‹ Lévolution de l'éducation dans les diverses races humaines;Chapitre 45 sur 129 · I. — Les Mongoloïdes Polynésiens et leur caractère · texte numérisé non relu

I. — Les Mongoloïdes Polynésiens et leur caractère

Dans le dernier chapitre, nous avons terminé la première partie de ce livre, celle qui a trait à l'éducation chez les races noires, c'est-à-dire chez les races humaines les plus inférieures. Il importe de bien remarquer que cette infé-

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riorité est simplemenl relative; elle n'implique pas, que toutes les variétés de type nègre sont mentalement moins développées que toutes les variétés appartenant aux races jaunes ou blanches. Seulement Thomme noir, y compris même les Ethiopiens les plus civilisés, dont je parlerai plus tard, en les groupant autour de l'Egypte, n'a pas créé de civilisations aussi perfectionnées que les races mongoliques et caucasiques. Les races noires, prises dans leur généralité, peuvent donc être considérées comme étant relativement attardées; elles ont gravi un moins grand nombre de degrés dans l'échelle de l'évolution. Est-on fondé, pour cela, à les déclarer atteintes d'une irrémédiable déchéance? Nullement. Certains spécimens de race mongolique ou mongoloïde sont toutaussi peu développés que les plus humbles variétés des races nègres et l'homme blanc lui-même a commencé par vivre dans un état d'extrême sauvagerie. Enfin, aujourd'hui encore, certaines variétés ethniques et individuelles du type nègre sont incontestablement supérieures aux individus les moins développés des races blanches. Cette manière de comprendre l'inégalité des divers types humains est rigoureusement conforme à la grande loi d'évolution, qui régit tous les êtres vivants; elle est en outre la seule qui puisse épargner aux civilisés actuels l'erreur et la faute de trop dédaigner les races encore voisines du point de départ très peu glorieux, mais pourtant commun à toutes les diverses effigies du genre humain.

Dans notre enquête sur l'éducation an sein des races mongoles ou mongoloïdes, je commencerai par les insulaires de la Polynésie, non pas qu'ils nous représentent le type le plus inférieur de l'homme jaune, mais parce qu'ils constituent un groupe à part, distinct de tous les autres, quoique résultant de croisements divers. Les Polynésiens occupent, dans l'Océan Pacifique, un grand nombre d'îles et d'archipels disséminés depuis l'ile de Pâques jusqu'à la

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Nouvelle-Zélande; néanmoins la ségrégation insulaire leur a permis de rester suffisamment homogènes et, par leurs défauts aussi bien que par leurs qualités, ils constituent un type des plus curieux, des plus précieux pour Tétude de Thomme et des sociétés humaines.

Comme les Papous, les Polynésiens en étaient encore à Tâge de la pierre polie, mais, mentalement, ils étaient fort supérieurs aux Canaques. Néanmoins leur caractère avait conservé bien de ces traits primitifs ou plutôt enfantins, que j'ai eu occasion de signaler dans de précédentes études : la versatilité, la mobilité, Tengouement subit pour des bagatelles, l'impressionnabilité, etc.

C'était là une empreinte mentale commune à la race entière ; car, malgré les très notables différences de caractère et de mœurs qui distinguaient les populations des divers archipels, partout on retrouvait celte mentalité enfantine. Tout le monde sait, depuis la publication des relations du voyage de Cook, que cette instabilité cérébrale était typique aux iles de la Société; mais il en était de même dans les archipels moins civilisés. A la Nouvelle-Zélande, où pourtant la race avait gardé toute sa rudesse première, un chef se mit à pleurer parce que des matelots européens avaient jeté de la farine sur le plus beau de ses manteaux (1). Un voyageur dit des Marquisiens, qui étaient aussi moins efféminés que les habitants de Taïti: « L'habitant des Marquises tient beaucoup de Tenfant ; il est aussi peu capable de reconnaissance; il a les mêmes caprices irascibles ; il est nerveux, inquiet, impatient; la superstition est un des traits saillants de sa nature » (2). L'âge ne diminuait en rien Tenfantine gaité des Polynésiens et Ton voyait des vieillards accablés d'infirmités^ presque incapables de se remuer, participer à tous les

{{) Lubbock. Orig. Civil, 521. (D. d'LVville). (2) M. Radiguet. Dernier.^ sauvages, 176.

