I. — Les Indiens de V Amérique méridionale
Des archipels de la Polynésie il nous faut maintenant, pour continuer notre étude sur Téducatioii et la mentalité des peuples mongoloïdes, nous transporter sur le grand
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continent américain. Le champ de notre investigation s'y divisera très naturellement en trois parties. Nous aurons à étudier d'abord les populations sauvages de l'Amérique méridionale, puis celles de l'Amérique du nord, enfin les grands Etats barbares de l'Amérique centrale, le Mexique et le Pérou anciens, ces foyers d'une civilisation, barbare sans doute, mais considérable relativement au reste du continent, à ce point qu'aujourd'hui encore, soit que l'on remonte vers le nord, soit que l'on descende vers le sud^ la sauvagerie grandit à mesure que l'on s'éloigne de r Amérique centrale.
Les Indiens les plus inférieurs se rencontrent à l'extrémité méridionale du continent: ce sont les habitants de la Terre de feu, les Fuégiens. Ces pauvres êtres comptent parmi les types les plus humbles du genre humain et leur stupidité, leur défaut de curiosité sont extrêmes (1). Depuis qu'on les connaît, ils n*ont pas réalisé le moindre progrès. Pourtant ils croient aveuglément à la parole de leurs vieillards (2) et l'on pourrait peut-être, de ce fait, induire qu'ils sont éducables. Sur leurs enfants, les pères fuégiens ont droit de vie et de mort et ils en usent. L'un d'eux vendit un petit garçon au capitaine Filz-Roy pour un bouton de nacre. Un observateur, qui semble avoir regardé les Fuégiens avec un peu trop de bienveillance, nous dit bien qu'ils aiment beaucoup leurs enfanls; mais il ajoute aussitôt qu'ils ne les caressent jamais (3). Il avoue que leur attention est très faible, leur mémoire très courte, enfin il nous apprend que leur numération ne va pas au-delà de trois et qu'ils apprennent très difficilement à lire et à compter (4). Malgré leur intelligence si
(i) Cook, (Deuxième voyage) Hist. univ, voy., vol. IX, 68. —
(2) Ibid, (Premier voyage), vol. V, 51. Filz-Uoy, Narrai ioe, etc., Il, 178.
(3) Hyades, Ethnographie des Fuégiens, Bull. Soc. danlhropologie, i887. 331.
(4) Ibid, passira.
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bornée, les Fuégiens auraient, comme nos enfants, la faculté d'arriver très vile à parler les langues étrangères. Ainsi une petite fille, que Fitz-Roy avait amenée et fait élever en Angleterre, apprit, dit Darwin, presque au vol, une notable quantité de mots Portugais et Espagnols pendant les relâches du Beagle à Rio et à Montevideo. D'autre part, elle savait aussi pas mal d'Anglais (1); mais Darwin confesse qu'il était fort difficile d'obtenir des Fuégiens anglicisés une réponse quelque peu précise sur quoi que ce soit (2). Ajoutons que, depuis que les Européens les connaissent, c'est-à-dire depuis plus de deux siècles, ils sont restés rebelles à toute amélioration et qu'aujourd'hui même, ils n'y songent en rien (3).
A la Terre de Feu, il ne semble exister aucune éducation intentionnelle; mais il n'en est pas de même chez les Patagons et chez leurs voisins nomades, les Gauchos, les Araucans, etc. En Patagonie, le nouveau-né est d'abord examiné par le père et la mère, qui décident, et décident seuls, s'il est ou non convenable de le laisser vivre (4). Des enfants chélifs ou difformes on se débarrasse soit en leur brisant les membres, soit en les étouffant; puis on abandonne leurs cadavres à la dent des chiens sauvages ou au bec des oiseaux de proie. jC'est qu'au moment de leur naissance on ne les aime pas encore ; car ceux que l'on conserve sont extrêmement choyés. Il n'y a plus rien ici de la bestiale indifférence des parents fuégiens. La mère allaite ses enfants, souvent plusieurs à la fois, pendant trois ans, et elle satisfait leurs moindres caprices. Pour subvenir aux besoins de leur progéniture, les parents bravent, s'il le faut, les plus grandes privations (5).
(1) Darwin, Voy, d'un naturaliste, etc., 222-223. (2]'rhi(l, 223.
(3) Hyatles, Loc, cit.
