‹ Lévolution de l'éducation dans les diverses races humaines;Chapitre 56 sur 129 · II. — L'éducsition au Mexique · texte numérisé non relu

II. — L'éducsition au Mexique

Dans cette dernière contrée, on était, au moins pour tout ce qui concernait l'éducation, compl^tement sorti de Tinsouciance professée sur ce point par les primitifs de toute race. Le dressage physique et moral des enfants n'était plus abandonné au hasard des jeux, de l'imitation spontanée et du milieu social. Dès le moment môme où il leur naissait un enfant, les parents aztèques songeaient à le préparer à l'existence qui l'attendait ; une première éducation lui était donnée par eux et des écoles publiques se chargeaient du reste. Malheureusement ces écoles étaient surtout cléricales ; l'influence religieuse enveloppait d'ailleurs l'enfant dès sa naissance.

Pour les garçons, les deux grands soucis des parents et des éducateurs étaient avant tout d'en faire des dévots et des guerriers. Souvent, au moment môme de la naissance de l'enfant, les parents le vouaient aux fonctions sacerdotales; car les prêtres ne formaient pas, au Mexique, une caste héréditaire. Au 'reste il semble bien que la profession cléricale n'ait pas été, chez les Aztèques, exclusive du service militaire. L'historien Sahagun nous dit qu'en vouant leur enfant au temple, à ce qu'il appelle « la maison des Idoles », les parents entendaient bien qu'il en deviendrait ministre un jour, mais qu'il serait néanmoins élevé pour les choses de la guerre (1), et cela

(I) Sahagan. Histoire des choses de la Nouvelle Espagne (Traduction Jourdanet), Liv. ¥1°, ch. 39.

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n'est pas contredit par la formule même de Toffrande, telle que la rapporte le chroniqueur: « Nous Toffrons dès à présent, afin qu'à un âge convenable il entre et vive dans la maison de Notre Seigneur, où l'on inspire les bons principes aux seigneurs nobles, et pour que notre fils soit chargé de balayer et de nettoyer la dite maison. Pour ces raisons, nous vous prions humblement de le recevoir et de le prendre pour fils afin qu'il entre et vive avec les autres ministres de nos dieux dans cet établissement où se font, nuit et jour, les exercices de pénitence, en marchant sur les genoux, sur les coudes, en priant, pleurant et soupirant devant Notre Seigneur » (1). Ce petit échantillon d'éloquence prolixe et pieuse donne déjà une idée de cette curieuse société mexicaine, où la férocité cannibale des ancôlres se mariait d'une façon si révoltante à un esprit d'humilité et de componction monacales. On aura remarqué que cette formule est à l'usage particulier des nobles. Il est probable qu'on faisait moins de façon pour le populaire, qui pourtant, comme nous le verrons, avait aussi ses écoles.

La société mexicaine était à la fois barbare et féodale ; par conséquent la grande fonction de ses nobles consistait à guerroyer et l'accoucheuse le disait au nouveau-né en lui coupant le cordon ombilical. Voici à ce sujet la formule rituelle; car les Aztèques en avaient pour tous les actes importants de la vie: « Je coupe ton cordon ombilical... Sache bien et comprends, que la maison où tu es né n'est pas ta demeure: tu es soldat; tu es l'oiseau appelé quecholli'y tu es aussi l'oiseau appelé caquan;,,. La maison dans laquelle tu es venu au monde, n'est qu'un nid, une hôtellerie où tu as mis pied à terre... C'est ici que lu germes et lieu ris; c'est ici que lu le sépares de ta mère, comme un fragment de pierre abandonne le bloc

(1; Sahagiin. Lnc. cit. 231.

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d'où on Texlrail. C'est ton berceau, le lieu où repose la tète ; mais la maison n'est que ta demeure de passage. Ta vraie pnlrie est ailleurs... Tu appartiens aux rases campagnes, où s'engagent les combats; c'est pour elles que tu as été envoyé. Ton métier, c'est la guerre; ton devoir, c'est de d(»nner à boire au soleil le sang des ennemis et de fournir à la terre les corps de tes adversaires pour qu'elle les dévore » (1). Dans celte petite allocution, c'est vraiment le vieux sang peau-rouge, qui parle encore. >'ous allons le retrouver bien ailleuis.

Le 28° ou le 29° jour, après sa naissance, l'enfant était porté au Temple, où il subissait une circoncision complète, consistant dans la totale excision du prépuce et par conséquent plus radicale que la circoncision juive; les petfteslilles du même âge étaient déflorées par le doigt du prôlre et on prescrivait à la mère de recommencer l'opération après six jours. Enfin, à la fôte des Iluitzlilopolchli, dieu de la guerre, la grande divinité des féroces Aztèques, tous les enfants nés dans le courant de l'année, étaient mis sous la protection du dieu par la vertu do nombreuses scarifications dont on leur zébrait la poitrine, l'épigastrc et les bras (2).

Quand il s'agissait de donner un nom à l'enfant aztèque, on le soumettait auparavant à une cérémonie purificatrice, très analogue au baptême catholique, puisqu'elle consistait à lui asperger d'eau les lèvres et la poitrine pour effacer on ne sait quel péché originel, antérieur à la formation du monde, et le faire renaître à une nouvelle existence (3).

L'éducation proprement dite commençait, dans la famille, vers l'âge de quatre à cinq ans. D'abord on habi-

(1) Sahagun. Soc. cit. 439.

(2j Bancrofl. Loc. cil. II. 278. 279.