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amusements avec la vivacité du premier âge (1). Les jeux, les danses, les conversations joyeuses, les fêtes remplissaient la vie des insulaires et commençaient dès le matin; presque toujours désœuvrés, ils étaient sans cesse en mouvement (2). « Tout les frappe, dit Bougainville; rien ne les occupe. Nous n'avons jamais réussi à fixer deux minutes de suite Tattention d'aucun d'eux. Il semble que la moindre réflexion leur soit insupportable » (3).

Quoique les Polynésiens eussent certains procédés, que je vais indiquer tout à l'heure, pour mesurer le temps, ils gardaient très mal le souvenir des événements et n'en pouvaient fixer la date, dès qu'ils étaient un peu anciens. A Bolabola, Cook ne réussit point à obtenir des renseignements précis sur l'époque d'une guerre pourtant assez récente; incapables de se rappeler la date des événements un peu éloignés, leur chronologie n'allait pas au-delà de dix mois, de vingt mois au plus (4). C'est pourquoi les Polynésiens estimaient beaucoup les vieillards, fussentils même peu intelligents: dans une certaine mesure, ces vétérans représentaient le passé ; c'étaient des archives vivantes (S).

Pourtant les Polynésiens avaient secoué la stupide indifférence des races tout à fait inférieures, des Australiens par exemple. Au contraire, les Européens et los nouveautés d'Europe excitaient vivement leur curiosité. Ce que les insulaires de Tonga voyaient et apprenaient de l'industrie des Européens leur semblait même merveilleux et ils en discouraient avec un extrême intérêt (6). D'ailleurs l'industrie polynésienne, surtout si Ton veut bien se rappeler

(i) Kotzebue. Hisi, unie, voy. vol. XVII. 162.

(2) Mœrenhont. Voy, aux Iles, II. 72, 77.

(3) Bougainville Edition Bibliothèque des Communes, 246.

(4) Cook (Troisième voyage). Hist. univ, voy, vol X. 168, 203. (o) The NeW'Zealanders. 399 (London, 1830).

(6) Mariner. Account of the Tonga Islands. II. 333.

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que la race n'avait pas dépassé l'âge de la pierre polie, était fort remarquable et intelligente. Les maisons, les étoffes, les nattes, les armes, les parures, les filets, les hameçons, etc., dénotaient une racé adroite, avisée. Les grandes pirogues accouplées étaient, dans leur genre, une merveille ; celles des Néo-Zélandais surtout, par leur dimension, leur ornementation artistique, le fini de leur construction, la beauté de leurs pagaies ont toujours excité Tadmiration des Européens (1).

Au reste, les Néo-Zélandais, beaucoup moins efféminés que les Taïtiens, par exemple, avaient aussi plus de prévoyance, plus de sérieux dans Tesprit. Leurs forteresses, leurs pâ, construites sur des rochers inaccessibles et défiant presque une attaque de vive force, étaient approvisionnées pour soutenir un long siège. On y avait bâti des magasins, dont les uns renfermaient, et rangés dans un bel ordre, des javelots, des haches, etc.; les autres, des vivres, des conserves, savoir: des sacs de patates, des fagots de racines de fougères comestibles, des mollusques débarassés de leurs coquilles, cuits, puis desséchés, enfilés et suspendus, des tronçons de gros poissons, ayant subi une préparation analogue, appendus aussi et soigneusement enveloppés dans des feuilles de fougères; enfin de grosses calebasses remplies d'eau (2); en résumé, toutes les ressources, que pouvaient fournir le pays et la civilisation peu avancée de la race.

De telles précautions, longues et difficiles à prendre, une pareille prévision des dangers futurs, une si considérable dépense de travail et d'intelligence pour y parer sembleraient indiquer une race sérieuse, mûre pour une civilisation supérieure; pourtant le fonds sauvage, la légèreté des primitifs éclatait chez les Néo-Zélandais, au

(1) Dumont dTrville, Yoy. de V Astrolabe, t. II. 66. Pièces justificatives.