(4) (iaimard, Trois ans d' esclavage chez les Patagons, 130. (5; (iaimard, Loc. cit., 130.
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Il en est de même chez les Araiicans, où les mères sont pour leurs enfants de vraies esclaves: jamais elles ne leur adressent un mot de reproche ; or le père n'est pas plus sévère (1). On a môme vu des Araucans changer de campement uniquement pour obéir au caprice d'un enfant (2). Une sorte d'échelle garnie de cuir sert de berceau au nouveau-né, que l'on y fixe avec des lanières- Tous les matins on le délie et on le nettoyé; s'il fait du soleil, on y expose l'enfant sur une poau de mouton. Si le temps est pluvieux ou froid, on le garde dans la tente sur sa dure couchette, verticalement dressée contre un des poteaux de support ; mais alors la mère ne quitte pas des yeux son nourrisson et lui donne fréquemment soit le sein, soit des petits morceaux de viande sanglante, qu'il s'habitue à sucer (3). Aussitôt que l'enfant commence à se traîner sur les mains dans la tente, on laisse à sa portée des couteaux, des armes, dont il essaie bien vile de se servir pour frapper ses parents, dès qu'on le contrarie. Ces accès de violence non seulement ne sont jamais réprimés, mais ils sont agréables aux parents. A leurs yeux ce sont les indices de qualités fortes, qu'ils estiment infijyxpent (4).
A l'âge de quatre ans, les enfants subissent une opération, qui fait époque dans leur vie, celle de la perforation des oreilles. L'enfant, dont le corps a été peint au préalable, est couché sur un cheval renversé et lié. Tous les parents et amis en costume de fête font cercle autour du groupe; le cacique môme assiste parfois à la cérémonie. Les femmes, placées en arrière des hommes, entonnent un chant monotone. En môme temps, on perce les lobules des oreilles avec un os d'aulruche taillé en pointe et l'on
(i) A. d'Orbigny, L'homme américain, 1, 192.
(2) A. d'Orbigny, Loc. cit,
(3) Gaimard, Loc, cit,^ 131.
•4) Gaimard. Loc, cU, 132.
introduit dans les orifices ainsi pratiqués des morceaux de métal assez gros et assez lourds pour agrandir les trous. Le sens de cette cérémonie nous échappe; mais elle doit être de fort ancienne origine, puisqu'on se sert encore d'un os pour pratiquer l'opération; et elle peut avoir un sens propitiatoire, puisque les assistants se font des incisions soit aux doigts, soit au jarret droit, avec l'instrument même qui a servi à la perforation et qu'en outre le sang ainsi répandu est offert à un esprit malfaisant (1). Plus tard nous verrons que les Quichuas de l'ancien Pérou pratiquaient sur les jeunes Incas une opération analogue, mais Tentouraient naturellement d'un cérémonial plus noble et plus somptueux.
C'est à partir de celte cérémonie du percement des oreilles, que commence l'éducation et elle est toute pratique. D^s Tâge de cinq ans, les enfants savent déjà monter tout seuls à cheval, en saisissant la crinière de l'animal et en appuyant leurs petits pieds sur ses articulations. Souvent il arrive que le cheval parte au galop avant que l'enfant ait pu prendre place sur son dos. A partir de ce moment, les petits garçons s'exercent à garder le bétail, à lancer le lazzo et la Jboleaderaj enfin à manier la lance et la fronde. Cette existence active et en plein air les développe rapidement ; à dix ans, ils sont aussi grands et foHs que les jeunes gens de 20 à 25 ans en Europe; et dès lors ils passent leur vie à chasser au galop l'autruche, le guanaco, le lion puma; ils apprennent à tuer ces animaux avec leurs bollas, à les terrasser avec leur lazzo; ils ramènent au campement les chevaux ou bestiaux échappés, capturent et domptent les jeunes poulains. Leurs excursions cynégétiques durent souvent plusieurs jours, pendant lesquels ils couchent sur la terre nue (2). — Cette éducation plus que virile a étonnamment
(1) liaimard. fjtc. (il. lo'i.
(2) Gainiard. Lor. cil. 136. — Head. Hist. iiniv. voy., XL!. 297.
