudia habilement la théologie, prêcha à la Haye et en d'autres villes de Hollande avec un succès considérable et fut enfin en-

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voyé, comme pasteur, dans son pays. On espérait tout de son zèle et de sa foi. Or, à peine débarqué, il retournait à la vie de ses pères » (1). De même que d'autres faits analogues, celui-ci est intéressant à titre d'expérience psychologique, attestant la force des habitudes héréditaires. Il n'y a pas à lui accorder d'autre importance.

(l) Boudyck-Bastianse. Voy. à la côte de Guinée, 200 (1853). iCité par A. Hovelacque, in Les Nègres ^ etc., 443).

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