(2) Ibid. 284 (Notes) et Pièces justificatives, 54, 57.

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moment où on s'y attendait le moins, alors môme que leur attention, leur attention intelligente, semblait le plus sérieusement fixée. Ainsi ils admiraient beaucoup les vaisseaux européens ; Dumont d'Urville rapporte même que le gréement de son navire, l'Astrolabe, les intéressa extrêmement et encore plus la manœuvre des voiles, qu'ils paraisaient suivre avec un vif intérêt ; seulement, pour les rejeter dans la futilité enfantine, il suffisait que le sifflet du conlre-maître se fit entendre. A ce bruit étonnant tout était oublié; ils se pressaient autour du porteur de ce merveilleux instrument ; ils voulaient en jouer et ne pouvaient s'en détacher (1). Le gouvernail des barques françaises les ravissait d'admiration ; ils s'en démontraient l'excellence, demandaient la. faveur de tenir la barre ; mais ils ne remarquaient pas combien les rames européennes, fonctionnant en levier fixe, avaient d'avantage sur leurs pagaies sauvages, qui nécessitaient une grande déperdition de force. Ce qui les frappait surtout dans l'usage de la rame, c'est que les hommes tournaient le dos au but à atteindre et cela leur semblait tout à fait ridicule (2).

En résumé, les Polynésiens, tels qu'ils étaient et sont restés aussi longtemps que les Européens leur ont permis de vivre à leur guise, peuvent se comparer à des enfants légers, sensuels, mobiles, doués d'une intelligence assez vive, mais à courte portée et incapable de se fixer. Il nous reste à voir à quelles influences éducatrices ils étaient soumis, quels enseignements ils recevaient.

IL — La première éducation.

Chez les Polynésiens, pas plus que chez les nègres d'Afrique, il n'existait d'écoles analogues aux nôtres. Là

(1) Dumont d'Urville. Loc. cit. t. II. (Notes) 249.

(2) Ibid. 268.

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encore la première éducation se donnait par les parents, et par Texemple, par le jeu de la vie sociale. C'est dire que cette éducation différait sensiblement suivant les archipels. Aux îles de la Société, on vivait surtout pour le plaisir, et les exercices gymnastiques n'étaient plus guère qu'une survivance. Cook, débarquant à Taïli après une relâche à Tonga, fut frappé du contraste entre la virilité des Tongans et la mollesse efféminée des Taïtiens. Les premiers, robustes, musclés, entretenaient et développaient leur vigueur par de sérieux exercices de lutte et de pugilat. Au contraire à Taïti, on était gras, mou, indolent; on s'étudiait à éviter la fatigue, et la gymnastique s'y pratiquait sans aucune conviction (1).

Dans la plupart des îles, sinon dans toutes, car le fait n'a pas été signalé à la Nouvelle-Zélande, les femmes étaient conduites au bain, au bain froid, immédiatement après l'accouchement et le nouveau-né était aussi lavé dans l'eau froide. Dans nombre d'iles, surtout dans le groupe de la Société, le nouveau-né, surtout s'il était fils d'un chef, subissait un traitement particulier; on pétrissait littéralement sa tôte afin de le doter d'un front étroit et proéminent à la partie supérieure. Au commun des enfants, sans distinction de sexe, on aplatissait l'occiput et on écrasait le nez, c'est-à-dire qu'on s'efforçait d'exagérer, chez eux, les caractères de la race mongole. On considérait qu'un nez épaté constituait, surtout pour une femme, un sérieux avantage. D'ailleurs le genre de la déformation artificielle variait d'une île à l'autre (2).

Les noms donnés aux enfants leur étaient personnels et inspirés ordinairement aux parents, soit par le^ circonstances de la naissance, soit par l'aspect ou le caractère de l'enfant. L'un s'appelait « Première année », ou

(1) Cook {Troisième voyage). Hist. univ. voy. vol. X 218.