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développé la vigueur, la hardiesse, Tendurance de toutes les populations nomades errant dans les pampas. L'introduction du cheval dans la région a encore exalté chez les Patagons, Yurucarès, Araucans, Gauchos, etc., Tanlique passion de la vie nomade et Famour des razzias sanguinaires. Ils y dépensent le trop plein de leur vigueur, qui est extrême. Ainsi les Patagons dédaignent souvent tout vêtement et, durant leurs longues incursions, il leur arrive de se coucher et de dormir tout nus sur la neige, sans en souffrir en rien. Jamais les colons espagnols, trop souvent en butte à leurs incursions, n'ont réussi à les soumettre ou à les civiliser.
Le seul emprunt sérieux que ces Indiens nomades aient fait aux peuples plus avancés, avec lesquels ils se sont trouvés en contact, a été de genre scientifique. En effet, les Patagons, les Araucans, les Puelches ont une numération décimale, contrastant par sa perfection relative avec l'indigence numérique de la plupart des Indiens du sud. Ainsi Ton trouve dans la langue de ces peuplades des expressions pour dire cent et mille; mais ce sont des mots empruntés jadis à la langue des Incas par les Araucans, qui de proche en proche les ont ensuite appris aux autres nomades (1). D'eux-mêmes ces sauvages populations ne les auraient sûrement pas inventés. Ainsi les Patagons, si avancés en numération, ne mesurent encore le temps que par les saisons; pour eux, Tannée est simplement le temps qui s'écoule d'un hiver à un autre hiver, d'un printemps à un autre printemps(2). Pourtant le besoin de se guider à travers les immenses plaines de leur pays leur a fait remarquer un certain nombre de constellations, qu'ils considèrent comme des animaux. Ainsi, pour eux, la Croix du sud est une autruche et les étoiles voisines sont des chiens qui la poursuivent; la lune est un
(1) A. d'Orbigny. L'homme américain. I, 399, H, 19. ['Z) Gaimard. Loc, cit. 134.
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homme et le soleil est sa femme (1) Cette astrologie animique leur a tout naturellement inspiré diverses légendes, comme il est arrivé chez tant de populations primitives. Le niveau intellectuel de ces hordes errantes est donc très inférieur. Elles ne semblent pas avoir la moindre idée d'amélioration, de progrès, à ce point que jamais les Patagons n*ont essayé de se construire même un radeau pour passer plus aisément les rivières, qu'ils rencontrent dans leurs longues pérégrinations (2).
Au nord de la région des nomades, l'Amérique du sud est ordinairemeut boisée, humide, bien arrosée et les Indiens disséminés à sa surface sont, pour la plupart, agriculteurs en môme temps que chasseurs. Leur caractère est aussi moins farouche que celui des nomades du sud ; beaucoup de leurs tribus ont pu être réduites en missions par les Espagnols et les Portugais. Les Chiquitos, par exemple, ont, tous, été amenés par les missionnaires espagnols à renoncer à leur ancienne vie sauvage. Actuellement ils sontdoux^ soumis et bienveillants. Chez eux, aucune éducation première n'était intentionnellement donnée aux enfants (3), qui, jusqu'à 14 ou 15 ans, jouissaient de la plus entière liberté. A partir de cet âge, ils quittaient la case paternelle, pour aller avec les autres jeunes gens des deux sexes, vivre dans une habitation commune, qui servait aussi à recevoir les visites des Indiens étrangers et à leur donner des fêtes (4). Cette pleine liberté laissée à l'enfance était générale dans toute l'Amérique méridionale. Quelquefois, par exemple chez les Indiens libres du Paraguay, où les tribus étaient gouvernées par des caciques héréditaires et jouissant d'ua
(1) A. d'Orbigny. Zoc. cit. I, 169,11, 102.
(2) D'Orbigny. Loc, cil. I, 413.
(3) Lettres édifiantes, vol. xn, 8.
{4J A. D'Orbigny. Loc. cit. II. 105.
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pouvoir absolu, le fils aîné du chef avait autorité sur les jeunes gens, mais non sur les enfants (1).
Dans tous les pays sauvages, ce régime de liberté entière pour les enfants est ordinaire; mais, dans TAmérique méridionale, Tautorité du père devait être particulièrement faible ; car Tinstitution de la famille paternelle y est de date relativement récente, ainsi que l'atteste la fréquence de la couvadCj coutume à nos yeux si singulière (2). Chez les Abipones, les Chiriguanos, lesCoroados, beaucoup dlndiens de la Guiane, en général chez les tribus Guaranies, Thomme attestait sa paternité, quand il lui naissait un enfant, en se couchant et se soignant pendant un certain nombre de jours, tandis qu au contraire la mère ne cessait point de vaquer à ses occupations ordinaires (3).