(3) Sahagun. Liv. VI. ch. 37. — Prescolt. Conq'^u^^f nf Mrxico. I. 64. (Ed. de New York. i8o4}, "v

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tuait le petit garçon à porter de légers fardeaux. A six ou sept ans, le garçon suivait son père au marché ; la petite fille filait sous la surveillance de sa mère. A huit ans, on ne faisait encore que montrer aux enfants les instruments destinés à les châtier au besoin. A dix ans, les garçons rebelles à leurs parents avaient les pieds et les mains liés et on les piquait avec des épines de magvey. Aux filles, on se bornait à lier les mains ; mais on les frappait, s'il était nécessaire. A onze ans, si leur conduite était mauvaise, on leur maintenait la tète dans un nuage de fumée. A douze ans, le garçon mauvais sujet était exposé tout nu, pieds et mains liés, pendant un jour entier. Au môme âge, la jeune fille était astreinte à se lever, la nuit, pour balayer. Entre 13 et 15 ans, les garçons s'en allaient chercher du bois dans les montagnes et le rapportaient tantôt par terre, tantôt en canot ; on les envoyait aussi à la pèche. Les filles préparaient le grain, faisaient la cuisine, tissaient les étoffes, A quinze ans, commençait, sous la direction des prêtres, l'éducation religieuse et militaire. Un curieux et célèbre papyrus pictographique, le Codex Mendoza^ nous représente les phases successives de cette première éducation familiale, et même note le nombre de rations ou de demi-rations, qui convient à chaque âge(l). — Sans doute il n'était pas interdit aux parents d'élever leurs enfants dans leurs maisons (2) ; mais le plus souvent il n'en était pas ainsi; car 1 instruction des deux sexes était presque monopolisée par les prêtres et des écoles étaient annexées au Temple. U y en avait de deux espèces, les unes pour les enfants de l'aristocratie, les autres pour ceux du populaire. Ces dernières étaient nombreuses et, à Mexico, chaque quartier de la ville avait ^9 sienne (3). On y recevait les

(t) Bancroft. Loc. cit. U. Ch. VII. 240.

(2) Ibi(L 246.

(3) Ibid. 11. 342. 243.

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enfants dès Tàge de quatre à cinq ans; mais en général réducation officielle ne commençait qu'entre six ou neuf ans (i), et elle avait un caractère presque monastique. Les garçons étaient môme vêtus de noir et portaient de longs clieveux. En dehors de Téducation religieuse et morale dispensée à tous, les écoles des Temples donnaient aussi une éducation pratique. Dans les écoles populaires, qui s'appelaient aussi « maisons de la jeunesse », les élèves devaient balayer le sanctuaire et l'école, entretenir les feux sacrés, aller chercher du bois pour los besoins du Temple. A la tombée de la nuit, on les réunissait à la « maison de chant », où on leur apprenait à chanter et à danser. Il s'agissait sûrement de danses graves et de chants religieux ou héroïques. Les enfants prenaient leurs repas chez leurs parents, mais dormaient dans le sanctuaire, où aucune femme ne pénétrait jamais. Vers l'âge de 15 à 16 ans, les parents reprenaient définitivement leurs enfants pour leur donner un métier et alors ils faisaient un présent aux directeurs (2).

Dans ces maisons d'éducation, l'existence faite aux élèves était fort dure. Les jeunes enfants accompagnaient les adolescents pour aller à la provision de bois et on les chargeait selon leurs forces (3). Tous ensemble travaillaient à faire des briques, à bâtir des édifices, à creuser des canaux et des fossés. Le travail cessait un peu avant la danse du soir. Puis les élèves s'en allaient chez leurs parents prendre un bain. Parmi les plus âgés, ceux qui vivaient déjà en concubinage légal rejoignaient leurs compagnes ; les autres rentraient à leur petit séminaire (4).

Dans les collèges à l'usage de la noblesse, les élèves n^étaient pas astreints aux travaux manuels ; mais ils

(1) Bancroft. Loc. cit. II. 203. 242.

(2) Ihid. 242. 243.

(3) Sahagun. Loc. cit. 228. 229.

(4) Ibid. 228. 229,

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mangeaient dans lY»tal)Iissement même, où on leur enseignait la pictographie, l'astronomie telle qu'on la connaissait, puis des hymnes sacrés ou héroïques et historiques, enfin les lois de leur pays ; en môme leraps, surtout pour les plus robustes, on leur apprenait à manier les armes, à se servir de l'arc et du bouclier. Au besoin on les punissait, mais seulementen diminuant leur ration alimentaire en môme temps qu'on augmentait leurs fatigues (1).

Toujours on leur débitait des homélies ; on leur faisait de pieuses exhortations à la vertu, à la chasteté, à Thumililé, elc. De très bonne heure on les emmenait à la guerre, en les obligeant à porter des londaches sur leurs épaules. L'élôve, dont on était le plus satisfait au point de vue des mœurs, des manières, du courage, était nommé chef des adolescents. S'illustrail-il en faisant quatre prisonniers à la guerre, on lui donnait dans les collèges des fonctions administratives ou bien on en faisait une sorte d'alguazil, portant le bâton de justice et ayant pouvoir d'arrôter les délinquants (2).

Comme les jeunes nobles bien doués et bien élevés étaient destinés à occuper des fonctions publiques, notamment à ôtre chargés d'ambassades, on soignait beaucoup leur éducation oratoire et ils s'exerçaient à prononcer de longues harangues, mais dans un style officiel, compassé et consacré (3). — A quinze ans, le jeune noble s'appliquait sérieusement à apprendre le métier des armes; à vingt ans, il faisait campagne, mais sous la surveillance expresse de vétérans, d'officiers expérimentés, que les parents conviaient auparavant à un banquet et qui vivaient mission de ne pas perdre de vue leur pupille (4).

{\\ Raiirroft. Jjh'. rit. II. 214.

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