(2) Mœrenhout. Voy. aux Iles, t. II, 58.

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« Dixième année », c'est-à-dire né durant la première ou la dixième année du mariage. Un autre portait un nom d'arbre, ou bien un nom tiré de sa manière d'être, par exemple, « qui frappe du pied », « qui tremble de rage ». Un petit garçon s'appelait a qui déracine la fougère du soi rouge », parce que son grand-père avait été tué, pendant qu'il se livrait à ce travail {New-Zealanders 392).

Quoiques les Polynésiens tinssent pour complètement licites l'avortement et l'infanticide, ils ne traitaient pas durement les enfants épargnés. Dans les familles des chefs, le fils, par le seuLfait de sa naissance, détrônait théoriquement son père, lui succédait et on lui témoignait le plus extrême respect. Sans doute le père continuait à gouverner, durant l'enfance de son héritier, mais comme simple régent et il ne se présentait devant son fils que nu jusqu'à la ceinture, c'est-à-dire dans la tenue d'un inférieur devant son supérieur, conformément aux règles de Tétiquelte polynésienne ; enfin, le plus ordinairement, il cédait le pouvoir même, dès que le jeune prince était en âge de gouverner (1).

Chez les simples particuliers, la même chose se passait en plus petit. Tout homme marié n'était plus chez lui que le second, dès qu'il lui naissait un enfant mâle, et il devenait de plus en plus soumis à son fils, à mesure que ce fils grandissait. Il semble pourtant que la mère conservât le droit de mettre à mort son enfant, au moins durant la première année de sa vie, quelquefois jusqu'à trois ou quatre ans (2). Or, cette liberté si prolongée dé l'infanticide s'accorde mal avec l'adoration du fils nouveau-né. Il est probable que cette dernière coutume était particulière aux classes aristocratiques et ne vs'appliquait qu'à rhéritier présomptif, accepté et reconnu. Quoi qu'il en

(1) Cook (Deuxième voyage). Loc. tit, vol. VII. 417. — Mœrenhout Loccit, II. 13.

(2) Giraud-Teulon. Orig. Famille, 129.

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puisse être, elle était incompatible avec rintervention de l'autorité paternelle dans l'éducation. Le plus souvent le père n'exerçait en effet aucun contrôle sur les actions de son enfant; quant à la mère, son droit d'intervenir était plus nul encore; l'enfant ne lui obéissait jamais et souvent même le père le poussait à l'insulter (1).

Les enfants recevaient néanmoins des parents une certaine éducation pratique, mais sans subir la moindre contrainte. Ainsi les garçons apprenaient à darder des javelots, à lancer des pierres» à Julter, à courir, à fabriquer des armes, à construire des. pirogues et des maisons.; enfin on les dressait à connaître et à observer le cérémonial religieux usité dans les pratiques du culte aux moraïs (2). De même les filles, mais sans y être jamais forcées, suivaient leurs mères et apprenaient d'elles à préparer les écorces pour la fabrication des étoffes, ou bien à faire des nattes. Les plus belles étaient élevées avec de grands ménagements ; on les engraissait et oh évitait de les exposer au soleil, etc. (3). Pour la natation» les enfants des deux sexes l'apprenaient dès la première enfance; ils jouaient dans Teau plus souvent que sur la terre et tous devenaient des nageurs de première force (4).

La vie commune, le commerce de tous les instants avec les personnes de la famille, avec les amis, avec tout le monde achevaient de les initier aux idées^ coutumes, connaissances, défauts et qualités de leur race et de leur pays. Sans exception, ils entendaient toutes les conversations et assistaient à tous les actes de l'existence. Dans la vie domestique rien ne leur était caché et Ton sait que les Polynésiens ne connaissaient pas la pudeur. Dès le matin, à l'aube, les habitants de la maison, qui ordi-

(1) Ellis. Pohjnesinn Ilfiscnrchrs. 2G1.

(2) Maîrenhoùt. Loc, cil. II. 60.

(3) Ibi(L

^4) Ibid.y GO.