Chez les Guaranis, en général, Tenfant était élevé avec beaucoup de sollicitude et son éducation était très pratique. La mère dressait sa fille aux travaux qui l'attendaient; le père enseignait au garçon le maniement des armes (4). De môme les Indiens de la Guiane ont soin d'apprendre à leurs enfants à chasser, à pêcher, à courir, à nager ; mais jamais, et, pour quelque motif que ce soit, ils ne se permettent de les frapper (S). Ces coutumes semblent bien être générales et avoir été communes à presque toutes les peuplades de l'Amérique du sud. Au XVIe siècle, des voyageurs français en constatèrent l'existence chez les tribus fixées non loin de l'embouchure du fleuve des Amazones. L'un de ces voyageurs (6) signale à ce sujet quelques détails curieux, savoir: que le père
(1) Lettres édifiantes, xxv. 125.
(2) Voir mon Evolution de la Famille,
(3) A. D'Orbigny. Loc. cit, II. 309 et Dobritzhofer, Brett, Martius.
(4) Ihid. U. 309.
(5) Stedman. Voyage à Surinam, II. 93 (trad. française, an viii)»
(6) Thévet. Singularitez de la France antarctique. 213.
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coupait le cordon ombilical avec ses dénis et que, quoique l'enfant fût allaité, on lui donnait, très peu de jours après sa naissance, des aliments grossiers, mais mâchés auparavant, de la farine et des fruits (1). Un autre rapporte encore, qu'aussitôt après la naissance d'un garçon, le père mettait dans la petite main du nouveau-né un petit arc et de petites flèches, en l'exhortant à être plus tard « fort, vaillant et aguerri » (2).
L'éducation première, l'éducation pratique, guerrière pour les garçons, laborieuse pour les filles, ne faisait donc pas défaut aux enfants Indiens. Dans certaines régions de l'Amérique méridionale, de rigoureuses initiations, imposées aux guerriers ou aux chefs complétaient l'éducation première et en môme temps en contrôlaient la valeur. En Colombie, par exemple, ou les tribus avaient des chefs élus, on essayait par une série d'épreuves terribles non pas précisément le courage militaire du candidat au pouvoir, mais sa force de volonté, son degré d'endurance à la douleur. D'abord le futur cacique devait supporter un long jeûne; puis, à tour de rôle, les vieillards de la communauté lui appliquaient, chacun, trois vigoureux coups de fouet, qui entamaient la peau. Sous peine ■de déchéance et de déshonneur, le patient devait supporter ces épreuves sans donner le moindre signe d'impatience ou de douleur. Après un certain répit, nouveau supplice : le candidat, les mains liées, était couché dans un hamac et l'on couvrait son corps de fourmis venimeuses, dont les morsures sont horriblement douloureuses. Pendant ce temps, les juges, penchés au-dessus de leur futur chef, épiaient sa contenance: un mouvement d'impatience, un gémissement suffisaient pour être déclaré indigne. Dans une dernière épreuve, le patient,
(1) Thôvet, Singulnrllcz de la France antarctique. (2j Léry. Loc, cit. xvii.
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toujours couché dans un hamac, était maintenu au-dessus d'un feu d'herbes, de manière à en sentir la chaleur et à être enveloppé de sa fumée; plus ou moins brûlé et asphyxié, il lui fallait quand même continuer à rester impassible. Souvent les hommes, soumis à celle terrible initiation, y succombaient; mais ceux qui en sortaient à leur honneur recevaient les insignes de leur nouvelle dignité et, dès lors, étaient considérés comme des êtres d'une nature supérieure (1).
Des initiations du même genre, plus longues et plus rigoureuses encore, élaient d'usage chez les Caraïbes. Avant d'être admis dans la classe des guerriers, les jeunes Caraïbes devaient jeûner et se laisser taillader le corps par leurs pères, qui même frottaient ensuite les blessures avec une décoction de piment. Bien plus terrible encore était Tinitiation des chefs; elle durait six semaines et ressemblait à celle dont les Colombiens avaient coutume d'user. Les coups, les discours, les fourmis, l'asphyxie dans la fumée, les longs jeûnes se succédaient pour éprouver la valeur du candidat au pouvoir (2).
Tous ces faits établissent nettement que les Indiens de l'Amérique méridionale n'estimaient guère que l'éduca- Uon pratique, celle du chasseur et du guerrier, et que la force du caractère, l'énergie de la volonté étaient, à leurs yeux, les qualités viriles par excellence. De l'intelligence, ils ne semblent pas s'être souciés; c'est qu'en effet les qualités de l'esprit étaient, chez eux, d'une extrême débilité, à ce point que dans un but sûrement des moins nobles, mais pourtant avec quelque apparence de fondement, les colons et conquérants espagnols purent agiter la question de savoir, si ces sauvages devaientou non être
(1) Mollien. Hist, univ. voy. 408.
(2) Lan tau. J^c. cit. t. II. li-19.
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considérés comme des êtres raisonnables. On en référa ihôme au pape et, en 1537, après mûr examen, Paol III voulut bien déclarer dans une- bulle que les Indiens étaient de véritables hommes, capables de devenir chrétiens. « Indos ipsos utpote veros homines, non soliira christianos fidei capaces exisîere decernimus et declaravimus » (1). C'est qu'en effet, par certains côtés de leur mentalité, ces primitifs se ravalaient au niveau de la première enfance. Leur imprévoyance était extrême et l'on voyait des Indiens caraïbes échanger le matin pour une ba^telle le hamac, que, le soir, ils ne consentaient à vendre à aucun prix (2). D'autre part, l'extrême imperfection de leur numération atteste lenr impuissance intellectuelle pour tout raisonnement un peu abstrait. Partout cette numération ne dépassait pas les premiers nombres et n'atteignait pas toujours cinq. Au dire de Spix et Marlius, certains Indiens du Brésil ne pouvaient aller au delà du nombre « deux » ; d'autres arrivaient à trois, mais en comptant sur les articulations de leurs doigts (3); encore, le mot de leur langue que Ton a traduit par « trois » signifiait parfois « beaucoup » (i). Les Abipones atteignaient le nombre quatre et au-delà disaient « innombrable » (5). En réalité ces Indiens n'avaient que trois noms de nombre « un, deux, trois >>; au-dessus ils se servaient de quelques groupes numériques : « les doigts d'un casoar» (quatre) ; «les doigts d'une main » (cinq); «les doigts de deux mains et des deux pieds » (vingt), (6). Cette numération relativement supérieure des doigts et des orteils est extrêmement répandue en Amérique. Les
(i) Voyage à la Terre ferme, 1. 1. 341.
(2) Le père Labat. Voyages, lï. 114-115.
(3) Tylor. Civil, primitive, 280.
(4) Tylor. Ihid,
(5) Dobritzhoflfer. History of Abipones. II. 171.
(6) Lubbock. Loc. cit. 434-435.
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Indiens de rembouchurc du fleuve des Amazones comptaient ainsi sur leurs doigts (1). Les indigènes de la Guyane comptaient par nombres distincts jusqu'à quatre; puis disaient « une main » pour signifier cinq; après quoi, ils. reprenaient leurs quatre premiers nombres et allaient ainsi jusqu'à neuf; dix se disait « mes deux mains »; de dix à vingt on recourait aux orteils. L'ensemble des doigts et des orteils représentait vingt et s'appelait « un homme »; « deux hommes » valaient quarante et, pour dépasser ce nombre, pour exprimer quarante-cinq, par exemple, on disait « deux hommes et une main en plus » (2). Les Tamanacs de TOrénoque comptaient à peu près de la même manière : pour cinq, « une main »; pour six, « un de l'autre main » ; pour dix « deux mains » ; pour onze « un du pied » et en môme temps, joignant le geste à la parole, ils avaient soin d'étendre les deux mains et d'avancer un pied. Vingt et un se disait « une des mains d'un autre homme »; quarante, « deux Indiens », et ainsi de suite, aussi loin que pouvait aller la capacité arithmétique du calculateur (3). Dans les tribus, dont la numération, la vraie, dépasse cinq, les termes employés appartiennent à l'ancienne langue des Incas et par conséquent sont manifestement empruntés à une civilisation relativement très supérieure (4); ils résultent d'une ancienne éducation ethnique.