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uairement logeait plusieurs ménages et formait uu petit clan, s'en allaient à la rivière, avec les enfants de tout âge que les femmes baignaient dans Feau froide. A ce moment de la journée, les adultes se bornaient à se laver les mains, la figure, la bouche; puis la matinée se passait à babiller, à jouer galment. Ensuite les hommes travaillaient à leurs armes, à leurs filets, à leurs pirogues, à la construction de leurs maisons; les femmes fabriquaient leurs nattes, et détachaient des écorces pour leur tapa. Les gens de la classe servile s'en allaient chercher du bois, des provisions, faisaient la cuisine. Le soir se dépensait en récréations intelligentes. Après le coucher du soleil, on s'éclairait avec des flambeaux primitifs, faits de noyaux oléagineux enfilés sur une baguette. C'était alors le moment des conversations, des chants, des légendes mythologiques, cosmogoniques, historiques, des déclamations^ des danses mimiques (1). Enfin venait l'heure du sommeil ; une large plateforme exhaussée et couverte de nattes servait de lit commun à tous les habitants do la maison. Les pères et mères se couchaient au milieu enveloppés dans leurs « étoffes à dormir » ; ils séparaient les jeunes gens et enfants, couchés ordinairement tout nus, les garçons d'un côté, les filles de l'autre. Une môme natte couvrait tout le monde; mais, avant de s'abandonnner au sommeil, on causait longtemps, surtout on se récitait des légendes, des contes poétiques (2).

On voit que, durant cette existence commune, à laquelle ils étaient si intimement associés, les enfants des deux sexes pouvaient aisément compléter leur éducation. Ils apprenaient ainsi quantité de choses utiles à savoir dans leur milieu social ; mais le moindre souci des parents était de leur cacher tout ce qu'on s'efforce de leur laisser ignorer dans nos sociétés civilisées. Les conversations

(1) Mœrenhout. Loc, cit. II, 75, 77, 78. (2J Mœrenhout. Loc, ciL, 80.

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qu'ils entendaient sans cesse et auxquelles ils prenaient pari, étaient souvent extrêmement licencieuses; car l'amour physique était la grande occupation et la grande joie des Polynésiens, qui n'y voyaient aucun mal. Leurs chants, leurs danses étaient ordinairement erotiques ; même on enseignait de très bonne heure aux filles une danse particulièrement lascive, la limorodie, qui jouait un grand rôle dans les divertissements et les fêtes : « Il y a, dit Cook, une danse appelée timorodie, qui est exécutée par les jeunes filles, toutes les fois qu'elles peuvent se réunir au nombre de huit ou dix : celle danse consiste en attitudes et gestes extrêmement lascifs, auxquels on accoutume les enfants dès leurs premières années ; en oulre elle s'accompagne de paroles, qui, plus clairement encore que les gestes, expriment la lubricité (1) >». En général, Fart de la danse, art social par excellence chez les peuples primitifs, était cullivé avec grand soin à Taïti et l'on y dansait avec une mesure impeccable, aussi bien, dit Cook, que l'auraient pu faire les meilleurs danseurs d'Europe (2). — Plus ou moins communes à toute la Polynésie, ces mœurs étaient néanmoins tout particulièrement celles des archipels les plus civilisés, notamment celles des îles de la Société.

Aux Marquises, il arrivait souvent que l'enfant, aussitôt qu'il était capable de se suffire, quittât ses parents pour aller où bon lui semblait se construire un ajoupa de branches et de feuilles; dès lors, il ne paraissait plus se soucier de ses auteurs ; mais ceux-ci ne cessaient pas de s'y intéresser encore (3).

A la Nouvelle-Zélande, la race, restée rude et vivant dans un pays où l'existence était moins facile et le climat plus sévère, ne donnait pas aux plaisirs autant de temps

(\] Cook (Premier voyagea. Hist. unir. v(n/. v. :?08. «2) Ihid.

H: M, Hadiguet. Danih^rs sauvayes. 183.

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qu'on le faisait à Taïti et Téducation des enfants était quelque peu différente. — Au moins pendant la première enfance, les parents, le père et la mère, paraissaient également attachés aux enfants et ils leurs montraient beaucoup d'indulgence, même de tendresse. Un chef, qui, en sortant de sa case pour s'embarquer dans un canot, avait involontairement heurté du pied un de ses petits enfants, revint sur ses pas, prit dans ses bras Tenfant qui criait, le choya, et ne partit qu'après l'avoir consolé (1). Au reste, les pères se chargeaient ordinairement de soigner leurs enfants, dès qu'ils étaient sevrés, c'est-àdire vers Tâge de trois ans. A partir de cet âge, le père habituait l'enfant à rester suspendu à son cou, même pendant la nuit et sous la natte paternelle (2). L'intelligence des petits Néo-Zélandais était précoce, habituellement supérieure à celle des petits européens du* même âge (3). Les petits garçons assistaient aux réunions publiques, où les pères les portaient dans leurs bras. Là ils entendaient parler d'affaires politiques, guerrières, religieuses et on les voyait très attentifs dès l'âge de quatre ou cinq ans. Souvent ils faisaient des questions à leurs parents, qui leur répondaient complaisamment. A huit ou dix ans, les enfants paraissaient tout à fait initiés aux mœurs et aux coutumes nationales. On leur avait appris à danser, à pagayer, à se servir des armes en usage. 11 n'était pas rare de voir des enfants de cet âge, même des petites filles, chanter le pi/ii, la chanson de guerre, ou copier la mimique guerrière, dont usaient les Néo-Zélandais pour effrayer l'ennemi (4). Les fils de chefs, devaient, de très bonne heure, faire leurs preuves sur le champ de bataille. Ainsi le fils d'un chef appelé Schongui, qui

{{) NeW'Zealande7*s,3SQ. (London 1830).

(2) Ibid.

(3) Ibid. 390.

(4) Dumonl d'Urville. I^c, cit. IL 23.

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eut jadis une certaine notoriété en Angleterre ou il avait été conduit, avait acquis une grande influence pour avoir tué un homme avant d'avoir atteint sa quatorzième année (1).

Il semble que Tafifection paternelle, si vive chez les Néo-Zélandais, s'éteignait d'assez bonne heure ; car on voyait des pères ne plus s'intéresser à leurs fils, dès qu'ils atteignaient l'âge de neuf à dix ans (2).

A la Nouvelle-Zélande, de même que dans tous les autres archipels polynésiens, la société se composait uniquement de nobles et de serfs. Les chefs Néo-Zélandais, les rangatiraSj étaient intelligents, curieux, avides de s'instruire (3), comme nous le verrons tout à l'heure, et les précédentes observations ne s'appliquent guère qu'aux: enfants des chefs. Ceux-ci, les rangatiras^ disaient aux Européens qu'il serait très bien de donner de l'instruction à leurs enfants, mais que pour les enfants du populaire, destinés toujours à vivre à l'état servile, à n'avoir ni propriété, ni serviteurs, l'instruction était chose absolument inutile (4).

De cet ensemble de faits, recueillis et attestés par les voyageurs et explorateurs les plus dignes de foi, il résulte qu'en Polynésie, comme en Afrique, l'éducation, au moins la première, était d'abord familiale, les pères s'occupant beaucoup des garçons; les mères, des filles; puis, aussitôt la première enfance passée, l'éducation devenait sociale, surtout pour les garçons appartenant à la caste aristocratique. Mais les Polynésiens avaient déjà secoué la stupidité des premiers âges; leur intelligence était môme éveillée, active, puisqu'ils possédaient une littérature, des légendes mythologiques et cosmogoniques

(i) Xrtr-Zrnlmiflnrs. 347. 300. 291.

(2) Cook. (Troisième voyageK Hist. iiniv. roy. vol. IX. 232.

(3) Diimoiit d'Urville. Loc. cil. 347.

(4) Ibid. 109.

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et, en somme, un ensemble de notions et d'art relativement supérieurs, que les mieux doués d'entre eux s'assimilaient, apprenaient et qu'il me reste à indiquer.

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